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Jaime Sabartés (1881-1968), Dans l’atelier de Picasso, Paris, Fernand Mourlot, mars 1957, in-folio, reliure par Lucie Weill. © Succession Picasso 2010.
Estimation :
100 000/150 000 €.

À la une : Sabartés et Picasso
Un jour d’avril 1987... Le 10, un dessin de Picasso aux crayons de couleur, daté du 27 mai 1958, figure dans la vente de la succession de Mme Lucie Weill. Normal, direz-vous, pour celle qui exposa le grand maître dans sa galerie de la rue Bonaparte. Lucie, connue aussi comme relieuse d’art, s’inspire de ce dessin pour la composition exécutée en onze couleurs de peaux ornant le premier plat de la reliure du livre de Jaime Sabartés, Dans l’atelier de Picasso, en hommage à son ami, son "frère". Publié chez Fernand Mourlot, en 1957, notre exemplaire est l’un des cinquante du tirage de tête, accompagné d’une suite à part de treize lithographies tirées sur papier japon Hodomura, dont sept sont uniques. Picasso a personnalisé l’ouvrage par une dédicace sur double page, des rehauts sur le frontispice et dans de nombreuses marges, ainsi que par quatre dessins. Il fallait bien cela pour ce livre témoin d’une amitié sans faille - même de la part du Catalan, avare de ce genre de soutien. Sabartés n’est-il pas celui à qui Picasso dédia ces vers : "Braise vive d’amitié/Horloge qui toujours donne l’heure / Drapeau qui flotte joyeux / Touché du souffle d’un baiser / Sur la main du mendiant / Vêtu seulement de fleurs" ? Leur rencontre date des années 1890, à Barcelone, et déjà le "poète décadent" est portraituré par le peintre. Regard myope, silhouette fragile, élégance vestimentaire... Le modèle changera très peu au fil des portraits. On le retrouve à la période bleue, puis à partir de 1935 dans les divers styles picassiens. Pas moins de huit portraits qui, à part Le Bock de 1901 et celui de 1904, sont visibles au Museu Picasso de Barcelone, fondé grâce au don de la collection Sabartés et enrichi par Picasso lui-même, avec les cinquante-huit toiles des Ménines peintes pendant l’été 1957. Les collections, installées d’abord dans le palais gothique d’Aguilar, inauguré en 1963, puis dans ceux de Castellet et de Meca, constituent un panorama incomparable des œuvres de la jeunesse de Picasso. Sabartés est le compagnon, le confident, le gardien, le souffre-douleur aussi, mais surtout celui qui est salué d’un rituel "Bonsoir, frère Sabartés". Il soutient son fantasque et génial ami dans ses moments de doute, de douleur, de création. Il est conscient, plus qu’aucun autre, de tous les caprices de Picasso, qui aura toujours gain de cause : ainsi Vollard "aurait accepté (...) par exemple de fabriquer un papier spécial fait avec une pâte de rayon de lune, ou d’imprimer seulement les tranches". Car les deux complices discutent de la place des gravures hors texte, échafaudent "le cours ascendant ou descendant des lignes écrites, (...) les dessins marginaux d’une paisible harmonie de lignes ou d’une rudesse inimaginable". Paru la même année que le don de Sabartés à Barcelone, Dans l’atelier de Picasso est une œuvre à quatre mains. Notre exemplaire, lui, en compte six. Le texte de l’un enluminé par les estampes de l’autre... habillé dans le même esprit par Lucie Weill.
Paris, Drouot-Richelieu - salle 1. Lundi 22 mars.
Rieunier & Associés SVV. M. Galantaris.
Claude Monet (1840-1926), Étude de joncs, Argenteuil, 1876, huile sur toile, 54 x 65 cm. Estimation :
500 000/700 000 euros.

