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Jean Dunand (1877-1942),
table à jeux et suite
de quatre fauteuils en laque noire et coquille d’oeuf,
1929-1930, table : 75,8 x 94 cm, fauteuils : 66 x 52,5 x 52 cm. Estimation : 2/3 M€.
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| En couverture cette semaine |
Fermée, elle a l’apparence d’un cube, le dessus agrémenté d’un damier, cachant des aménagements étonnants... car il s’agit d’une table à jeux avec quatre fauteuils encastrables.
En admirant la pureté des lignes, la sophistication de la matière et l’ingéniosité technique, on reconnaît la marque d’un créateur hors pair, maîtrisant son art, à la fois de son temps et intemporel. Ce meuble de laque noire saupoudrée de coquille d’oeuf est de plus parfaitement adapté au goût de sa commanditaire, Madeleine Vionnet : la couturière "qui a inventé les paysages de l’élégance selon la grâce du vêtement des muses", écrivait joliment Anne de Noailles. Femme d’avant-garde, elle savait également reconnaître le talent chez les artistes, ceux qui suivent leur chemin sans se laisser gagner par les caprices des goûts du moment. Lorsqu’elle s’installe dans son hôtel particulier, square Antoine-Arnauld à Paris, Madeleine Vionnet se tourne vers ses amis créateurs : Boris Lacroix, Jean-Michel Frank et Jean Dunand. "J’ai toujours aimé les formes simples et harmonieuses – et les belles matières", aimait-elle à dire. "Les meubles qui m’entourent sont comme mes robes : ils ne se démoderont pas"... Dans les années 1920, Jean Dunand a réalisé des bijoux pour de grands couturiers comme Jean-Philippe Worth, Jeanne Lanvin et, bien sûr, Madeleine Vionnet : ses bracelets, colliers, manchettes à décor géométrique ponctuent avec harmonie les vêtements. Les meubles qu’il conçoit pour sa demeure reprennent ses formes simples et sa palette réduite. Dans la vente du mobilier dépendant de la succession de la couturière en 1985, aux côtés de cette table à jeux à décor noir et blanc et de ses fauteuils strapontin gainés de cuir jaune d’origine, figuraient une table basse et une bibliothèque de milieu (créée avec Boris Lacroix) en bois laqué corail, un panneau orné de trois panthères s’abreuvant en laque arrachée noir, rouille et ocre sur fond argent, mais également plusieurs vases en dinanderie. La gamme préférée de la maîtresse des lieux est respectée. Tous les mécanismes et espaces de rangement sont cachés, comme la taille en biais, invisible, adoptée par la couturière pour permettre au tissu de tomber naturellement autour du corps. Quatre tablettes rétractables en métal se logent sous le plateau, ouvrant par un tiroir et une porte découvrant un intérieur en sycomore à étagère. Les deux créateurs s’étaient reconnus, partageant la même exigence et une même rigueur. "L’important, c’est d’arriver à vivre et à travailler tel qu’on est, en pleine vérité, en somme à s’imposer, mais il faut qu’il y ait en soi de quoi le faire", confiait Madeleine Vionnet. |
Mardi 12 juin, à 20 h.
Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Marcilhac. |
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Armand Guillaumin (1841-1927), Barque à Agay,
vers 1900, huile sur toile, 60 x 81 cm. Estimation : 60 000/80 000 €. |
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| De l’eau, de l’eau, toujours de l’eau |
Bien avant les impressionnistes, des artistes ont été attirés par les reflets de l’eau. Les noms du Lorrain et de Vernet évoquent des ports, imaginaires ou réels ; le genre des marines se développe dans les Pays-Bas et en Grande Bretagne, où Turner allait donner ses lettres de noblesse aux paysages d’eau... Boudin, Courbet et Monet n’oublieront pas la leçon, non plus qu’Armand Guillaumin, né à Moulins, sur les bords de l’Allier. Le tableau intitulé Scène de marché sur les quais de Paris, peint en 1874 et ici estimé 40 000 €, montre à peine le fleuve. Ayant gagné à la Loterie nationale, Guillaumin a pu se consacrer à sa peinture. Souvent installé à Crozant à partir de 1893, il fait des rives de la Creuse son sujet favori : les côteaux descendant en pente douce, les ponts enjambant le fleuve, les moulins et le village bordant ses rives... Sa palette s’avive, séduisant même Émile-Othon Friesz - qui n’est pas encore fauve. Ses ocres et ses violets se retrouvent naturellement dans les paysages de l’Estérel, en particulier à Agay, où le peintre séjourne fréquemment. La terre aux teintes rouge orangé des collines qui plongent dans le bleu de la Méditerranée, les pins parasols, la végétation qui borde les plages, les sentiers menant aux calanques, les ombres portées... Tout enchante son regard. À quelques encablures de là, Saint-Tropez accueille une colonie d’artistes autour de Signac ; Renoir vit ses dernières années à Cagnes-sur-Mer. Bonnard se réfugiera au Cannet, Matisse choisira Nice. |
Mercredi 23 mai, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Blanchet & Associés SVV.. |
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Édouard Edy-Legrand (1892-1970), Femmes bleues se prélassant,
huile sur toile, 65 x 100 cm. Estimation : 100 000/150 000 €.
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| Bleu exotique |
Élevé à Bordeaux, Édouard Warschavsky de son vrai nom, ce fils d’émigré russe quitte la France pour Genève où il expose pour la première fois, avant de s’inscrire à l’Académie d’art de Munich et de revenir étudier dans l’atelier parisien de Gabriel Ferrier. Peintre voyageur, notre artiste visite ensuite l’Algérie et le Maroc en 1933 où il rencontre Jacques Majorelle. Comme pour celui-ci, le Maroc devient une source d’inspiration presque inépuisable entre ses paysages, ses villes, ses marchés, ses fantasias et ses femmes. Édouard Edy-Legrand aime les représenter vêtues de leurs costumes traditionnels, occupées à se parer, à boire le thé entre amies ou à se prélasser sur de somptueux tapis. Comme en témoigne notre toile inondée de bleu.? Tous les espoirs sont aussi permis pour une toile de Germain Fabius Brest, Une rue à Constantinople sous un ciel au bleu si particulier, presque transparent tout en étant profond, ponctué de quelques nuages blancs ou gris clair. Comptez 50 000 à 80 000 € pour cette oeuvre, fidèle représentation de l’architecture et des costumes témoignant de la diversité des habitants d’Istanbul. Une enchère de semblable altitude pourrait récompenser une technique mixte sur papier avec rehauts d’or de Jacques Majorelle, Les Deux Amies, des beautés noires allongées, comme accablées par la chaleur, les corps poudrés d’or évoquant le sable doré du désert marocain se détachant sur une tapisserie de ce bleu électrique vite qualifié de "bleu Majorelle". |
Jeudi 24 mai, espace Tajan.
Tajan SVV. Mme Nataf-Goldmann. |
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Auguste Heiligenstein (1891-1976),
verre émaillé, h. 14,3 cm.
Estimation : 3 000 €.
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| Transparence et émail |
Le verre séduit par sa transparence, par les reflets aperçus au travers de cette fragile paroi. Depuis l’Antiquité, les artisans verriers ont cependant cherché à lui donner des couleurs. Ce sera chose faite avec l’émaillage du verre. Les techniques sont dérivées de l’art du bijou, c’est dire l’intérêt que portent les Anciens aux verres émaillés. Quelques siècles plus tard, les artisans islamiques atteignent de nouveaux sommets, avec des pièces importantes et des décors complexes. L’Europe ne sera pas en reste avec les vitraux gothiques, les verres de Venise et de Bohême, jusqu’au XVIIe siècle. Suivront près de deux siècles d’oubli. L’émaillage du verre est remis à l’honneur dans les dernières années du XIXe, par des maîtres verriers tels Brocard, Gallé... et Auguste Heiligenstein.
