La Gazette Drouot
'agenda de la semaine
L'agenda des ventes

Hans Christoph Schissler
(1561-apr. 1626), compendium astronomique en laiton et bronze doré, terrasse en marbre noir, signé
et daté 1625, h. : 19,7 -
diam. du nocturlabe 7,8,
de la boussole 9,1 cm. Estimation : 80 000/120 000 €.

En couverture cette semaine

A la fin de la Renaissance, la somme des connaissances, notamment scientifiques, est considérable. Sous le règne de l’empereur Rodolphe II, Prague devient un foyer florissant pour les arts, les lettres et les sciences. Ce prince éclairé invite à la cour les meilleurs savants et les artisans les plus talentueux de son époque comme Hans Christoph Schissler, fils du fabricant d’instruments réputé d’Augsbourg, Christoph Schissler. En 1590, Hans Christoph s’installe à Prague et, vingt ans plus tard, est nommé horloger de la cour. Il fournit non seulement Rodolphe II en instruments et horloges aux mécanismes compliqués mais aussi les cours européennes. À la mort de son mécène en 1612, il travaille pendant une dizaine d’années pour Mathias, frère de l’empereur. Le seul autre compendium de Schissler connu est conservé à Florence, au Musée de l’histoire de la science. Cet instrument, sorte de microordinateur scientifique, comprend divers éléments de calcul du temps, de la position géographique, améliorés ou inventés à la Renaissance comme en témoigne celui-ci. La figure d’Atlas sur l’astrolabe géographique soutient le nocturlabe et le calendrier lunaire. L’ensemble s’ouvre ou se sépare - clé amovible -, pour donner accès à un calendrier astronomique et un cadran solaire horizontal à style axe pliant. Reposant sur la terrasse, une boussole divisée sur laiton argenté permet l’orientation du cadran solaire et la visée de l’étoile polaire. Avec de tels éléments, le propriétaire pouvait accomplir un voyage terrestre de nuit comme de jour. L’astrolabe géographique est particulièrement intéressant, avec une projection polaire de l’hémisphère Nord s’étendant jusqu’au tropique du Capricorne ; on y trouve les inscriptions ou les représentations de l’"oeceanus ethiopicus", de la ligne de partage "aequinoctilis", de la direction de "Hierusalem"... Le méridien origine passe au large de l’Afrique (Hierro). La mère, divisée sur argenture des heures locales, est ceinte d’une couronne de deux fois douze heures en chiffres romains et porte une alidade divisée deux fois de 4 à 8 dixièmes de degrés de latitude. Notre objet inclut en effet de récentes découvertes maritimes. Hans Christoph Schissler est aussi un excellent graveur et modeleur : la figure d’Atlas semble avoir été inspirée par un bronze de Jacopo Sansovino, connu grâce au modèle rapporté par Christoph Jamnitzer, l’orfèvre de Nuremberg. Les autres éléments décoratifs sont probablement tirés de recueils d’ornemanistes, très en vogue à l’époque.

Jeudi 27 juin. Salle V.V.
Millon & Associés SVV. M. Petitcollot.

 

Ivan Constantinovich Aïvazovski (1817-1900), Chaloupe dans la tempête, huile sur toile, 47,5 x 61 cm. Estimation : autour de 400 000 €.

