La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Hans Hartung (1904-1989), T 1973-E 19, acrylique sur toile, 60 x 73 cm.
Estimation : 25 000/30 000 €.


A la une
Une voie ensoleillée sur la mer, un rêve d’été pour accompagner vos vacances, certes… mais aussi et surtout une peinture d’Hans Hartung. Elle date de 1973, année où l’artiste et son épouse, Anna-Eva Bergman, s’installent à Antibes, dans une maison édifiée selon ses propres plans et qui deviendra plus tard une fondation portant leur nom. Les toiles de ces dernières années rendent hommage au mouvement et à la couleur. Avec très peu de moyens, il fait danser la lumière sur la toile : une plage de jaune, sur deux de bleu, laisse entrevoir le fond pour dévoiler quelques éclairs de vert, plus printanier qu’estival. Sur les côtés, un bleu nuit orageux s’illumine pour devenir azur, magnifiant le jaune canari d’un centre décalé. Cette symphonie bicolore reprend les éléments essentiels de son œuvre, que l’on retrouve sous une forme ou une autre de toile en toile : variations sur la ligne, la couleur, la tache, le dynamisme. Son orchestre se compose de brosses larges dont on peut suivre la trace des crins dans la matière, d’aérographes pour la petite musique de fond, des pulvérisations qui laissent apparaître des espaces ouverts. Le motif n’est pas assujetti au cadre du tableau, traversant le champ pictural, se poursuivant à l’extérieur. Hartung donne toute liberté à son désir de recherche, de renouvellement et d’invention : «Il faut se laisser guider par le matériau quand il vous convient et surtout savoir le chercher avec insistance quand il vous devient nécessaire.» Une quête qu’il pratique depuis ses débuts, tournant le dos à la figuration, bien qu’il ait également observé les œuvres des maîtres anciens, détails dont les volumes et les contours restent gravés dans sa mémoire et nourrissent son geste d’une émotion intérieure… Voilà d’où vient cette impression de joie éclatante, d’un mouvement en harmonie avec l’idée et la couleur, ce sentiment d’être transporté dans un univers mirifique, ludique comme un voyage rêvé dans un cosmos enfantin. On voit se produire dans ces années 1970 la disparition du centre, signe qui s’efface dans de larges plans. Hartung invente un langage pour intituler ses toiles : une lettre pour la technique, puis l’année et un code, qui préserve le mystère de la genèse de l’œuvre. «Agir sur la toile, peindre enfin, confie l’artiste, me semblent des activités humaines aussi immédiates, spontanées et simples que peuvent l’être le chant, la danse ou le jeu d’un animal». Ou un rayon de soleil zébrant une surface azurée.
Vendredi 15 août. Cannes.
Besch Cannes Auction SVV.


Première moitié du XVIIe siècle. Pendentif en or jaune émaillé polychrome et serti de diamants, h. 4 cm, poids brut 26 g.
Estimation : 40 000/50 000 €.
Petit, mais précieux
Il ne mesure que 4 cm de hauteur et sera pourtant l’une des vedettes de la semaine. Fort de son bel âge – 400 ans – et de sa provenance – une famille aristocratique française –, ce pendentif devrait agiter le monde de la joaillerie. Courants durant la Renaissance, les bijoux de ce type sont peu nombreux à avoir survécu aux outrages du temps. Le XVIe siècle marque un apogée de la joaillerie avec l’élaboration de nouvelles techniques, mais aussi grâce aux nouveaux décors inspirés des travaux des plus grands artistes de l’époque. Ghirlandaio, Dürer ou Jules Romain sont sollicités pour dessiner des bijoux de grand luxe. L’Antiquité est alors la principale source d’inspiration, tant pour le vocabulaire ornemental diffusé au travers des gravures des plus grands dessinateurs de l’époque, que pour les matériaux, avec une prédominance de l’émail, inventé dans l’Orient du IIe millénaire avant J.-C., comme l’illustre notre pendentif en or jaune émaillé polychrome. En outre, les bijoux envahissent le costume Renaissance, qu’il s’agisse de colliers, d’aiguillettes, bagues, bracelets, boutons, ceintures, pendants d’oreilles ou de pendentifs. Ces derniers peuvent être fixés au col ou épinglés aux manches. Avec sa forme stylisée de galion ou de caravelle, armé de onze canons, notre modèle s’inscrit dans une production typique de celle du bassin méditerranéen dans la première moitié du XVIIe siècle ; l’Espagne ou l’Italie, en particulier Venise, pourraient être avancés comme pays d’origine. Son propriétaire ? Certainement un armateur au commerce florissant durant la Renaissance ou au début du XVIIe. Vu sa taille contraignante, une grande minutie prévaut dans la réalisation de notre pendentif : les voiles latines sont émaillées blanc à décor de filets et de croix, tandis que le pont et la vigie sont ciselés de plusieurs personnages également émaillés. Le revers n’est pas négligé pour autant, la coque et les trois mâts étant entièrement sertis de diamants polymorphes, taillés en rose et en table. Quand la joaillerie croise le chemin de l’histoire…
Dimanche 20 juillet, Rouen.
