La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Art romain, IIe siècle. Tête d’Hadrien, empereur de 117 à 138, marbre blanc, h. 45 cm (59 cm avec le bouchon d’encastrement).
Estimation : 150 000/200 000 €.
À la Une
L’art romain fait la part belle à la sculpture, aux bas-reliefs et à la ronde-bosse. En conquérant la Grèce et les provinces du Proche-Orient, les Romains rapportent des statues en grand nombre et placent leur butin dans les temples ; tout citoyen peut les admirer et les plus aisés commandent des copies. Ils demandent aussi aux artistes d’exécuter leurs portraits dans le style de Phidias, Praxitèle ou Lysippe de Sicyone, sculpteur attitré d’Alexandre le Grand. Les empereurs romains s’en inspirèrent pour leurs portraits diffusés à travers tous les forums de l’Empire. Le modèle, créé à Rome, est envoyé dans les divers et nombreux ateliers pour être reproduit avec une règle à suivre impérativement : le nouveau César doit être reconnaissable. Ce type de portraiture officielle est mise en place sous Auguste et adopté par ses successeurs. Certains comme Caligula optent pour un modèle hellénistique, plus tourmenté ; d’autres comme Hadrien choisissent une représentation plus digne et humaine. Publius Aelius Hadrianus naît le 24 janvier 76 au sein d’une famille aisée d’Italica ; son père est le cousin germain de Trajan. Adopté par ce dernier, il lui succède en 117 ; doté d’une solide formation militaire, Hadrien préfère consolider les frontières de l’Empire en organisant les «limes», sorte de Grande Muraille destinée à contenir les invasions barbares. Le mur élevé pour se protéger des incursions des Pictes d’Écosse porte d’ailleurs son nom. Son amour pour la culture grecque le mène à se faire représenter barbu – comme Aristote ou Homère. Ce portrait peut être daté du début de son règne car les pupilles et l’iris ne sont pas encore sculptés. Les mèches rabattues sur son front sont enserrées par une couronne, probablement la «couronne civique» à feuilles de chêne. Considérée comme la plus grande récompense militaire et l’ornement personnel le plus élevé, elle était attribuée à celui qui avait sauvé la vie d’un citoyen romain au cours d’une bataille ; les empereurs arboraient eux-mêmes cette couronne. Hadrien est l’un des Césars – avec Auguste – les plus représentés : dans Les Portraits d’Hadrien (Bruxelles, 1994), Cécile Evers en compte environ 150 exemplaires, répartis en sept types différents. Marguerite Yourcenar, dans ses Mémoires d’Hadrien (1951), prête cette réflexion à son héros : «Notre art est parfait […] Il y a avantage à avoir derrière soi mille points de comparaison, à pouvoir à son gré continuer intelligemment Scopas, ou contredire voluptueusement Praxitèle.»
Mercredi 30 avril. Drouot-Richelieu, salle 6.
Tessier & Sarrou & Associés SVV. M. Kunicki.


Zao Wou-ki (1921-2013), 24.10.68, huile sur toile, 114 x 162 cm.
Estimation : 1,5/2 M€.
Couleur declinée
En 1921, la scène artistique chinoise s’ouvre à une certaine modernité. La peinture sommeillait depuis quelque temps, alors que le pays était à feu et à sang. Les peintres s’interrogeaient sur leur raison d’être et sur le sens même de leur moyen d’expression. Cette année-là naissait, dans une famille aisée et cultivée, Zao Wou-ki. Remarqué très jeune pour ses dons, il est envoyé à Hangzhou pour se présenter aux examens d’entrée de l’École des beaux-arts, ville où siégeait l’Académie impériale de peinture sous la dynastie Song. Deux ans plus tard, toute l’école prend le chemin de l’exode, découvrant les sites grandioses de la Chine intérieure, avant de s’installer à Chongqing, alors dans la province du Sichuan. Là, le jeune peintre rencontre Vadime Elisseef, conservateur au musée Cernuschi et membre de la mission envoyée par le général de Gaulle, qui l’encourage à se rendre en France. Zao arrive à Paris le 1er avril 1948 pour un séjour qui se devait court – et qui durera toute sa vie. Il ne revit sa terre natale, sa mère, ses sœurs et son fils qu’en 1972. À son arrivée, Paris est alors en proie aux débats entre figuration et abstraction, cette dernière séduisant l’artiste chinois, qui découvre au fil de ses voyages Klee, Rothko, Kline. Les années 1958-1972 correspondent aux années de plénitude de sa peinture, assombries vers la fin par la maladie de May, sa seconde épouse. Dans Autoportrait, Zao Wou-ki explique ainsi sa démarche : «Je cherchais à exprimer le mouvement, sa lenteur lancinante ou sa fulgurance, je voulais faire vibrer la surface de la toile grâce aux contrastes et aux multiples frémissements d’une même couleur.» Il se livre au plaisir de peindre, renouant d’instinct avec la longue tradition de la peinture chinoise des pleins presque violents et des vides irradiants. Cette recherche formelle marque particulièrement les œuvres de 1968 comme le remarque François Cheng, en 1981 : «enchevêtrement décentré dans 6.1.1968 ; écartèlement médian dans 18.1.1968, etc.»
Vendredi 18 avril, salle 5 - Drouot-Richelieu, à 15 h.
Aponem SVV. Cabinet Ottavi.