Synthèse des arts
À peine une centaine d’objets ou tableaux, mais chacun choisi avec un goût très sûr. Bienvenue dans l’univers raffiné de Nina et Daniel Carasso... pas si classique ! Naissance à salonique, une adolescence partagée entre Barcelone et la France, Daniel Carasso s’habitue très tôt à observer et comprendre les moeurs et cultures de divers pays ; Nina Covo est la fille d’un financier averti, passionné d’art et d’opéra. Ils se marient le 16 octobre 1939. Peu après, le couple est contraint de quitter l’Europe pour les États-Unis. Entrepreneur dans l’âme, Daniel part à la conquête du continent nord-américain pour le compte de l’entreprise familiale. À la fin du conflit, les jeunes époux reviennent s’installer à Paris et à Barcelone. Ils mettront autant de passion à orner leur intérieur parisien que pour le développement de la marque Danone. Tous deux aiment découvrir une civilisation, traquer l’objet représentatif, avec toujours le même critère : une qualité sans faille. Ainsi le décor de leur appartement parisien reflétait leur goût pour un éclectisme raffiné, où chaque objet tisse des correspondances avec ses voisins. Le clou de la collection ? Les peintures, signées Renoir, Monet, Bonnard, Vuillard, Marquet et Léger. Une véritable symphonie de couleurs rythme les cimaises. L’un des deux Renoir, Paysage avec femme en rose, arbres et barrière en fond, peint en 1918-1919 et évalué 300 000 euros, illustre avec force cette pensée de l’artiste : "Je me bats avec mes figures jusqu’à ce qu’elles ne fassent plus qu’un avec le paysage qui leur sert de fond". Comme en écho, une toile de Bonnard vers 1942, Les Amandiers en fleur, cactus et figure d’enfant, vibre de lumière engloutissant les traits du dessin, dans un hymne à la "joie d’inventer le bonheur", selon la formule d’Yves Farges. Cette oeuvre, attendue à environ 200 000 euros, renvoie à un Nu allongé, (80 000 euros), traité vers 1891 par Vuillard en larges aplats ocre, beiges, blancs et vert de gris, un sujet rare dans son oeuvre. Tout semble cadré sur le corps du modèle, plaçant le spectateur dans l’intimité de la scène. Les plages de couleur neutre se retrouvent dans les paysages de Marquet, avec entres autres une vue de Paris, quai des Grands-Augustins, toile assortie d’une estimation de 300 000 euros. Cependant, s’il fallait ne retenir qu’un seul tableau tout de vibration, animé par une touche virevoltante, légère, aussi diaphane que le pâle soleil couchant qui baigne la composition, on choisirait cette Étude de joncs, Argenteuil, brossée par Claude Monet en 1876 (voir photo).
Vendredi 19 mars, salle 5-6 - Drouot-Richelieu, à 15 h. Piasa SVV.
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Antonio Boldini (1799-1872), Scène de carnaval à Venise, sur sa toile d’origine, 183 x 278 cm. Estimation :
20 000/30 000 €.

Fantaisie vénitienne
Dans la famille Boldini, c’est le fils, Giovanni (1842-1931), qu’on a coutume de rencontrer. Huitième d’une famille de treize enfants natifs de Ferrare, celui-ci manifeste très tôt des talents précoces. Peintre de la vie mondaine, il connaîtra un extraordinaire succès, notamment à Paris, où il se fixera dès le début des années 1870. Ses premiers modèles sont les notabilités de sa ville natale. Cédant également à la mode des scènes de genre, il peint des intérieurs de style, des personnages en costume d’autrefois, jouant de la flûte ou du clavecin et buvant du vin. Tel père, tel fils pourrait-on dire, même si la renommée de Giovanni dépassa largement celle de son géniteur, Antonio Boldini. On comprend donc aisément pourquoi notre toile porte la signature du plus jeune des deux... Et non pas celle de son véritable auteur ! Question pastiche, Antonio Boldini s’y entend, qui a en fait l’une de ses spécialités. Mais nous sommes loin ici d’une pâle imitation des œuvres de Guardi ou d’une pure copie de Canaletto. Le format imposant, bien souvent indispensable pour ce genre de sujet, et les nombreux personnages qui l’animent donnent à notre tableau son bel effet décoratif, et au spectateur l’illusion d’entrer de plain-pied dans une fête typiquement vénitienne. Et ce n’est pas rien ! Les Vénitiens, toutes conditions confondues, enfilaient alors le tabarro (grande cape noire), le visage dissimulé par une bauta, un masque blanc surmonté d’un petit tricorne. Tous devenaient alors égaux - et tout était permis à chacun. Puis, le masque ne suffisant plus, vient le temps des véritables travestissements, inspirés bien souvent de la commedia dell’arte. La Sérénissime tout entière chante et danse ; la ville est celle du plaisir de vivre, de la séduction, l’idylle est à l’honneur, comme l’amour libertin. En 1269, le Sénat prescrit la veille du Carême un jour de fête pour toute la cité. C’est mardi gras. Les riches vénitiennes se voient interdire de porter leurs bijoux, sauf les derniers jours du carnaval... Jusqu’au XVIIIe, siècle de son apogée, la fête peut durer plusieurs mois, du premier dimanche d’octobre au Carême. Les banquets succèdent aux jeux, certains d’ailleurs particulièrement cruels pour les animaux. Interdit par Bonaparte en 1797, le carnaval est réhabilité en 1815 par les Autrichiens. Vers la fin des années 1970, il renoue avec une coutume du XIIIe siècle, consistant pour les jeunes gens à se déguiser en clowns et à s’adonner au "jeu des oeufs". Cette curieuse tradition consiste à lancer des projectiles remplis d’eau de rose à toutes les dames que l’on trouve belles, mais à poursuivre celles qui ne plaisent pas avec des oeufs pourris !
Mercredi 17 mars, salle 7 - Drouot-Richelieu.
Blanchet & Associés SVV. Cabinet Turquin.
André Maire (1898-1984), Les Rives du Gange (Bénarès ?), 1939, huile sur panneau, 177 x 153 cm. Estimation :
30 000/40 000 €.