Wemaëre - de Beaupuis - Denesle Enchères SVV. Cabinet Dechaut-Stetten.
Emile Jourdan (1860-1931), Place du marché à Pont-Aven, effet de lumière, huile sur toile datée 1894 avec envoi « A mon Ami C Mo…», 54 x 81 cm.
Estimation : 30 000/50 000 €.
Jourdan à Pont-Aven
Émile Jourdan a 34 ans lorsqu’il peint cette Place du marché à Pont-Aven, effet de lumière. Né à Vannes en 1860, il est entré en 1880 aux Beaux-Arts de Paris dans les ateliers de Bouguereau et Robert-Fleury, avant de s’inscrire à l’académie Julian. Toujours attaché à son pays d’origine – il est bien souvent habillé en gilet traditionnel breton –, il prend le chemin de Pont-Aven. Il arrive à l’auberge Gloanec en 1888 pour y passer une grande partie de son existence, vouée à la bohème et à la peinture. Là, il se lie d’amitié avec Moret, Maufra, Filiger, Seguin et Sérusier, et rencontre Gauguin de retour de la Martinique. Cette confrontation artistique est décisive. Jourdan abandonne le style académique, touche à l’impressionnisme, pour rapidement s’intéresser au synthétisme, dès le départ du maître. À la différence de la plupart des membres de l’école, et comme son ami Moret, il ne choisit pas d’appliquer des couleurs en aplats à l’intérieur de formes définies par des cernes, mais de remplir celles-ci de touches juxtaposées, proches de la manière impressionniste. Notre toile appartient à cette première époque de son travail et nous offre d’importantes vibrations de couleurs et des touches fragmentées qui disparaîtront par la suite , après le départ définitif de Gauguin pour l’Océanie, en 1895. Sa peinture deviendra alors toujours plus synthétique, avec des cadrages audacieux et une manière influencée par l’estampe japonaise. Mais l’école de Pont-Aven est dissoute. Les artistes reprennent leur chemin, avec des fortunes diverses. Après une aventure manquée vers la Finlande, qui s’achèvera par un naufrage au large de Riga, Émile Jourdan vivra dans la misère à Pont-Aven, jusqu’à la fin de sa vie… nostalgique de ses premières années.
Samedi 19 juillet, Brest.
Thierry - Lannon & Associés SVV. M. Schoeller.



1967, Italie. Canot Riva, type Ariston, en bois, moteur V8, 185 Cv, essence carburant 160 l, 6,52 mètres.
Estimation : 60 000/70 000 €.
Dolce vita à Arcachon
Une grande première ! Cette vente au Centre national du canot automobile d’Arcachon verra l’inauguration, par l’étude de maître Osenat, d’un espace de 1 400 m2 dédié au nautisme classique. Cet événement de prestige propulsera en tête d’affiche le canot automobile, ce bateau de plaisance en bois muni d’un moteur, hors-bord ou non. Symboles du luxe et de l’élégance des années 1920 à 1970, ils étaient initialement conçus pour la traversée des lacs. Alliant rapidité et souplesse, ces bateaux afficheront ici les plus belles signatures de la spécialité, Chris-Craft, Rio, Boesch, Swiss Craft, Rocca, Matonnat, Seyler et Pedrazini… À leur tête, une marque italienne qui vit le jour en 1842 sur le lac de Côme, suite à une très forte tempête. Pietro Riva part alors pour Sarnico afin de réparer les embarcations endommagées. Il décide d’utiliser une technique encore inconnue, associant des moteurs à explosion à des canots. Ces bateaux rapides connaîtront le succès dans les années 1920, avec Serafino Riva, puis dans les années 1950 sous la direction de Carlo Riva. Ce dernier, au retour d’un voyage aux États-Unis, désire concurrencer la marque américaine Hacker-Craft dans la gamme de luxe. Considérés comme les «Rolls de la mer», ses canots en acajou, chrome et à sellerie de cuir aux finitions d’exception ont séduit les plus grandes stars des années 1950 et 1960, de Brigitte Bardot à Aristote Onassis, en passant par Richard Burton. La famille Riva cède ses chantiers en 1969 à la firme Rolls-Royce, avant que la marque ne soit ensuite absorbée par le groupe Feretti, leader du secteur des bateaux de luxe et de plaisance. Le dernier exemplaire en bois verni, devenu trop coûteux, est sorti du chantier en 1997. Pourtant, aujourd’hui encore, nombre de ces canots anciens, restaurés, sont amarrés dans les ports de la Côte d’Azur les plus prisés, comme Monaco ou Saint-Tropez. Un souvenir de la «dolce vita» !