Franco Albini (1905-1977), PS16, rocking chair en noyer, tissu et corde (édition Poggi), modèle créé en 1956, 73 x 167 x 69 cm.
Estimation : 18 000/22 000 €.
Renversant !
Design italien oblige, l’amateur ne pouvait échapper à ce fauteuil à bascule, l’un des sièges les plus célèbres de Franco Albini, architecte et designer originaire de Robbiate, qui fit ses débuts en 1931. Créé en 1956, notre rocking chair fait suite aux fauteuils en rotin Margherita et Gala, nés en 1950, aux modèles Fiorenza de 1952 et Luisa, en 1955. Tous sont reconnaissables par la légèreté et la simplification de leurs volumes, le naturel des matériaux, l’absence de superflu. Architecte formé à l’école polytechnique de Milan, en 1929, Franco Albini travaille quelques années dans l’atelier de Gio Ponti, avant de s’installer à son compte. Il aime les projets dont il peut dessiner chaque partie et en suivre le développement. Il s’agit de décomposer, recomposer, assembler, réassembler les éléments d’un ensemble dont les constituantes sont évidentes. «Franco Albini était un homme silencieux et dont l’étude respirait une éthique de fond, sans proclamations […] Tout compte fait, il dessinait des objets très simples et très pauvres», a pu dire Renzo Piano de celui avec qui il a commencé sa carrière. Pour Albini, l’art est l’expression de la liberté. Il travaille sans cesse, même quand il n’a pas de commandes, dessine des meubles démontables, transformables, réalisés avec des cordes et des câbles tendus, des tubes de verre ou de métal. Si ses écrits sont  fort peu nombreux, il laisse des œuvres alliant esthétique minimaliste et rigueur technique. Aujourd’hui, son fils, Marco Albini, poursuit à la tête du studio milanais le travail de ce passionné, qui disait n’avoir «aucun désir de posséder» et se considérait non comme un artiste, mais comme un artisan.
Mardi 15 avril, 18 h, Piasa Rive Gauche.
Piasa SVV.

Masque cimier Ijo-Ekpeya (Nigeria), bois polychrome, l. 197 cm.
Estimation : 12 000/14 000 €.
Un gros poisson
Spectaculaire par ses dimensions, notre masque représentant un requin dansant était porté lors des fêtes de l’esprit de l’eau chez les Ijo, un ensemble de peuples d’Afrique de l’Ouest surtout présents au sud du Nigeria, dans le delta du Niger. Les masques poissons ont une fonction précise selon l’espèce représentée. La danse du masque requin est des plus spectaculaires, donnant souvent lieu à une pantomime avec poursuite et capture de l’animal. Plusieurs exemplaires sont conservés au musée du quai Branly et ont figuré dans la collection Barbier-Mueller. L’un montre un requin à la mâchoire mobile et aux dents acérées, un autre un poisson-scie à deux rangées de dix dents en boutons et cinq nageoires en volutes, en bois polychrome comme notre exemplaire. Si la couleur noire symbolise fréquemment les forces terrestres, le blanc évoque le pouvoir de l’au-delà, le danger et la mort, le rouge signifiant l’énergie et la puissance. «Le masque cache autant qu’il révèle, nie autant qu’il affirme», constatait Claude Lévi-Strauss. Souvent détenteur d’un secret, il tait ce que seuls les initiés doivent savoir. Il est le lien entre l’homme et les ancêtres, entre les mondes visibles et invisibles. Quant à notre cimier, il ne reste plus à espérer qu’il suscite, de la part des collectionneurs, un appétit digne de celui des requins…
Mercredi 16 avril, salle 1- Drouot-Richelieu.
Eve SVV. Mme Woliner.