L’appel de l’Orient
Peintre voyageur et dessinateur, élève d’Émile Bernard - dont il épousera la fille, Irène -, André Maire n’appartient à aucune école, aucun mouvement. Son œuvre est foisonnante, son style reconnaissable entre tous, qui en fit l’un des maîtres de l’art déco. S’il laisse des nus et des natures mortes, ses portraits et ses paysages sont toutefois les plus nombreux. Tel un explorateur du siècle qui le vit naître, André Maire ne cessera de s’émerveiller devant les beautés du monde et d’en rapporter documents, photographies, croquis d’architecture, d’animaux ou de personnages, qui nourriront aussi bien des tableaux que des décors monumentaux, ou même des paravents. Professeur de dessin à Saigon, il profite de son temps libre pour visiter le Cambodge, notamment les ruines des temples d’Angkor dans les années 1920. En 1922, il est aux côtés de Bernard en Italie, où il vivra huit ans, puis séjourne en Espagne. Au cours des années 1930, c’est l’Égypte, l’Asie et l’Inde qu’il parcourt, avant la mobilisation durant la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci achevée, il reprendra ses pérégrinations, et visitera l’Afrique noire où il effectue la descente du fleuve Niger, Madagascar, les Antilles dans les années 1960. Les Indes ne pouvaient que fasciner cet artiste passionné par les couleurs, par l’architecture, par les foules, la nature et dont les éléphants constituent le leitmotiv.
Mercredi 17 mars, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Néret-Minet - Tessier SVV. M. Ottavi.
François Péron (1775-1810) et Louis-Claude de Saulces de Freycinet (1779-1842), Voyage de découvertes aux terres australes..., Paris, imprimerie royale, 1807 et 1815-1816. Estimation : 25 000/35 000 €.

Premier voyage
Le 19 octobre 1800, les corvettes Le Géographe et Le Naturaliste, accompagnées de la goélette Casuarina, appareillent du Havre sous la direction du commandant et naturaliste amateur Baudin. Le Premier consul a accepté la proposition de l’Institut de France d’organiser un voyage d’exploration du continent austral, alors la Nouvelle-Hollande. Un jeune officier de Marine, Louis-Claude de Saulces de Freycinet, embarque en qualité de second sur Le Naturaliste. Parmi les savants, François Péron, médecin naturaliste, réalise notamment plusieurs expériences sur la température des couches successives des eaux des océans, rapportant des échantillons zoologiques et des notations anthropologiques. Le but du voyage, Port-Jackson (Sydney), est atteint le 20 juin 1802. Ainsi ont pu être décrits deux groupes ethniques distincts, l’un résidant sur les côtes de la Nouvelle-Hollande, l’autre en Tasmanie. Freycinet, versé à son retour en 1804 au Dépôt des cartes et plans de la Marine, achève l’ouvrage de Péron après son décès. C’est son propre exemplaire du Voyage..., abondamment corrigé pour la réédition de 1824, qui est proposé lors de cette vacation. Notre navigateur l’emporta lors de son voyage autour du monde à bord de L’Uranie en 1817, également objet d’un récit, dont un exemplaire figure aussi dans ce programme, estimé 12 000 €.
Jeudi 18 mars, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés SVV. M. Rossignol.
Laon, 1158. Acte de mariage d’Ilgerran (de Coucy ?) & de Liégarde de Loisy. Feuille de parchemin écrite en langue latine sur 18 lignes réglées ; invocation initiale en capitales, dix lettrines, 34 x 40,5 cm. Estimation : 15 000/20 000 €.