Avis de tempête

Ivan Aïvazovski aurait peint plus de six mille toiles... L’homme peint vite et beaucoup. Rien d’étonnant donc à ce que ses oeuvres figurent régulièrement en ventes publiques. Si sa cote n’a cessé de grimper depuis l’année 2000 - celle du centenaire de sa mort - pour atteindre des enchères autour de 2 M€ en 2006-2008, celle-ci semble s’être stabilisée depuis, tout en restant enthousiaste. Tous les espoirs sont donc permis pour notre scène de tempête... D’autant qu’une toile fort proche et de la même année, La Vague, mettant elle aussi en scène un voilier et une chaloupe sur une mer cristalline démontée, est conservée au musée des beaux-arts de Brest. C’est d’ailleurs l’une des rares oeuvres de l’artiste à appartenir aux collections publiques françaises. Pourtant, Aïvazovski a fait de nombreux séjours à Paris - pas moins de cinq entre 1843 et 1890 -, ainsi qu’à Nice et à Biarritz, un lieu de villégiature prisé des Russes sous le second Empire. Sa notoriété a atteint des sommets. L’homme impressionne par le nombre de ses voyages : de Bakou aux chutes du Niagara en passant par Stockholm, Lisbonne, Naples, Londres, Izmir, Saint-Pétersbourg, Vienne, Le Caire, sans oublier les bords de la mer Noire et Théodosia, en Crimée, d’où il est originaire. S’il laisse quelques portraits et des vues du mont Ararat, l’artiste a cependant fait des grands espaces liquides son sujet de prédilection incontesté. "Ma vie, c’est la mer" disait celui qui fit preuve dès l’enfance de dispositions exceptionnelles dans les domaines du dessin et de la musique. Il lui porte une véritable vénération. Agitée ou calme, à l’aube ou au crépuscule, reproduite pour ses éléments essentiels ou peuplée de silhouettes, la mer constitue une image fascinante. En 1857, quand Aïvazovski s’embarque de France vers l’Angleterre, il manque de faire naufrage et son bateau est signalé comme étant perdu corps et biens ; aussitôt, ses peintures se vendent à grand prix. "C’est ainsi que j’appris de mon vivant combien un homme gagne à disparaître", conclut-il à un journaliste...

Lundi 17 juin, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Castor - Hara SVV. M. Boulay.

 

Jean-Georges Schlichtig (?-1782), secrétaire à abattant en placage de bois de rose et marqueterie de bois teinté, ivoire et nacre, bronzes dorés, marbre bleu turquin, estampillé, époque Louis XVI, 138 x 93,5 x 41 cm. Estimation : 120 000/180 000 €.

Un décor sur commande

Des scènes galantes ornent ce secrétaire très strict de lignes. Des couples se content fleurette dans un jardin à l’italienne ou sur le quai d’un port, thème repris sur les panneaux marquetés à l’intérieur, des trophées musicaux décorant les faces internes des panneaux latéraux... La mode des meubles marquetés au décor d’architectures se développe dans les années 1770, les ouvrages les plus sophistiqués, tel ce secrétaire, étant des oeuvres de commande, pour lesquelles les clients choisissent les gravures à reproduire. Parmi eux, Emmanuel Félicité de Durfort, duc de Duras (1715-1789), maréchal et pair de France, premier gentilhomme de la Chambre sous Louis XV, fut nommé directeur de la Comédie-Française en 1757 et élu membre de l’Académie française en 1775. Bibliophile, ami des philosophes, amateur d’art et de danseuses, il eut pour maîtresse Barbara Campanini, dite la Barberina. On retrouve un même attrait pour la comédie italienne et les fêtes galantes sur un secrétaire décrit dans la vente après son décès : "N°96-Un secrétaire en bas d’armoire, ouvrant à abattant, à panneaux en bois de rapport, sujets de paysage enrichi d’architectures et figures, il est garni de moulures à oves, cadres, rosaces en bronze doré, avec dessus en marbre blanc." Les personnages semblent tirés de La Galerie des modes, publiée
vers 1778, et se retrouvent sur d’autres meubles estampillés de divers ébénistes. Les panneaux ont-ils été fournis par un artisan marqueteur ? Une hypothèse à envisager ; cependant Jean-Georges Schlichtig, reçu maître déjà âgé d’environ 40 ans, en 1765, était un marqueteur réputé. Une commode portant aux angles le chiffre de Marie-Antoinette, léguée au musée du Louvre par Isaac de Camondo, présente un décor similaire de perspectives d’architecture et de personnages galants ; une autre, visible au musée Carnavalet, est ornée de marqueteries de trophées d’attributs et de bouquets de fleurs.

Mardi 18 juin, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV.

 

Hans Reichel (1892-1958), 197 lettres autographes signées, 1939-1954, à Herta Hausmann, en allemand ou en français. Estimation : 20 000/25 000 €.