Chine, dynastie Ming (1368-1644). Armoire à deux portes en laque cuir à décor gravé, les côtés décorés de médaillons de papillons, fleurs et oiseaux, 185 x 141 x 77 cm.
Estimation : 10 000/20 000 €.
Un âge d’or du mobilier chinois
Comparé au mobilier de nos palais et demeures aristocratiques, celui des intérieurs chinois est presque monastique. Dans les temps anciens, quelques nattes, tables et coffres ornaient les diverses pièces de la maison traditionnelle. Mais certaines productions devaient être fort précieuses, comme celles en laque, retrouvées dans des tombes du royaume de Chu, vers 500 avant Jésus-Christ. Le siège – pliant – fait son apparition sous les Han, quelque trois siècles plus tard, probablement apporté par les marchands de la route de la soie. Il concurrence alors une sorte d’estrade basse utilisée par les dignitaires. Chaises et hauts tabourets deviennent d’usage courant sous les Tang, comme en témoignent des peintures représentant des lettrés assis les jambes pendantes. L’influence de ces hauts officiels de l’administration implique, sous les Song du Nord et du Sud, l’utilisation de diverses tables, consoles et bancs. Cette mode s’amplifie sous la dynastie Ming, qui offre une grande variété de cabinets, armoires et, bien sûr, de sièges et de tables. Les formes restent simples, l’accent étant mis sur la somptuosité de la matière, bois précieux et laques. Les dimensions sont également plus imposantes, comme on peut le voir avec une armoire laquée à décor de dragons conservée au musée national des arts asiatiques Guimet, à Paris. Ces meubles laqués étaient en effet fabriqués pour une clientèle d’élite et fortunée. La laque, fixée sur un tissu appliqué à la structure en bois, peut être gravée d’un dessin aux bords en relief, par la suite empli de laque couleur, parfois peint ou encore incisé et coloré – on parle alors de «laque cuir». Le décor de l’armoire présentée ici fait pénétrer la nature dans le cabinet du lettré. Sur les panneaux, un dignitaire accueille un militaire de haut rang et sa suite devant un pavillon enserré parmi des arbres et des parois rocheuses. On aperçoit aussi un fauteuil à haut dossier et une table posés devant un écran. Tout le raffinement requis pour méditer sur la beauté du paysage.
Jeudi 17 avril, salle 13 - Drouot-Richelieu, à 13 h 30.
Thierry de Maigret SVV. Mme Jossaume, M. Portier.

Mariano di ser Austerio (fin du XVe-première moitié du XVIe siècle ), La Vierge et l’Enfant, vers 1510-1520, peinture à l’œuf et fond d’or sur panneau, inscrit au revers « Dell Inf(erm)eria » (?), 25,3 x 17,1 cm.
Estimation : 7 000/10 000 €.
École de Pérouse
Inédit sur le marché, ce panneau de dévotion attribué à Mariano di ser Austerio est l’héritier des innovations picturales de la première Renaissance italienne. Période de transition, le Quattrocento voit les peintres se tourner vers un plus grand naturalisme, sans toutefois se départir de certains préceptes de l’art gothique, comme l’habitude de placer les personnages sur un fond doré. L’étude de la géométrie et de la perspective permet de situer ces derniers dans un décor illusionniste, dont témoigne la balustrade du premier plan. Les plis du manteau de Marie passés devant créent l’impression de profondeur, renforcée par le verre fleuri posé sur l’entablement. On sait peu de choses de Mariano di ser Austerio, hormis son activité à Pérouse entre 1493 et 1527. Quelques années plus tôt, en 1485, Pietro Vannuci est fait citoyen d’honneur de la ville, ce qui lui vaut le surnom de «Pérugin». Mariano a sans doute étudié auprès de celui-ci, dont la réputation poussa les artistes français, espagnols et allemands à faire le voyage en Italie. Suivant l’exemple du maître, notre peintre réalise lui aussi des tableaux d’autel, dont diverses institutions conservent des exemples. Le musée du Louvre présente ainsi un centre de retable figurant La Nativité, exécuté par l’artiste vers 1506 en collaboration avec Giovanni di Pietro, dit Lo Spagna. Peints en 1510 pour le même retable commandé par les Dames de la congrégation laïque de Sant’ Antonio di Porta Sole, à Pérouse, les panneaux évoquant Dieu le Père et la Vierge de miséricorde entre saint Léonard et saint Antoine abbé sont eux aussi de la main de Mariano di ser Austerio. Les traits de notre Vierge sont à rapprocher du visage de Marie représenté sur ce dernier, demeuré dans sa ville d’origine et visible à la Galerie nationale de l’Ombrie. On retrouve dans la douceur de son expression la «dolce maniera» du Pérugin, élégante, lumineuse et équilibrée. La position de Jésus évoque quant à elle l’art d’un autre élève du maître, Pinturicchio.
Dimanche 13 avril, Versailles.
Cuvreau Expertises Enchères SVV. M. Pinta, Cabinet Turquin.