Samedi 26 juillet, La Teste-de-Buch.
Osenat SVV. M. de Villars.


Ramiro Arrue (1892-1971), Les Pêcheurs au port, huile sur toile, signée, 90,5 x 207 cm. Estimation : 120 000/150 000 €.
Voyage au Pays basque
Il est devenu la figure incontournable des ventes d’art au Pays basque. Ramiro Arrue sera une nouvelle fois au centre de toutes les attentions lors de la dispersion, le 3 août prochain, d’une collection rare composée durant trente années de peintures, sculptures, céramiques, mobilier et estampes des artistes les plus célèbres de la région. Pas moins de vingt-huit œuvres de Ramiro Arrue seront proposées. Toutes très différentes, elles illustreront la large palette de cet artiste amoureux de la région. Ainsi, on trouvera aussi bien un projet pour les mythiques biscuits Mouchou qu’un projet d’affiche pour une soirée à la Pergola de Saint-Jean-de-Luz. Sans oublier des projets de décors de théâtre, une publicité pour la marque de voitures Doriot-Flandrin-Parot, mais surtout cette grande toile, de plus de 2 mètres de longueur, figurant des Pêcheurs au port. Inédite sur le marché, elle ne manquera pas de séduire les amateurs de sa peinture, à la fois populaire et très esthétique. Les scènes de pêcheurs en plein travail sur les quais du port sont un des thèmes privilégiés du peintre. Ces compositions sont parfaitement ordonnées et stables. Un arrière-plan aux architectures et cheminées des embarcations aux fortes verticales, assoit un premier plan, animé de personnages en mouvement et tout en courbes, tenant un filet de pêche à l’horizontale. Arrue représente très peu les hommes en pleine mer dans leurs bateaux. Il préfère la vie plus animée des ports, en particulier de celui de Saint-Jean-de-Luz, ville où l’artiste s’est installé en 1915. C’est là qu’il a passé la quasi totalité de sa vie, contre l’avis de confrères qui le poussaient à revenir dans la capitale. Une existence et une œuvre vouées à une région qui, aujourd’hui, lui rend au centuple cette affection.
Dimanche 3 août, Saint-Jean-de-Luz.
Côte basque Enchères SVV.


Charles Darwin (1809-1882), On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races In the Struggle for Life, Londres, John Murray, 1859, in-8° de IX et 502 pages.
Estimation : 40 000/60 000 €.
L’origine des espèces
Mettant à mal le dogme religieux et de nombreuses croyances ancestrales, la théorie de l’évolution de Charles Darwin a changé la vision du monde et des hommes. Il fallut attendre presque un siècle, et les années 1930, pour que son travail soit admis par l’opinion publique. L’idée que l’être humain ait évolué au cours des millénaires et que nous venions tous d’un ancêtre commun bouleversait les thèses sur la Genèse et la création du monde, et rendait caduque toute théorie sur les «races supérieures». Né à Shrewsbury, en Angleterre, à l’aube du XIXe siècle dans une famille de médecins et scientifiques, Charles Darwin se montra dès son plus jeune âge avide de connaissances et curieux de tout. Fortement influencé par les écrits de Buffon, il devint un naturaliste réputé, ayant étudié tant la médecine que la botanique, la zoologie ou encore la géologie. Un esclave libéré lui apprit également la taxidermie et le fit rêver avec ses histoires sur les forêts tropicales d’Amérique du Sud. C’est en 1831 qu’il embarque sur le Beagle en tant que naturaliste sans solde, attaché à l’expédition menée par Robert FitzRoy, pour effectuer des relevés cartographiques des côtes sud-américaines. Un voyage de cinq années dont il passe les deux tiers à terre à prélever spécimens botaniques, géologiques et fossiles, et surtout à observer… Durant ce voyage et au cours des années suivantes, il remplit de nombreux carnets, à la base de son Origine des espèces, publiée à Londres le 24 novembre 1859. Un succès de librairie, les 1 250 exemplaires étant vendus le jour même ! Le nôtre étant quant à lui enrichi de coupures de presse du journal The Spectator, datées du 7 avril 1860 et exposant, au travers des mots de l’évêque de Dublin, les idées d’un opposant aux théories de Charles Darwin, le géologue britannique Adam Sedgwick… qui fut le maître de celui-ci.