Un mariage au XIIe siècle
Les rites du mariage peuvent paraître immuables. Pourtant, ils n’ont pas cessé d’évoluer, de l’achat pur et simple de l’épousée - ou du choix par la jeune fille celte de son futur compagnon -, aux mariages civils et religieux des temps modernes. Une constante : l’engagement solennel des futurs époux. Certains changements s’opérèrent lorsque l’Église catholique édicta certaines prescriptions et défenses. On ne badinait pas avec ces règles, leur inobservation entraînant l’exclusion de la communauté. Le mariage est un sacrement, pour lequel les époux sont leurs propres ministres. Mais, selon les canonistes, c’est aussi un contrat, résultant d’accords et créant des obligations. Cela est bien beau sur le papier, mais il a tout de même fallu attendre le seuil du XIIe siècle pour que l’Église soit assez puissante pour imposer son droit face à la survivance des pratiques franques et romaines. Dans la vacation, proposant des manuscrits liés au droit et aux archives familiales, on remarque cet acte de mariage réalisé à Laon, en 1158, entre Ilgerran et Liégarde de Loisy. Dès l’introduction, on constate que les considérations théologiques inscrivent cet engagement dans une dimension sacrée : "À la fin des temps, notre Sauveur, venant à des noces, les recommanda au plus haut point par sa présence, et consacra perpétuellement la dignité des noces par l’attestation de son miracle où il changea les eaux en vin." Suivent des promesses matérielles, comme le don de deux vignes, d’une maison. Pour ces deux derniers dons, il faudra que Liégarde attende le décès de sa mère. Enfin viennent la mention du sceau de dom Gautier, évêque de Laon, et la liste des nombreux témoins. Cet acte permet d’éclairer les rites du mariage religieux au début du XIIe siècle, mais nous apprend aussi, par exemple, l’importance de la vigne dans la région de Laon, alors considérée comme capitale vinicole. On y trouve aussi la mention de l’hérésie, indiquant que la puissance de l’Église commençait déjà à être battue en brèche.
Vendredi 19 mars, salle 7 - Drouot-Richelieu,
à 13 h 30. Lafon Castandet - Maison de ventes SVV. M. de Coligny.
Époque classique III, VIIIe siècle apr. J.-C., culture Tiahuanaco (Bolivie). Visage de dignitaire Aymara, terre cuite, h. 15, l. 14 cm. Estimation : 30 000/40 000 €.

Terre cuite précolombienne
Notre tête, une pièce unique bien sûr, dont la forme adopte celle des vases portraits, compte parmi les joyaux des civilisations précolombiennes des Andes du Sud, notamment du berceau mythique de l’Empire inca que constitue la région du Titicaca. Cette terre cuite illustre l’incroyable puissance religieuse et commerciale de la culture Tiahuanaco, qui s’épanouit au sud de ce lac à partir de 200 avant notre ère. Énigmatique, cette civilisation, dont certains lieux de culte et de sépulture furent réutilisés plus tard par les Incas, s’éteignit vers 1200 après Jésus-Christ pour des raisons encore ignorées, mais que certains attribuent à un profond changement climatique, qui aurait ébranlé les modes de productions agricoles... Ce visage de dignitaire appartient à la deuxième phase de cette culture, celle dite moyenne (ou classique III), remarquable tant par le faste de ses cérémonies que par la grande qualité de formes de ses oeuvres et la finesse de ses terres cuites. Dans ce domaine si dynamique des arts décoratifs, aux céramiques peu colorées - essentiellement brunes et sans engobe - de la période ancienne (ou préclassique I et II), ont succédé les pièces aux teintes brillantes orangées, recouvertes d’une fine engobe rouge donnant un aspect poli, fleurons de la phase classique. Outre la belle facture de notre objet, s’ajoute la collection à laquelle il a appartenu, celle de l’ethnologue, céramiste, collaborateur de Jacques Soustelle, spécialiste des cultures andines, Louis Girault (1921-1975).
Mardi 16 mars, salle Rossini.
Rossini SVV.
Midi de la France, époque Régence. Miroir à fronton à pareclose en bois doré, 207 x 113 cm. Estimation :
6 000/8 000 €.