Chine, époque Jiaqing (1760-1820). Cachet en néphrite céladon, surmonté d’un dragon parmi les nuages. Au revers, l’inscription en Zhuanshu «Jia qing yu shang», 4,8 x 4,1 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €.
La marque du dragon
Depuis les Han occidentaux et le règne de l’empereur Wudi, au IIe siècle av. J.-C., les Chinois donnent un nom à chaque nouvelle ère («nianhao»). Si à cette époque, un même règne pouvait compter plusieurs ères, sous la dynastie des Qing, le nianhao correspond à un souverain. Ainsi «Jia qing» furent les deux caractères choisis par Aisin Gioro Yongyan (1760-1820), cinquième de la lignée et fils de Qianlong, qui monta sur le trône en 1796. Quelque peu maltraité par les historiens, il a laissé le souvenir d’un empereur faible marqué par un triste destin, puisqu’il mourut foudroyé. Néanmoins, il suivit la voie majestueuse ouverte par ses aïeux, notamment dans le domaine artistique. Grand lettré, il s’adonnait régulièrement à la calligraphie, considérée par les Chinois comme un art majeur aux côtés de la peinture, de la poésie et de la musique. Au début de son règne, chaque empereur Qing demandait la réalisation d’un ensemble de cachets portant leur nianhao, dont la fonction variait selon le matériau, la taille et le décor. Ils pouvaient être utilisés pour signer les œuvres autographes, mais aussi tous les objets des collections impériales. Provenant de la collection de Paul Beau, ministre plénipotentiaire en Chine de 1901 à 1902 et gouverneur général de l’Indochine de 1902 à 1908, le nôtre –, en néphrite céladon, l’un des deux types de jade –, était destiné à marquer les peintures ou calligraphies appréciées comme divertissements spirituels par l’empereur Jiaqing. Il est répertorié dans le livre Qing dai di hou xi yin pu, contenant tous les cachets impériaux de la dynastie. L’usage des sceaux remonterait à des temps immémoriaux : le premier aurait été offert, selon la légende, par un dragon jaune à l’empereur Huangdi, fondateur de l’empire du Milieu au IIIe millénaire avant notre ère. Un dragon peut en cacher un autre…
Dimanche 13 avril, Auxerre.
Auxerre Enchères - Auxerre Estimations SVV. M. Portier Th.

Ignacio de Castro (actif au Mexique au XVIIIe siècle), Tableaux de castes : Mestizo, Castizo, Tornastràs, suite de trois cuivres, 34 x 46 cm.
Estimation : 60 000/80 000 €.
Peintures de castes
Ces trois cuivres peints sont une véritable redécouverte ! Ils appartiendraient à une série connue depuis 1908. Le scientifique Raphaël Blanchard écrit cette année-là, dans le Journal de la Société des américanistes, un article consacré à seize tableaux du peintre mexicain Ignacio de Castro. Ces œuvres étaient exposées au Museum d’histoire naturelle de Paris. Parmi elles, dix cuivres – de dimensions identiques aux nôtres et présentant la même signature, «Ignacio de Castro fecit en Mexico» –furent achetés en 1884 par l’anthropologiste français Ernest Théodore Hamy auprès d’un petit libraire parisien, avant d’être donnés au Muséum puis transférés au musée du quai Branly. Les autres avaient disparu, jusqu’à aujourd’hui… Ces tableaux sont issus de la «peinture de castes», un mouvement artistique né en Nouvelle-Espagne au XVIIIe siècle. Les colonies espagnoles donnèrent lieu à de nombreux mélanges ethniques. Indigènes, colons blancs et esclaves noirs venus d’Afrique se métissèrent peu à peu pour créer une population, dont la hiérarchie sociale était réglementée par un système de castes… ce qui amena de vives tensions au début du XIXe siècle. Pourtant, ces peintures réalisées par des peintres tant espagnols que mexicains se veulent apaisées. Elles représentent des personnes de différentes couleurs vivant en bonne harmonie, vaquant à leurs occupations quotidiennes, dans des études ethnographiques parfois assez fantaisistes. Mais les commanditaires de ces œuvres demeurent mystérieux… Peut-être des Espagnols voulant rapporter des tableaux-souvenirs, ou les autorités dans un but de propagande  ? À moins que ces représentations des seize types de métissages jugés possibles n’aient surtout servi à l’administration coloniale d’exemples afin de savoir comment classer les individus…
Lundi 14 avril, Toulouse.
Marc Labarbe SVV. Cabinet Turquin, M. Pinta.

