La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Tibet, XVIe siècle. Groupe en bronze doré figurant Hayagriva, debout sur des corps humains allongés sur des lotus, enlaçant Çakti en yab-yum, h. 33 cm.
Estimation : 25 000/30 000 €.

À la une
Il y a bien longtemps, environ deux mille ans avant notre ère, apparaissait dans le panthéon hindouiste la figure d’Hayagriva, avatar de Vishnou. Cette divinité est représentée avec une tête de cheval et assise sur un lotus blanc. Elle symbolise le triomphe de la pure connaissance sur les forces démoniaques que sont la passion et l’ignorance. Hayagriva est figuré uni à Marishi ou Lakshmi, déesse du soleil levant et aspect féminin (yin) du dieu-cheval. Le bouddhisme, on le sait, va s’approprier plusieurs effigies hindouistes. Tout naturellement, Hayagriva devient ainsi une manifestation d’Avalokiteshvara, sous sa forme courroucée. Il fait partie des dharmapalas, déités bénéfiques malgré leur aspect terrifiant. Il est particulièrement vénéré au Tibet, où son culte a été introduit au XIe siècle par Atisha, moine indien de la «seconde diffusion» du bouddhisme dans la région et qui rétablit la discipline monastique. Aussi étonnant que cela puisse paraître, les représentations d’Hayagriva, notamment en yab-yum («père-mère» en tibétain), sont propices à la méditation. Sa mission consiste à protéger la route vers l’éveil, en repoussant et anéantissant les démons… La violence maîtrisée au service de la sagesse ! Plusieurs têtes, de multiples bras brandissant le vajra et la cloche, tout en effectuant des gestes de compassion et d’enseignement, soulignent la dualité de son rôle. Son visage exprime une colère intense, ses cheveux hérissés étant entourés de flammes et ses crocs découverts. Il se pare d’ornements macabres, comme un collier de crânes et un serpent, qu’il tient ici entre les dents. Sa Çakti, son essence féminine, se love entre ses bras, une jambe enlaçant son corps, l’autre s’appuyant sur l’un des cadavres sur lesquels il se dresse. Cette position métamorphose l’étreinte sexuelle en tout autre chose : elle se place au plus haut niveau, celui de l’éveil. Les artistes tibétains excelleront à dynamiser cette posture, avec un naturalisme évident à partir du XVe siècle. Les visages peints accentuent le contraste entre la puissance de l’expression et la gestuelle symbolique. Malgré des formes massives, et cependant harmonieuses, le couple inséparable entraîne le regard vers l’instant suspendu : l’union de l’amour et de la sagesse.
Vendredi 24 octobre. Drouot-Richelieu, salle 2.
Ader SVV. Mme Jossaume, M. Portier.
Peder Moos (1906-1991). Table à trépied en noyer et érable, 1944, h 59, diam. 68,5 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €.
Peder Moos sans superflu
L’œil est flatté par les lignes simples des créations du Danois Peder Moos. Cependant, pour en saisir la quintessence, il faut les caresser, sentir ce poli inimitable, passer ses doigts sur les tenons et les chevilles pour apprécier toute la virtuosité du menuisier. Peder Moos comprenait intimement le bois, tous les bois. Probablement, d’ailleurs, ce sont eux qui lui dictaient les formes et les structures des meubles, mais aussi des moindres objets, comme des boîtes d’allumettes (estimées environ 400 € pièce), un mètre en teck ou un marteau en palissandre, l’un daté 1944, l’autre 1942 et chacun évalué à 1 000 €. Leur créateur était un perfectionniste, ne réalisant que sur commande, livrée après un long temps d’attente et à un prix conséquent. Chaque objet, table, bureau, meuble de rangement astucieux, lampe ou étagère, était entièrement fabriqué à la main, dans des essences qu’il choisissait lui-même. On estime cette production entre 30 et 40 pièces ! En mars, la même maison de ventes avait proposé le mobilier réalisé pour le manoir d’Ostrupgaard ; pour inaugurer son nouvel espace, 65 lots de la collection personnelle de Peder Moos sont présentés, pour la plus grande joie des amateurs. La personnalité de ce créateur est tout aussi extraordinaire. Né dans une famille de paysans de la province du Jutland du Sud, qui comptera au total douze enfants, il découvre très tôt le travail du bois dans l’atelier de son père. Dès l’âge de 14 ans, il entre en apprentissage, d’abord à Askov et Nybol, ensuite à Copenhague où il se perfectionne chez Knud Norrelund. De 1925 à 1929, il entreprend un voyage, qui le mène de Paris à Lausanne en passant par Genève. De retour dans la capitale danoise, il collabore avec plusieurs architectes avant de s’installer, de 1935 à 1954, dans un appartement mansardé au cinquième étage, qui lui sert aussi d’atelier. D’une grande pauvreté, il imagine des meubles fonctionnels, comme un lit à glissière qui lui permet de dormir la tête sous les étoiles… De retour à la campagne à partir de 1962, il enseigne dans son village et cesse peu à peu son activité de menuisier, se concentrant sur des nichoirs et mangeoires pour les oiseaux ou des moulins à vent pour son petit-fils, Jens. Il aura vécu comme ses créations, sans superflu, allant toujours à l’essentiel.
Mercredi 17 septembre à 18 h, 118, rue du Faubourg-Saint-Honoré.
Piasa SVV.
Ensemble de personnages, animaux et décorations en plomb creux sur le thème de l’Afrique noire.
Estimation : de 30 à 200 € par lot.
Collection Georges Christmann
Les figurines ont toujours existé. Mais dès la fin du XIXe siècle, elles s’adressent à un public de plus en plus large… Les passionnés d’histoire d’une part, désireux de reconstituer les plus grands événements, et les enfants curieux du monde d’autre part. À quelle catégorie Georges Christmann appartenait-il ? Sans doute un peu aux deux. En tous cas, il a constitué au cours de sa vie une impressionnante collection de quinze mille figurines civiles et militaires, anciennes et contemporaines, principalement en plomb creux et fonte d’aluminium. Toutes étaient réunies en dioramas dans un ancien atelier réhabilité. Ces scènes, sur des thèmes allant du Moyen Âge à la Seconde Guerre mondiale, en passant par le western, l’Afrique et le premier Empire, ont été démontées et seront vendues par lots lors de cette journée. 365 lots estimés entre 10 et 600 €, défileront à partir de 10 heures à la galerie de Chartres. On débutera ce tour du monde et de son histoire par une reconstitution d’un combat de 1940, composée de soldats français et anglais d’infanterie, d’artillerie, des transmissions et du service de santé, en fonte d’aluminium, principalement de la marque Quiralu (200/300 €). Nous assisterons ensuite à la Libération, en 1944, avec 58 fantassins Quiralu accompagnés de véhicules américains (250/400 €). Ils seront suivis par une scène du Far West en plomb creux, composée d’un totem, d’un cow-boy à cheval attaqué par un guépard et de trois peaux de bêtes séchant (150/200 €). L’après-midi nous invitera en Afrique du Nord. Une caravane en plomb creux de quatorze chameaux ou dromadaires montés de cavaliers (100/150 €) sera entourée d’une ferme en plomb creux de 134 animaux, 61 personnages et 34 accessoires Quiralu (400/600 €). Un bel ensemble en plomb creux consacré à l’Afrique noire sera enfin proposé en plusieurs lots, l’un constitué par exemple de sept personnages, cinq singes et huit palmiers (50/80 €) et un autre de 70 animaux (150/200 €). Un voyage à ne pas manquer.
Samedi 13 septembre, Chartres.
Galerie de Chartres SVV.

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