Allégories…
Les dimensions et la symbolique de ce miroir font penser qu’il a peut-être été réalisé à l’occasion d’un mariage. Rappelons par exemple que l’olivier fait partie des attributs tant mythologiques que chrétiens : c’est l’arbre offert par Athéna en signe de paix, la branche donnée à la Vierge lors de l’Annonciation. Le bleuet, lui, est associé au paradis terrestre, tandis que la rose demeure le symbole par excellence de l’amour. La grenade quant à elle est assimilée à la résurrection, de la nature dans le mythe de Proserpine, mais aussi de Jésus. Associé à la Vierge, ce fruit indique la chasteté, et par ses multiples grains évoque la fécondité et la prospérité. Bref, toute une symbolique, néanmoins renforcée par les putti portant une corbeille de fleurs au fronton.
Vendredi 19 mars, salle 4 - Drouot-Richelieu.
B.S.F. SVV. M. de Clerval.
Égypte, XXVIIe dynastie. Gourde en faïence verte ornée sur une face d’un combat de taureaux entouré de lotus, sur l’autre de trois babouins au milieu des arbres, diam. 12,5 cm. Estimation :
3 000/4 000 €.

Pour bien commencer l’année
Rares sont les pièces de ce type. Notre gourde est dite "du nouvel an", comme en témoignent les inscriptions et dédicaces sur ses flancs. Prisée des Égyptiens de l’Antiquité, cette fête était l’occasion pour les pharaons de montrer force et vitalité à leurs favoris, en leur offrant des cadeaux prestigieux, tandis que les plus modestes faisaient des offrandes aux dieux et échangeaient de petits présents. Notamment des vases, ou ces gourdes remplies, dit-on, de l’eau de la première crue du Nil, pour garantir au donateur la bénédiction divine et à celui qui les recevait, prospérité personnelle. Les Égyptiens se souhaitaient ainsi "l’ouverture d’une belle année", c’est-à-dire une inondation particulièrement bénéfique et des moissons leur apportant richesse. Présentes dans les musées égyptiens, ces gourdes n’en gardent pas moins une part de mystère. En effet, on ne sait pas où elles étaient fabriquées et pourquoi elles connurent une telle diffusion autour du bassin méditerranéen. Notre vase est également remarquable par son décor. Si le thème des babouins - représentation positive des divinités - relève sans conteste de la mythologie égyptienne, celui du combat de taureaux y est en revanche étranger et témoigne d’une nette influence perse, dont la première domination remonte à la XXVIIe dynastie (VIe-Ve siècle avant J.-C.). Nos bovidés s’affrontent dans une composition particulièrement élégante rejoignant l’esthétique perse, tout en intégrant une décoration secondaire égyptisante de languettes et de zigzags.
Mercredi 17 mars, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Tajan SVV. M. Tarantino.
Commode à léger ressaut en placage de satiné marqueté en feuilles dans des encadrements à double filet de buis et d’ébène sur des contreforts d’amarante, bronzes ciselés et dorés, plateau de marbre fleur de pêcher, estampille de M. Carlin et poinçon de Jurande, époque Louis XVI, 89,5 x 106 x 45,5 cm. Estimation :
20 000/30 000 €.