Henri Martin (1860-1939), Paysanne assoupie dans un intérieur, huile sur toile signée, 116 x 89 cm.
Estimation : 40 000/60 000 €.
Du réalisme au symbolisme
Après la vente événement de quarante-deux œuvres d’Henri Martin provenant de la collection Paul Riff le 1er avril 2012, l’étude rennaise revient avec quatre toiles du peintre. Une nouvelle occasion de découvrir l’univers unique de cet artiste mêlant une technique néo-impressionniste à un esprit symboliste très prégnant. Cette Paysanne assoupie en est le plus bel exemple. Présentée avec un cadre d’origine peint en gris, cette composition d’une grande rareté montre l’étendue du talent de Martin, qui réussit à donner une dimension métaphorique à l’image de cette femme épuisée par le travail, qui s’endort dans son modeste intérieur. La lumière s’immisce par la porte d’entrée et confère une atmosphère quasi romantique à cette scène puisant son thème dans le réalisme social. La touche pointilliste étant encore peu présente dans cette toile, on peut la dater assez tôt dans l’œuvre du peintre. Les scènes paysannes et de labeur ont toujours figuré dans la production de ce fils d’un ébéniste toulousain. On les retrouve dans les nombreuses commandes de grandes décorations murales passées par des mairies, préfectures, le Conseil d’État ou encore le capitole de Toulouse. Son œuvre symboliste sera représentée lors de cette vente par la Figure allégorique féminine ailée (4 000/7 000 €) –  une étude pour le tableau Vers l’abîme de 1897, inspiré de la Damnation de Faust de Berlioz (musée des beaux-arts de Pau) – et par Femme rêveuse dans un paysage, entre symbolisme et néo-impressionniste (15 000/20 000 €).
Lundi 14 avril, Rennes.
Rennes Enchères SVV. M. Maket.

Travail indo-portugais, fin du XVIIIe-début du XIXe siècle. Cabinet en bois exotique marqueté de rosaces dans des encadrements à contrefonds d’os ou de palissandre, 115 x 72,5 x 41 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €.
Art indo-portugais
Quand la rencontre de deux mondes donne naissance à des œuvres d’exception. Notre cabinet indo-portugais s’impose par sa forme et son décor pour le moins impressionnants. Les Portugais sont depuis le XVe siècle de grands marins et explorateurs. Sous la houlette du prince Henri le Navigateur – grand maître de l’ordre du Christ , ramification portugaise des Templiers –, ils partirent à la découverte de Madère, des Açores puis du cap Vert avant de pousser jusqu’à celui de Bonne-Espérance. C’est Vasco de Gama qui découvre, en 1497, les Indes, dont les arts, mais aussi les épices et les pierres précieuses, sont très appréciés. Si, du XVIe au XVIIIe siècle, la Compagnie des Indes rapporte dans ses cales de nombreuses créations locales, elle propose également des œuvres nées de la fusion des deux cultures. Qu’il s’agisse de petites statuettes religieuses en ivoire – réalisées notamment à Goa – ou de meubles, elles mêlent un style européen à des techniques et matériaux orientaux. Sur place, ce sont des missionnaires du patronage d’Orient, créé sur les instances de la Couronne portugaise et confié à la Compagnie de Jésus, qui sont à l’origine de cette production. Les artistes copient des motifs occidentaux qu’on leur fournit… avec quelques variantes personnelles. Ainsi retrouve-t-on dans notre modèle l’usage indigène du bois exotique à incrustations d’os et à encadrements de laiton découpé. Par ailleurs, le cabinet, forme la plus courante dans le mobilier européen du XVIIe siècle, rappelle par ses poignées latérales sa fonction mobile originelle. Quant au piétement, il prend une dimension étonnante avec ses figures de sirènes stylisées à la mode indienne, une réinterprétation des cariatides utilisées par Pierre Gole ou Domenico Cucci. Un meuble étonnant, certainement destiné à un collectionneur européen avide d’exotisme…
Dimanche 13 avril, Lille.
Mercier & Cie SVV. M. Dillée.


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