Né en 1891 à Saint-Denis, ce dernier est embauché très jeune chez Legras, puis entre en 1906 dans les ateliers Prestat, où il se perfectionne dans le décor à l’or. L’année suivante le trouve employé par Baccarat comme ouvrier décorateur. Auguste Heiligenstein renouera avec le verre après la Grande Guerre. 1923 est une année faste : il s’installe à son compte, épouse Odette Chatrousse, céramiste et fille de sculpteur, et expose au musée Galliera où il attire une clientèle aisée. La presse vante ses pièces "qui gardent la luminosité et la transparence du vitrail". À partir de 1945, Heiligenstein se consacre à la céramique. |
Mercredi 23 mai, salle 1 - Drouot-Richelieu
Christophe Morel SVV. |
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Irving Penn (1917-2002),
Giorgio de Chirico, Rome, 1944,
tirage argentique vers 1960 monté sur carton, tampon, titré au crayon au dos, 18 x 18,8 cm. Estimation : 4 000/6 000 €.
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| Impérial portrait ! |
Chirico nous montre la réalité en la dépaysant. C’est un paysagiste", écrivait Jean Cocteau dans les années 1930. Au cours de la décennie suivante, en décembre 1944, Irving Penn réalise ce portrait, à l’occasion d’une promenade dans le forum romain. Le peintre a arraché quelques branches de laurier d’un buisson et les a posées sur sa tête. "C’est du laurier, symbole de la gloire et du succès. Pourquoi ne me prendriez-vous pas en conquérant romain ?", suggère-t-il au photographe. Penn travaille à l’époque pour Harper’s Bazaar et, surtout, Vogue, magazine au sein duquel il fera sa carrière, ponctuée de quelques grandes séries thématiques. Notre photo inaugure un ensemble de portraits d’artistes et d’écrivains - dans un style très dépouillé. Représentés en buste, en pied ou assis, les modèles sont vus devant un fond gris brut, sans effets de matière. Difficile de ne pas mettre en scène Giorgio de Chirico, né en Grèce de parents italiens, marqué par la mythologie, l’Antiquité et la peinture classique ! Le voici donc orné d’accessoires rappelant la grandeur romaine, mais son expression traduit l’ironie... |
Jeudi 24 mai, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Yann Le Mouel SVV. Mme Esders. |
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Rouen, vers 1715-1720.
Paire de flambeaux en faïence à décor bleu
et rouge de lambrequins, galons et réserves treillagées, h. 19 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €.
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| Délicatesse rouennaise |
Tout ce qu’il y eut de grand et de considérable se mit en huit jours en faïence", écrit Saint-Simon dans ses Mémoires. Suite aux édits somptuaires ordonnés par Louis XIV imposant la fonte de la vaisselle d’argent, les objets de la vie quotidienne vont être produits dans des matériaux jusque-là peu usités. Ainsi voient le jour des flambeaux en faïence, à l’image de cette rare paire, encore dans un bel état de conservation. Fabriquée à Rouen au début du XVIIIe siècle, elle nous propose un superbe témoignage de la production rouennaise. À cette époque, plusieurs manufactures rivalisent dans la ville, notamment celles de Poterat et de Caussy. Les commandes affluent, pour la plupart passées par de grandes familles de l’aristocratie, comme en témoignent ici les écussons armoriés d’azur au chevron d’or accompagné de trois canards d’argent, surmonté d’un heaume de tournoi avec tortil et cimier, constitué de trois plumes d’autruche. Les lambrequins en camaïeu bleu sont l’une des spécialités de la cité normande, dès le XVIIe siècle. Ce décor dit "de broderies" s’inspire de modèles extrême-orientaux alors importés en Occident. La polychromie n’apparaît quant à elle qu’à la fin du XVIIe. Son fameux rouge tirant vers l’ocre jaune est réalisé à partir d’une terre chargée en oxyde de fer, broyée et délayée, puis déposée en petites touches. D’une grande fragilité, cet engobe nécessite une cuisson savante. Au final, un objet à manier avec précaution ! |
Lyon, jeudi 24 mai.
De Baecque SVV. M. Nakache. |
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