Lundi 4 août, Morlaix.
Dupont & Associés SVV. M. Farré.
Chen Man (née en 1980), Young Pioneer Serie (Three Gorges Dam), 2009, photographie numérotée 6/7, montage sous diasec, signée et numérotée au dos, 130 x 130 cm. Estimation : 10 000/12 000 €.
Un petit plongeon !
L’image d’une Chine jeune et avant-gardiste, voici ce que représente la photographe Chen Man aux yeux du monde. En tant que femme, elle a de plus réussi à s’imposer comme une artiste incontournable de la scène mondiale. Née à Pékin en 1980, elle a plongé dans le succès à 20 ans et quelques années après des études effectuées à la Central Academy of Fine Arts et des couvertures pour le Chinese Vision Magazine à partir de 2003. Son style inimitable a fait d’elle une photographe originale et convoitée, notamment des plus grands magazines de mode parmi lesquels Vogue, Elle, Bazaar, Marie-Claire ou Cosmopolitan, mais aussi des plus grandes marques telles Lancôme, Adidas, Nike ou L’Oréal. Ses atouts ? Une attention portée à la couleur, des mannequins aux silhouettes modernes et aux maquillages très travaillés par le maquilleur chinois Tony Li, une fraîcheur de texture et une maîtrise de la technique 3D qui, combinée au médium photographique, donne naissance à des images totalement novatrices. L’année 2008 sera celle de la consécration avec sa participation à l’exposition «China Design», au Victoria and Albert Museum de Londres, et une rétrospective à la galerie Maeght. C’est également en 2008 qu’elle débuta sa série «Young Pioneer Three Gorges», dans laquelle une dizaine de jeunes filles dansent sur le célèbre barrage des Trois Gorges, dont la construction très controversée a déplacé près de deux millions de personnes. Bien qu’incontournable aujourd’hui, Chen Man est encore inclassable : «J’ai choqué beaucoup de monde. L’univers de l’art ne me considère pas toujours comme l’un des siens, ils ne savent pas comment définir mon travail», déclarait-elle au journal Libération en avril 2012. Avec ses images ultra-modernes, la photographe tente aujourd’hui de redonner une âme à la nouvelle génération de Chinois. Leur donner le courage de se mettre à l’eau !
Jeudi 14 août, Arcachon.
Toledano SVV.


Julije Knifer (1924-2004), Composition géométrique, acrylique sur toile, 97 x 162 cm. Estimation : 50 000/60 000 €.
Abstraction croate
L’école moderne croate s’invite sur la côte normande, où l’on note la présence d’œuvres de Josip Vanista, Marin Tartaglia et Julije Knifer. Si les deux premiers ont choisi les voies de l’expressionnisme et du conceptualisme, le dernier s’est engouffré dans celle de l’abstraction. Notre Composition géométrique est caractéristique de son travail, basé sur le motif du «méandre». L’artiste avant-gardiste a rapidement choisi cette orientation. Né en 1924 à Osijek, il suit avec brio des études à l’académie des beaux-arts de Zagreb, entre 1951 et 1957. À la fin de celles-ci, il réalise un voyage à Paris, où il est séduit par les créations géométriques du sculpteur François Morellet. Il commence à exposer en 1958 et, un an plus tard, participe à la fondation du groupe Gorgona, qui s’oppose à l’art officiel et cherche de nouvelles formes d’expression, notamment inspirées de Marcel Duchamp. Dès 1960, Knifer couvre ses tableaux de cette ligne brisée à angles droits, à la manière d’un Malevitch. Le noir et le blanc sont les seules couleurs admises dans sa palette. Avec une volonté de désacraliser l’art, il donne naissance à «une certaine forme d’anti-peinture… pour obtenir un rythme monotone». Le méandre, figure de l’absurde, évolue pourtant à sa guise sur la surface entière de la toile, sans aucun obstacle, dans n’importe quel sens, dans une quête de liberté. L’artiste s’installe à Sète en 1991 et restera en France jusqu’à la fin de sa vie. Il y connaîtra le succès avec le prix Aurélie Nemours en 2000. Mais il n’a jamais oublié son pays natal, qu’il a représenté à la Biennale de Venise en 1976 et 2001. Un patrimoine croate à découvrir !
Dimanche 17 août, Deauville.
Massol SVV.

François-Xavier Lalanne (1927-2008), Mouton transhumant, Epoxy stone et bronze, deux épreuves, l’une numérotée 19/250, l’autre 23/250. 90 x 104 x 39 cm.
Estimation : 80 000/120 000 € chaque.
La mode du mouton
Cet animal paisible et grégaire est devenu une icône de la sculpture et de la décoration. Qui ne rêve d’avoir son troupeau de «Moutons transhumants» de François-Xavier Lalanne, réunis sur un gazon du plus beau vert anglais, sur une terrasse, dans un hall ou… un grand salon ? Les premières sculptures ovines sont apparues en 1965 dans le salon de l’appartement de la rue Robiquet ; la tête et les pattes noires réalisées en bronze, le corps recouvert de laine. Ces créatures ressemblent à leurs cousins des races Suffolk ou Manech, résistants et aptes à la transhumance. Le troupeau s’agrandit rapidement et est exposé au Salon de la jeune peinture, de façon à former un large banc, appel irrésistible à jouer à saute-mouton, mais aussi à évoquer Ulysse et ses compagnons s’évadant sous le nez de Polyphème, dissimulés sous le ventre des moutons du cyclope aveuglé. L’artiste revendique cette allégorie, constatant que ses transhumants lui ont ouvert la porte du monde de l’art. Ils sont devenus la coqueluche de la jet-set, ornant notamment le chalet de Gunther Sachs… En 1979, le sculpteur réalise ses têtes de brebis en époxy stone et bronze afin qu’ils puissent paître dehors, exposés sans crainte aux intempéries. En 1990, Lalanne leur adjoint un bélier, puis des agneaux. Le troupeau est désormais au complet. Les amateurs peuvent aussi leur associer des canards, des lapins, des ânes, des sangliers… bref, toute une ménagerie. Depuis, les moutons de Lalanne n’ont cessé de conquérir les amateurs, décrochant au passage des enchères stratosphériques. Comme le Petit Prince, chacun veut le sien et, à une époque de démesure, pourquoi pas une vingtaine ! Ou un duo, opportunité offerte lors de cette vente estivale, et l’occasion de méditer sur la longue amitié de l’homme et de la brebis.
Vendredi 15 août, Cannes.
Besch Cannes auction SVV.
Francis Garnier (1839-1873) et Doudart de Lagrée, Atlas du voyage d’exploration en Indo-Chine, effectué pendant les années 1866, 1867 et 1868, Paris, Hachette et Cie, 1873, deux atlas in-folio.
Estimation : 10 000/12 000 €.
Voyage sur le Mékong
François Garnier est une gloire de l’armée française. La Marine nationale compte en permanence une unité portant son nom. Tombé au combat le 1er décembre 1873 sous les coups des «Pavillons noirs», l’officier fut l’un des pionniers de la colonisation française en Indochine. Originaire de Saint-Étienne, Francis Garnier suit les traces de son père en intégrant l’École navale en 1856. L’année suivante, il embarque en direction des mers du Sud. En 1859, il est en Chine, et participe à la prise de Pékin un an plus tard. Déjà, il se distingue par son courage. La civilisation chinoise le passionne. Il est nommé administrateur à Cholon, non loin de Saigon, et commence à publier des ouvrages sur la région. Son rêve est alors d’explorer le Mékong. Un rêve qui devient réalité, le 5 juin 1866, lors d’une expédition scientifique et diplomatique dirigée par le commandant Doudart de Lagrée. Ce dernier meurt dans le Yunnan et laisse Garnier, son second, seul à la tête de la mission. En deux ans, il descend le Yang-tseu-kiang jusqu’à Shanghai et en ramène de précieux documents hydrographiques, météorologiques, cartographiques, mais aussi ethnographiques. Il les compilera, une fois revenu en France, dans un ouvrage composé de deux atlas, de cartes, plans et illustrations, dont nous attendent deux exemplaires de l’édition originale – tirée à seulement 800 unités –, et de deux volumes de texte, malheureusement absents ici. Véritablement habité par l’empire du Milieu, Francis Garnier demandera un congé de trois ans pour repartir explorer les parties mystérieuses du pays, notamment en direction du Tibet. Mais, enrôlé par le gouverneur de la Cochinchine, l’amiral Dupré, dans un conflit avec des rebelles au Tonkin, il sera tué près de la citadelle d’Hanoi. Un homme à la curiosité aussi grande que son sens du devoir.
Samedi 23 août,  Montignac-Lascaux.
Galateau-Pastaud SVV. Cabinet Poulain.



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