Le charme de Carlin
Sobriété et raffinement. Les qualificatifs qui viennent à l’esprit en observant cette commode pourraient aussi bien être appliqués à leur auteur, Martin Carlin. Fils d’un charpentier allemand, celui-ci quitte son Fribourg-en-Brisgau natal pour Paris, où l’on trouve sa trace en 1759, année de son mariage avec la jeune sœur de Jean-François Oeben. Carlin travaillait sans doute depuis quelque temps déjà avec le grand ébéniste. Ces liens familiaux lui permettront par ailleurs de fréquenter Roger Vandercruse, dit Lacroix, lui-même beau-frère de Oeben. De quoi mettre le pied à l’étrier. Après l’obtention de sa maîtrise, en 1766, Carlin s’installe à l’enseigne du "Saint-Esprit" ou de "La Colombe", dans un immeuble du faubourg Saint-Antoine. C’est là, dans un intérieur modeste composé de deux pièces à vivre et de trois d’atelier, qu’il mènera une vie calme, contrastant avec sa brillante carrière. Carlin réalisera en effet les meubles les plus précieux pour la famille royale et son entourage. Prescripteurs du goût, les marchands merciers lui passent commande de pièces luxueuses, pour lesquelles ils lui fournissent des matériaux exceptionnels : Darnault lui procure des panneaux de laque, Poirier et Daguerre des plaques de porcelaine. Carlin se fait ainsi connaître pour ses meubles légers et féminins de style Louis XVI. Au sein de sa production, notre commode fait donc figure d’exception - à plus d’un titre. Elle fait partie du petit nombre de pièces de style Transition produites par l’ébéniste, soit quelques bonheur-du-jour et d’encore plus rares commodes. Ces dernières sont généralement ornées de marqueteries géométriques, alors que notre modèle présente un placage de satiné uni, dont la chaleur compense la sobriété. Seuls, un discret encadrement d’amarante, de filets de buis et d’ébène, et les baguettes de bronze feuillagées relèvent l’ensemble avec délicatesse.
Boulogne-Billancourt, jeudi 18 mars.
Jonquet SVV. Cabinet Dillée.
Florence vers 1330-1340. Entourage de Bernardo Daddi, La Vierge et l’Enfant, panneau de bois, peinture à l’oeuf et fond d’or, 65 x 45 cm. Estimation : 20 000/30 000 €.

Madone florentine du XIVe siècle
"Avec Pétrarque, les lettres ressuscitèrent ; avec Giotto, la main des peintres resurgit ; nous avons vu l’un et l’autre art parvenir à la perfection»... Ainsi, Enea Sylvio Piccolomini, futur pape Pie II, juge le maître florentin Giotto di Bondone. Avec lui, la peinture s’est engagée sur la voie de la Renaissance. L’artiste abandonne le modèle byzantin pour se tourner vers un rendu plus naturaliste, inspiré notamment par la redécouverte de l’art antique romain. Sa principale innovation réside dans le traitement de l’espace. Les corps prennent désormais du poids et du volume, s’inscrivant dans la profondeur du tableau. Les clés de cette découverte ? Le travail de la couleur, et le traitement des masses grâce à un dessin efficace. Parmi les héritiers de l’art de Giotto figure l’un de ses élèves, Bernardo Daddi (vers 1300-1348). Celui-ci se distingue par ses talents de narrateur, aimant ajouter quelques anecdotes pour donner vie à ses oeuvres. Ainsi, il n’hésite pas à faire de Jésus un petit enfant jouant avec le manteau maternel. Par ailleurs, Bernardo Daddi s’évertue à donner visage humain à ses personnages religieux. Malgré le fond doré, qui perdurera longtemps dans les images pieuses, notre panneau représente une Marie au doux visage maternel, aux vêtements décorés avec finesse de motifs étoilés recherchés. Notre tableau serait en fait une version simplifiée de celui de Bernardo Daddi conservé à Florence, dans la collection Berenson. Il fut réalisé après 1330, les poinçons d’ornementation des auréoles de la Vierge et de l’Enfant n’étant utilisés dans la peinture toscane qu’après cette date. Due à l’entourage du maître florentin, notre Vierge et l’Enfant demeure l’un des rares témoignages d’une époque aux multiples changements. Un morceau de l’histoire picturale, en quelque sorte.
Lyon, lundi 15 mars.
Claude Aguttes SVV. Cabinet Turquin.
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