La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
L'agenda des ventes
Manufacture royale de Beauvais, vers 1760. Le Repas, de la suite de trois tapisseries en basse lisse (avec La Toilette et La Foire) faisant partie de la «Seconde tenture chinoise», signées «A.C.C. Beauvais» (acronyme d’André Charlemagne Charron, nommé en 1754 à la direction de la manufacture) ; bordures en cadres simulés à feuilles d’acanthes ornées des armoiries de France et de Navarre, 370 x 498 cm.
Estimation : 200 000/300 000 € (la suite).


À la une
La tapisserie de Beauvais évoque toute la grâce, la légèreté et la joie de vivre du rococo français, comme la peinture de Tiepolo chante la gloire de la peinture vénitienne à la même époque. La manufacture royale était dirigée par le peintre Oudry ; il fit appel à un artiste qui commençait à se faire un nom, François Boucher. Ce fut une idée de génie, car à lui seul ce dernier devait incarner la créativité de la tapisserie de Beauvais. La «Première tenture chinoise» avait connu un grand succès ; les cartons étant à présent hors d’usage et son esthétique passée de mode, il fut décidé d’en produire une seconde. Boucher expose, dès 1742, des «Esquisses de différents sujets chinois pour être exécutez en Tapisseries à la Manufacture de Beauvais», conservées aujourd’hui au musée de Besançon. Grand collectionneur, il avait commencé à réunir, à partir des années 1737-1738, des laques et des porcelaines, et quelques autres curiosités du Japon ou de Chine. Gersaint avait baptisé sa boutique À la pagode, sur le pont Notre-Dame, et, en 1740, Boucher lui dessine sa carte commerciale. L’important était d’imaginer un lieu exotique servant de cadre à des activités très françaises. Les Goncourt noteront qu’il devait «faire de la Chine une des provinces du rococo». Six sujets ont été conservés pour la «Seconde tenture chinoise» : Le Repas, La Danse, La Foire, La Pêche, La Chasse et Le Jardin, qui sera intitulé par la suite, La Toilette. La première est tissée en 1743, la dernière en 1775, souvent composée de deux ou cinq tapisseries, les seules complètes sont exécutées pour Louis XV dont l’une est envoyée à l’empereur de Chine par l’intermédiaire de deux Chinois convertis. Soucieux de favoriser les relations franco-chinoises, notamment pour développer le commerce, Henri Bertin, nommé secrétaire d’État à partir de 1763, tient à mettre en valeur les savoir-faire français auprès de Qianlong qui fut conquis, comme le relate une lettre d’Étienne Yang, l’un des deux voyageurs : «L’empereur a la vuë de pièces si rares fut tellement enchanté qu’il s’écria tout disant ces paroles : O les belles choses ; il n’y en a pas de pareille dans mon empire. Ce fut comme un jour de fête à la cour.» Cette tenture fut abritée dans un pavillon de style européen au palais d’Été jusqu’au sac d'octobre 1860. On peut constater que la tapisserie de Beauvais, même figurant une Chine imaginaire, était l’un des symbolesv de l’excellence des techniques et des arts français à cette époque… et encore aujourd’hui.
Mercredi 3 décembre. Drouot-Richelieu, salle 1-7.
Beaussant - Lefèvre SVV. MM. Bacot, de Lencquesaing.




http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp