La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Antoniucci Voltigerno, dit Volti (1915-1989), Nikaya ou Nu allongé,
le coude gauche posé
, épreuve en bronze à patine noire avec reflets bleus, numérotée 2/6, Susse frères fondeurs, 55 x 121 x 35 cm. Estimation : 22 000/25 000 €.

À la une
Les femmes de Volti appellent la main, la caresse du regard, tant les pleins et les vides sont lisses, la lumière glissant sur les rondeurs pour offrir des ombres aux creux… Elles se déploient dans l’espace, vivantes, dans des positions parfois acrobatiques, comme si le sculpteur avait interrompu un mouvement. Un mot vient à l’esprit, «charnel», qu’il faut immédiatement récuser. L’artiste se définit autrement : «On m’a apparenté à Maillol, ce qui n’est pas tout à fait juste. Maillol est un charnel. Moi, je suis un architecte de la sensualité». C’est ce titre qui a été choisi pour l’exposition de ses œuvres en Chine jusqu’à l’été 2015, «Volti, architecte de la sensualité, des Méditerranéennes aux Parisiennes». D’origine italienne, ce fils de tailleur de pierre naît en 1915 à Albano, mais ses parents sont installés à Villefranche-sur-Mer depuis dix ans. C’est là qu’il passera son enfance. Après des études à l’école des arts décoratifs de Nice, il s’inscrit aux Beaux-Arts de Paris, dans l’atelier de Jean Boucher, et obtient l’un des prix de Rome. Enrôlé dans l’armée française, Volti est fait prisonnier, libéré en 1943 pour cause de maladie, et retrouve son atelier détruit par un bombardement. Durant sa captivité, il a beaucoup dessiné, réfléchi à son œuvre à venir. Il se reconnaît comme héritier de deux mille ans de tradition, les rondeurs de ses nus renvoyant à la Vénus hottentote par exemple. L’artiste a assimilé les constantes de la statuaire méditerranéenne : monumentaux ou de petites dimensions, en bronze ou en terre cuite, les corps se lovent en souplesse, se dressent fièrement ou s’allongent. La tête, un peu plate et aux yeux en amande, est inspirée des Étrusques ; les seins ronds sont placés haut, tandis que la taille marquée au-dessus de hanches pleines ainsi que les longues jambes sont des plus classiques. Même ses dessins imposent leur relief… N’avoue-t-il pas : «Ce qui m’enchante dans un corps de femme, ce sont les rythmes et les volumes» ? Il célèbrera dans toute son œuvre cette merveille de construction, affirmant «ce qui m’intéresse, c’est moins la femme que son architecture». Ses créations figurent dans de nombreuses collections privées et publiques, séduisant des amateurs partout dans le monde tant elles sont universelles. Dans la dispersion de l’appartement parisien d’une Américaine, douze d’entre elles animent les diverses pièces et la terrasse, dialoguant avec du beau mobilier du XVIIIe siècle. C’est un résumé de ce que Volti pensait : «La sculpture est pour l’homme un besoin fondamental. La sculpture est devenue une occupation de l’espace véhiculant une émotion humaine.»
Lundi 1er décembre, salle 6 - Drouot-Richelieu, salle 6.
Chayette & Cheval SVV. MM. de Buttet, de Lencquesaing.
Ecole flamande de la première moitié du XVIe siècle, suiveur de Jérôme Bosch, L’Adoration des mages, huile sur panneau transposé sur toile, 107 x 67,5 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €.
D’après Bosch
Cette scène de l’adoration des mages est ainsi relatée dans l’évangile selon Matthieu : «Voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : «Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage.» Le roi Hérode prenant ombrage de cette nouvelle envoie les mages à Bethléem, mais il leur faudra revenir lui indiquer le lieu précis de cette naissance ; il désire éliminer ce nouveau-né… Ce sujet, un de ceux traités le plus tôt dans l’art des catacombes, en association avec la Nativité, est l’un des plus populaires dans l’iconographie chrétienne. Jérôme Bosch le place au centre d’un triptyque, aujourd’hui conservé au musée du Prado à Madrid. Refermé, celui-ci dépeint La Messe de saint Grégoire, ouvert, le panneau de gauche représente saint Pierre avec le donateur, celui de droite, sainte Agnès avec l’épouse de ce dernier. Jérôme Bosch l’a peint vers 1495, date du mariage de Peeter Scheyve, collecteur des impôts à Anvers, avec Agnès de Gramme, qui lui en passa commande. Marie présente Jésus assis sur ses genoux, le plus âgé des mages est figuré agenouillé, les deux autres, apportant leur présent, se tiennent près d’une grange délabrée. Des personnages inquiétants apparaissent par la porte et la fenêtre. Selon certains exégètes, l’homme à moitié nu serait Hérode. Des bergers s’attroupent derrière et sur le toit et, à l’arrière-plan, l’artiste a disposé une Jérusalem imaginaire, au centre, dans le ciel l’étoile des bergers. Voilà ce que représente le triptyque original, transféré par Philippe II d’Espagne à l’Escurial. Cette version plus tardive proposée à Drouot est la plus conforme de toutes celles connues. La gamme de couleurs est plus soutenue dans les bruns et il manque l’étoile. L’artiste flamand a suivi fidèlement la composition de l’original sans en faire une copie servile ; des nuances dans les expressions des principaux personnages du panneau central le différencient de celui de Jérôme Bosch.
Lundi 24 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Aguttes SVV. Cabinet Turquin.
Chine, dynastie Qing, époque Qianlong (1735-1796). Paire de grands bols en porcelaine, à décor tournant en camaïeu bleu d’animaux fantastiques sur fond de vagues écumantes, frise de grecques sur le bord et le talon, au revers marque de Qianlong. H. 9,5, diam. 21 cm.
Estimation : 20 000/30 000 € la paire.
D’une famille aristocratique
Selon le Complément nobiliaire des Pays-Bas et du comté de Bourgogne, cette lignée descend d’Arnould «très renommé capitaine sous Florent, comte de Hollande et Zélande, qui accompagna ce prince dans toutes les guerres contre les Frisons au XIIIe siècle, fut tué par un trait de flèche en 1300 et inhumé dans l’abbaye d’Egmont». Au XXe siècle, Albert, fils d’Alphonse, notaire à Rotterdam et héritier du titre, réunit une collection d’objets d’art, notamment de porcelaines de la Chine. Certaines de ses acquisitions figurent dans cette vacation, identifiées par les armoiries en miniature de cette famille, apposées devant le lot décrit. On le sait, la Compagnie des Indes hollandaises avait établi un commerce florissant avec l’Extrême-Orient et développé le goût des riches amateurs pour les porcelaines de la Chine. Cette paire de bols à décor d’animaux fantastiques et de dragons porte la marque de l’empereur Qianlong, comme les autres exemplaires similaires, dont l’un est passé en vente à New York, en 2009, et un autre est conservé au musée du Palais, à Pékin. Elle tient la vedette de ce chapitre, qui comprend de très nombreux plats, vases et assiettes en Compagnie des Indes. On remarque ainsi une paire de plats ronds (diam. 40 cm) à fond bleu poudré et décorés à l’or de dragons affrontés à la poursuite de la perle sacrée parmi les nuages, un autre dragon se lovant au centre. Elle porte une marque apocryphe Qianlong, mais fut réalisée à l’époque Guangxu (1875-1908), ce qui explique peut-être son estimation d’environ 2 000 €. Le choix est vaste entre les décors en camaïeu bleu ou en polychromie, aux motifs de fleurs et rochers percés ou de scènes animées. Pour environ 800 €, on peut par exemple s’offrir un plat à décor de dignitaires conversant dans un parc, époque Kangxi ou Yongzheng, et pour quelque 5 000 €, une paire de vases en porcelaine, d’après un modèle vénitien en verre, à décor en camaïeu bleu de fleurs, citrons digités et oiseaux dans des branchages, vers 1720-1730.
Mercredi 26 novembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Kapandji - Morhange SVV. M. Blaise.
Attribué à Lucas Horenbout, dit Hornebolte (vers 1490-1544), Portrait d’érudit ou de théologien assis, vêtu d’un manteau à parements de fourrure, feuilletant un manuscrit enluminé, gouache et rehauts d’or sur vélin collé sur une carte à jouer, cadre en ivoire tourné, vers 1527-1528, diam. 5,8 cm.
Estimation : 8 000/12 000 €.
La miniature en Angleterre
La miniature devient un genre en soi à partir du XVIe siècle, les peintres travaillant à la gouache sur du parchemin ou du vélin. Bien qu’inspiré des enluminures, c’est un art à part entière. On date son apparition autour de 1515-1518, avec notamment les petits portraits de François Ier et de Jules César dans les Commentaires de la guerre gallique (1519), attribués à Jean Clouet. Ce peintre était originaire des environs de Bruges ou de Gand, comme la famille Horenbout. On retrouve un «petit portrait» en buste d’Henri VIII dans une lettre patente royale datée de 1524 et attribuée à Lucas Horenbout, ou Horenbolte comme il est appelé en Angleterre. Il semblerait qu’Holbein ait bénéficié de ses conseils à son arrivée à Londres. À l’origine, ces miniatures étaient enchâssées dans des boîtiers, tournés en ivoire et recouverts d’un cristal de roche. Elles étaient considérées comme des objets précieux et furent souvent l’apanage des rois. Ainsi, le roi d’Angleterre offrit son «portrait au naturel» et celui de sa fille Mary à la cour de France : ils étaient peints par Horenbout. On peut comparer cette miniature d’un érudit ou théologien à celle de Nicholas Kratzer, astronome allemand installé en Angleterre. Conservée au Whipple Museum de Cambridge et autrefois attribuée à Holbein, elle est désormais rendue à Lucas Horenbout. Ce dernier avait appris son métier auprès de son père, Gérard  – installé comme lui et sa sœur Susanna à Londres –, enlumineur renommé : il illustra à la demande de Margaret d’Autriche le livre d’heures des Sforza, aujourd’hui conservé à la British Library. On retrouve dans les «miniatures primitives» de Lucas des motifs tirés des enluminures flamandes, comme le portrait d’Henri VIII de 1524 déjà mentionné. L’entourage est constitué d’anges peints en or, repris d’un livre d’heures flamand du XVe siècle. Le fond bleu des miniatures attribuées à Lucas Horenbout se retrouve aussi dans des enluminures de la même époque : il devient d’ailleurs le modèle standard des miniatures produites en Angleterre jusqu’à la fin du siècle suivant.
Mercredi 26 novembre, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Boré.
Chine. Coupe en porcelaine à décor en bleu sous couverte d’émaux polychromes de coqs, poules, poussins et rochers fleuris, marque à six caractères de l’empereur Yongzheng (1723-1735), h. 4,1, diam. 8,2 cm.
Estimation : 100 000/150 000 €.
La vie en miniature
Petite par la taille, notre coupe devrait pourtant être l’objet d’une vive bataille d’enchères et – pourquoi pas ? – pulvériser son estimation… Ce ne sont pas les atouts qui manquent à ce petit récipient destiné au thé, à la soupe ou à l’alcool. À savoir, la présence de la marque à six caractères de l’empereur Yongzheng, en bleu sous couverte ; sa forme élégante au bord légèrement évasé ; son séduisant décor de coqs (l’oiseau divin aux cinq talents) et de poules menant leurs poussins picorer – symboles de fertilité – et bien sûr ses émaux, dits «doucai» (aux couleurs contrastées), une technique particulièrement appréciée, inventée à l’époque du règne de l’empereur Chenghua (1465-1488) sous la dynastie Ming (1368-1644). Le procédé ? L’artiste esquisse ses motifs en bleu sous couverte avant une première cuisson, les pièces étant ensuite rehaussées de touches d’émaux polychromes et portées au four une seconde fois, mais à plus petit feu. Encore balbutiants, mais déjà très prisés de l’empereur et des lettrés sous la dynastie Ming, les émaux doucai seront portés à une très haute qualité d’exécution durant la courte période du règne de Yongzheng (1722-1735). Ils sont alors particulièrement recherchés, tant pour la délicatesse de leurs coloris que pour l’effet de profondeur ainsi apporté au décor. Un nombre important de «chicken cups» furent produites durant la fin des dynasties Ming et Qing, dans le but de retrouver la finesse et la qualité de l’époque Chenghua, dont moins d’une vingtaine de spécimens nous seraient parvenus. Des pièces contemporaines de la nôtre sont conservées au Victoria and Albert Museum de Londres et dans les collections de la fondation Baur à Genève, consacrées à l’Extrême-Orient. On raconte qu’un de ces petits bols appartenant au service de l’empereur Wanli (1573-1620), «estimé à 10 000 pièces», disparut un jour de sa table…
Vendredi 28 novembre, salle 5-6 - Drouot-Richelieu, 14 h.
Coutau-Bégarie SVV. Mme Jossaume, M. Portier.
Giuseppe Rivadossi (né en 1935), Custodia di primavera, 1971, meuble sculpture toutes faces en mélèze sculpté à la gouge, 233 x 107 x 36 cm.
Estimation : 15 000/17 000 €.
Mobilier ou sculpture ?
Les meubles réalisés par Giuseppe Rivadossi intriguent, possédant un côté ludique qui appelle en écho de son geste celui du spectateur. En voyant cette forme évoquant une raquette de tennis géante, on se pose la question : comment cela fonctionne-t-il ? La boucle verticale accueille en suspension interne un grand totem signal, formé d’un caillebottis géométrique sur fond de verre ; il s’ouvre par de petits vantaux sur un intérieur aménagé de tablettes internes également en caillebottis. Pour arriver à ce degré d’art, l’artiste doit connaître intimement la fibre du bois afin de lui imposer sa vision architecturale. Né à Nave, cet ébéniste et sculpteur italien a hérité de son père, Clemente, d’un intérêt pour l’art. Il débute sa carrière dans les années 1960 ; grâce au soutien de galeries, il expose en solo en 1968, et à la Triennale de Milan en 1974. Deux ans plus tard, avec un groupe de collaborateurs, il crée Officina Rivadossi pour la production d’objets et de meubles en bois. Le travail de l’atelier est documenté pour la première fois dans une exposition majeure à la Rotonda della Besana, à Milan en 1980. Aujourd’hui, ses fils Emanuele et Clemente l’ont rejoint dans son travail. Rivadossi confie que la poésie fait partie de son travail, issu d’une culture millénaire. C’est ainsi qu’il peut permettre aux formes inspirées de la nature de s’intégrer dans l’espace domestique et procurer de l’émotion. Il se réclame artisan, dont le but est de faire ressortir la structure même de son matériau, le message de l’harmonie entre la nature et l’environnement urbain ou intérieur. Ses créations possèdent une monumentalité plutôt réservée à l’idée qu’on se fait de l’architecture. Plusieurs de ses meubles pourraient être édifiés : on imagine avec bonheur des avenues bordées de ses constructions. D’ailleurs, Rivadossi donne parfois à son mobilier des noms de ville ou de monuments, Athos, Arche, Dolmen…
Lundi 24 novembre, Espace Tajan.
Tajan SVV. M. Wattel.
Fanny Mendelssohn Bartholdy (1805-1847), manuscrit autographe pour La Sonate de Pâques, mai 1828, 17 pages in-4° oblongues.
Estimation : 25 000/30 000 €.
De l’ombre à la lumière
À la poursuite du manuscrit perdu : ainsi pourrait s’intituler cette mystérieuse Ostersonate, longtemps attribuée à Félix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847) et disparue à la fin du XIXe siècle. Revenue sur le marché par l’intermédiaire du libraire Marc Loliée, qui l’acquit auprès d’Hugo Mendelssohn, notre sonate est alors vendue comme de la main du célèbre compositeur, pianiste et chef d’orchestre originaire de Hambourg. En 1972, elle est enregistrée par Éric Heidsieck. En mai 2010, la chercheuse américaine Angela Mace rend visite à ce dernier et examine notre manuscrit, dans lequel elle reconnaît immédiatement l’écriture de Fanny Mendelssohn, très différente de celle de son frère. Datée 1828, cette pièce sera mentionnée dans le journal de la jeune femme en avril de l’année suivante, avant qu’elle n’en fasse cadeau à Félix. En août, celui-ci l’interprète à bord du navire qui l’emmène à New York. Si les manuscrits de ce dernier sont rares sous le marteau, que dire de ceux de sa sœur ? Élevée dans l’atmosphère cultivée de l’intelligentsia berlinoise, Fanny Mendelssohn étudie le piano et la composition. Comme son frère, elle manifeste très tôt des dons musicaux. À cette différence près que, pour elle, il n’est pas question de se consacrer à cette première passion. «La musique sera peut-être pour lui [Félix] une profession mais pour toi elle ne peut et ne doit être qu’un agrément», lui écrit son père en 1820. Mariée au peintre Wilhelm Hensel en 1829, Fanny livrera une œuvre riche de plus de quatre cents pièces, dont une dizaine seulement furent publiées en 1846. Soit un an avant qu’elle ne meurt d’une crise d’apoplexie. Six mois plus tard, le 4 novembre 1847, Félix disparaissait, laissant lui aussi une œuvre très féconde pour sa courte vie. Autant dire que cette sonate devrait aujourd’hui faire grand bruit parmi les musicologues et les musées – dont celui de Berlin.
Vendredi 28 novembre, salle 2 - Drouot-Richelieu.
Tessier & Sarrou et Associés SVV. M. Raux.
Gino Severini (1883-1966), Nature morte à la langouste et aux artichauts, vers 1932-1933, huile sur toile, signée, 61 x 50 cm.
Estimation : 50 000/60 000 €.
L’autre Severini
La peinture moderne italienne sera à l’honneur lors d’une vente troyenne, avec le pastelliste impressionniste Federico Zandomeneghi, le peintre métaphysique Filippo de Pisis ou encore le futuriste Gino Severini… Provenant d’une collection particulière, cette Nature morte à la langouste et aux artichauts de ce dernier est datée de 1932-1933. Elle fut d’ailleurs présentée à l’Exposition des artistes italiens de Paris à la galerie Charpentier en 1933. Une période où ce membre actif du groupe des futuristes revient à une peinture plus classique. Il effectue ainsi la même démarche que nombre de ses confrères, qu’ils soient cubistes ou surréalistes, celle d’un «retour à l’ordre». Mais on perçoit encore dans notre composition une belle audace, autant dans son cadrage que dans sa touche pointilliste ou son jeu de contrastes et de perspective. Gino Severini est un peintre important du XXe siècle, considéré enfin à sa juste valeur pour l’ensemble de sa carrière lors d’une exposition au musée de l’Orangerie en 2011. On y apprenait que ce Toscan fut élève de Giacomo Balla avant de venir s’installer à Paris en 1906. Pleinement engagé dans le mouvement futuriste, il en signe le manifeste quatre ans plus tard. Après s’être rapproché du cubisme en 1916, les années 1920 seront celles du changement. Il publie ainsi en 1921 son ouvrage Du cubisme au classicisme. Désirant renouer avec une peinture universelle, il fait appel aux règles de la géométrie, mais aussi aux bases de nos civilisations, à l’Antiquité grecque et romaine. L’œuvre de Severini est  à la croisée de nombreuses influences. Il resta à l’écoute de tous, il fut l’ami de chacun, de Breton, Apollinaire, De Chirico, mais aussi de Matisse et Picasso. À l’image de notre nature morte, l’esthétique prime dans les œuvres de cette seconde partie de carrière , fortement marquée par la spiritualité.
Samedi 22 novembre, Troyes.
Boisseau-Pomez SVV. M. de Louvencourt, Mme Sevestre-Barbé.
Vers 1915-1920, Masriera Y Carreras. Calice et sa patène en or massif ciselé, émaux translucides en «plique à jours», émeraudes et rubis en cabochon sertis clos. h. 20,5 cm.
Estimation : 80 000/100 000 €.
Art nouveau espagnol
Quand l’art religieux se met au goût du jour… La célèbre maison de joaillerie espagnole Masriera y Carreras est l’auteur de ce calice et de sa patène en or massif pesant pas moins de 1133,60 g, soit plus d’un kilo d’or. Cet objet liturgique utilise une technique ancestrale et éminemment complexe, celle du cloisonné dit «plique à jours». Ce dérivé des émaux cloisonnés consiste à fermer les alvéoles métalliques avec une mince feuille de cuivre ou d’argent collée, qui sera ensuite dissoute avec des acides. Le fond disparaît alors au profit de beaux effets de transparence. À ces émaux translucides viennent s’en ajouter d’autres, décoratifs, représentant des scènes de la vie du Christ. On remarquera encore dans cette pièce d’orfèvrerie l’insertion de pierres précieuses de belle qualité dont seize émeraudes pour 2,35 ct et seize rubis pour 1,60 ct. Cette œuvre d’exception affiche de nombreux atouts. Outre sa qualité technique, on notera sa rareté , puisque très peu d’objets religieux en or existent encore de nos jours. Signés Masriera y Carreras, ce calice et sa patène ont été réalisés par cette maison de joaillerie et orfèvrerie créée à Barcelone, en 1839, par Josep Masriera i Vidal. Les fils de ce dernier seront distingués par une médaille d’or à l’Exposition internationale de 1888 dans la section art industriel, joaillerie et orfèvrerie précieuse. La troisième génération Masriera ne sera pas en reste avec Luis et le triomphe de l’art nouveau. Enfin, en 1915, les deux plus grandes familles de bijoutiers catalans, les Masriera et les Carreras, s’unissent… Une association gagnante ! La nouvelle entreprise évoluera avec son temps et se fera encore remarquer à l’époque art déco lors de l’Exposition de 1925 à Paris et de l’Exposition universelle de Barcelone en 1929.
Dimanche 23 novembre, Bergerac.
Hôtels des ventes du Périgord-Périgord Auctions SVV.
Félix Édouard Vallotton (1865-1925), Côte roussie et tourelle, Champtoceaux, huile sur toile, signée et datée 1923, 55 x 46 cm.
Estimation : 50 000/80 000 €.
Vallotton paysagiste
Félix Vallotton est un artiste au talent unique.
Le Grand Palais à Paris lui a d’ailleurs consacré une rétrospective d’octobre 2013 à janvier 2014. L’artiste est né à Lausanne dans une famille bourgeoise et protestante. Il décide très jeune de se consacrer à la peinture. Son bac en poche, il part pour Paris. C’est à l’académie Julian, alors à peine âgé de 17 ans, que l’artiste a élaboré son style auprès de ses compères Vuillard, Sérusier et Denis, les membres du futur groupe nabi,  auquel il adhérera en 1897. Son goût pour la simplification des formes, pour les figures en réserve et pour les aplats de couleurs trouve un écho à partir de 1891 dans ses xylographies, technique qu’il aime beaucoup pratiquer et qui fait sa renommée auprès de journaux comme la Revue blanche ou le Courrier français. Le début des années 1900 sera la période du succès, concrétisé par de nombreuses expositions et la collaboration, à partir de 1910, avec la galerie Druet. Même si Vallotton est résolument novateur, son admiration pour de grands maîtres comme Ingres ou Poussin l’engage à conserver un dessin linéaire précis, une dose de réalisme et une composition ordonnée. Mais son style inimitable puise son inspiration dans de nombreuses sources. À une technique lisse et des formes épurées rappelant les nabis peuvent succéder, dans des œuvres plus expressionnistes, des compositions synthétiques et des couleurs sourdes contrastées qui influenceront les générations suivantes. Répertorié dans le catalogue raisonné de Marina Ducrey, notre tableau appartient à cette seconde catégorie. De 1920 à 1924, Félix Vallotton voyage dans de nombreuses régions de France, notamment dans les pays de la Loire, à Champtoceaux. Ce paysage n’est pas sans évoquer les estampes japonaises par son cadrage audacieux et son traitement en deux dimensions. Les couleurs saturées et l’atmosphère bucolique sont les bases de cette œuvre des plus poétiques.
Samedi 29 novembre, Toulouse.
Marc Labarbe SVV. M. Arar.
Epoque Régence, attribuée à Bernard Toro (1672-1731), Table console en noyer frisé, dessus de marbre vert de mer, 87 x 161 x 78 cm. Estimation : 30 000/35 000 €.
Ode à la provence
Cette table console d’époque Régence figurait en bonne place dans le majestueux château de Fonscolombe. Situé sur la commune du Puy-Sainte-Réparade, près d’Aix-en-Provence, il est l’un des joyaux de la Provence du XVIIIe siècle. Il fut construit en 1720 sur demande du marchand de tissus, banquier et consul d’Aix Denis Boyer. Ce dernier et ses deux fils réunirent dans ce lieu une belle collection d’art qui sera dispersée lors de cette vente. Au sommaire, des artistes provençaux célèbres, dont les peintres Pierre Puget, Claude Arnulphy et Lacroix de Marseille, mais aussi la manufacture marseillaise de Gaspard Robert et le sculpteur Bernard Honoré Tureau, dit Bernard Toro. Ce dernier est né à Toulon en 1672 d’un père également sculpteur sur les chantiers navals royaux. Il entre en apprentissage chez Joseph Bouvier, décorateur à l’arsenal, avant de passer sans doute par l’atelier de Pierre Puget. De la décoration des bateaux à la menuiserie en bâtiment, il n’y a qu’un pas, aisément franchi par Toro… Il réalise plusieurs séjours à Aix-en-Provence, où il obtient de grandes commandes, dont la porte de l’hôtel d’Arlatan-Lauris vers 1695-1700, puis le maître-autel de la cathédrale Saint-Sauveur à partir de 1713. C’est sans doute peu de temps après qu’il réalise notre meuble. Appartement aux éléments «immeubles» d’un intérieur, les tables console dépendaient des murs et étaient réalisées par des sculpteurs ou des menuisiers en bâtiment qui ne signaient que très rarement leur travail. Grand dessinateur, Toro inventa un vocabulaire décoratif très original peuplé de masques, dragons ou faunes. Toute sa virtuosité est présente dans notre exemplaire à la ceinture sculptée à jour d’un mavelot, dans une réserve ovale encadrée d’une chute de fleurs et volutes d’acanthe, et ornée d’agrafes d’acanthe sculptées en leurs centres d’un petit tournesol. Jugé «capricieux et fantasque» par ses pairs, qui le nommèrent maître sculpteur au port de Toulon, Toro est considéré comme l’un des sculpteurs majeurs de son temps.
Samedi 22 novembre, Marseille.
Leclere - Maison de ventes SVV. M. Lepic.

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