 

Correspondance amoureuse

En plus de trois cent quarante pages, le peintre allemand installé à Paris depuis 1928, Hans Reichel, exprime sa passion pour sa compagne, son amour de la nature, ses inquiétudes, ses préoccupations d’artiste. Les plus nombreuses lettres ont été écrites pendant la guerre, de ses camps d’internement successifs - Meslay, Albi et Gurs. Sauf pour la courte période où le couple fut interné dans le même centre, celui de Gurs. En 1943, Reichel put bénéficier d’une liberté surveillée à Cazaubon, dans le Gers, d’où il s’échappa l’année suivante pour vivre clandestinement dans la ferme du Bégué. Certaines pages sont écrites en français, la plupart en allemand. La guerre sépara les amants, Reichel ayant rencontré Lucie Schimeck dans un camp. Herta restera sa confidente privilégiée. Artiste elle-même, elle eut aussi une liaison avec Hans Bellmer. Au nombre de ses correspondants intimes, on retient aussi Jeanne, la dernière passion de Nicolas de Staël, qui lui confie les tourments de cette aventure. Herta Hausmann conserva secrètement les lettres de Reichel, la plupart sont donc inédites. Certaines comportent des dessins ou des collages de feuilles ou de plumes que l’artiste ramasse lors de ses promenades. Par exemple, le 22 octobre 1939, il lui écrit : "Voici deux feuilles que j’ai trouvées pour toi. Regarde-les dans la lumière du soleil - quelle couleur !" Dans celle du 15 juin 1940, il oscille entre espoir et désespoir : "Des rêves le jour et l’insomnie la nuit et beaucoup de nostalgie de mon travail. Avons-nous encore une vie devant nous ? Je voudrais peindre (gris et jaune pâle ou des verts froids mêlés d’ocre jusqu’au plus profond marron) !" Il lui raconte les oiseaux qui rythment ses journées - un jour un pic-vert, un autre un merle -, mais aussi que Paris lui manque et qu’il rêve de déambuler avec elle dans les parcs et les bords de Seine. Vient la Libération. La nostalgie de la nature le reprend et Herta n’est plus qu’une confidente.

Mardi 18 juin à 11 h, salle 16 - Drouot-Richelieu.
Pierre Bergé & Associés. M. Bodin.

 

Meissen, vers 1741. Paire de perruches des Indes perchées sur des troncs d’arbres ornés de cerises et feuillages, modèle de Kaendler, h. 29 et 32 cm. Estimation : 40 000/60 000  €.

Une comtesse naturaliste

Fille d’une maîtresse du roi de Saxe, Mademoiselle de Cosel se marie avec un seigneur polonais, le comte Moschinsky, grand trésorier de la cour en Pologne et grand fauconnier en Saxe. Dans son palais de Dresde, la comtesse Moschinska reçoit la plus haute société et son jardin est particulièrement réputé. Elle commande à la manufacture de Meissen plusieurs sujets représentant des oiseaux, en particulier des perruches des Indes. Les registres de cette manufacture signalent que Kaendler a travaillé sur ce modèle de perroquet (Psittacula krameri, vivant en Afrique, Inde et Chine). À la date de juin 1741, une description mentionne : "Pour Son Excellence la comtesse Moschinska un oiseau des Indes de taille réelle, d’après nature chez elle [probablement dans le palais de la comtesse à Dresde] et présenté perché sur une branche de cerisier, mangeant un petit morceau de sucre dans sa griffe." Il semble que la comtesse ait particulièrement apprécié ce modèle. En effet, lui ayant appartenu, une paire de candélabres ornés des mêmes perruches perchées sur une branche de cerisier faisait partie de la collection Anita O’Keefe Young, vendue à Paris en 2008, et une autre paire, à décor de pies-grièches, figurait dans une vacation parisienne en 1975. Celle proposée dans quelques jours représente les perruches becquetant, pour l’une un morceau de sucre, l’autre approchant une cerise de son bec. On peut certes ajouter à la passion de la comtesse pour son jardin celle des sujets naturalistes pris sur le vif, probablement dans sa propre volière.

Mardi 18 juin, Espace Tajan, à 18 h.
Tajan SVV. M. Froissart.

 

Étienne Dinet (1861-1929), Caravane à Laghouat, huile sur toile, 64,5 x 80,5 cm. Estimation : 200 000/300 000 €.

 

Cap au sud

Située à quatre cents kilomètres au sud d’Alger, Laghouat était une ville fortifiée avant l’arrivée des troupes françaises, le 21 novembre 1852, et un lieu de rassemblement de la tribu des Ouled Naïl. L’une des villes préférées d’Étienne Dinet, assurément. L’artiste, qui a effectué en 1884 avec une équipe d’entomologistes son premier voyage, financé par une bourse du gouvernement, vers le Sud algérien, dans la région de Bou Saâda, découvre ce lieu l’année suivante. Les Terrasses de Laghouat et L’Oued M’sila après l’orage, respectivement conservés aux musées d’Orsay à Paris et des beaux-arts à Pau, ainsi que Le Rocher du chien forment ses premières oeuvres. Dinet est conquis. Il décide d’apprendre l’arabe, séjourne six mois par an en Algérie à partir de 1887 et fonde la Société des peintres orientalistes français. À partir des années 1900, il achète une maison à Bou Saâda, se convertit à l’islam, oeuvre à la construction de la mosquée de Paris - où sa dépouille sera déposée avant ses funérailles, le 12 janvier 1930, dans son village d’adoption aux portes du Sahara. Avec cette caravane cheminant dans le désert, le peintre rend hommage à cette ville et à cette région qu’il aime tant. Difficile de ne pas être séduit par la lumière si caractéristique de son travail, mais aussi par cet univers minéral à la palette terre, rose et jaune se découpant sur un ciel uniformément bleu. Thème populaire au XIXe siècle, la caravane dans le désert, bride abattue ou au repos, a inspiré de nombreux peintres et écrivains. "Le soleil reste admirable, pas une seconde il ne s’est couvert depuis mon arrivée à Laghouat. Je prépare mon voyage dont je devrais apprendre des choses intéressantes. Je vais essayer de monter à dos de chameau et voir si je me sens capable de faire l’expédition de cette manière, ce qui serait plus confortable. Ma santé est encore excellente", écrit-il en 1885, à la veille d’un périple à Ouargla. Si l’homme sillonna ces grandes étendues, ses oeuvres ne devaient pas connaître la traversée du désert...

Mercredi 19 juin, 16 h, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV.

 

Attribuée à François Rémond. Suite de quatre candélabres aux sirènes et guirlandes de feuillages et fruits, en bronze patiné, verni bleu et doré deux tons d’or, époque Louis XVI, vers 1783-1784, h. 145 cm. Estimation : autour d’1,5 M€.

 

Et la lumière fut !

Voyez tout d’abord le décor, si particulier avec ces figures de sirènes ou de femmes nues dont le corps se termine en queue de poisson, quand on a plutôt l’habitude de voir des faunesses à pattes de biche, assises ou allongées et en général de dimensions plus modestes (entre 95 et 100 cm). Concernant l’auteur, pas de signature, mais une attribution au célèbre bronzier François Rémond (1747-1812). L’idée d’une tige centrale, souvent à cannelures en spirale, surmontée de flèches relève sans aucun doute de son invention. Formé par Vial, Rémond est reçu maître doreur le 14 décembre 1774. Installé comme doreur, ciseleur et fondeur, il peut ainsi livrer des oeuvres achevées. Et avoir accès à la clientèle royale. Son succès est éclatant en France et à l’étranger, notamment grâce à sa collaboration avec l’incontournable marchand mercier Dominique Daguerre. À celui-ci, il fournit par exemple pour 920 000 livres de dorures et fournitures de bronze, et l’on retrouve ses oeuvres à Londres, Madrid, Stockholm, Vienne, à Naples ou Saint-Pétersbourg. Autre figure ayant très probablement participé à l’élaboration de nos girandoles : Louis-Simon Boizot (1743-1809), directeur de l’atelier de sculpture de la manufacture de Sèvres, déjà auteur d’un vase en porcelaine à figure de sirènes. Côté provenance, enfin, l’inventaire après décès nous apprend que nos quatre candélabres (d’une suite de six, à l’origine) faisaient partie des collections de Renaud César Louis de Choiseul (1735-1791), 2e duc de Praslin, en son hôtel de Belle-Isle, entre la rue et le quai de Bourbon. Nos objets d’éclairage passent ensuite entre les mains du marquis de La Grange (1726-1808), dont ils ornaient l’hôtel de Montholon, boulevard Montmartre, et sont décrits dans la vente de Hamilton Palace, le 27 juin 1882 ; puis, en juin 1896, ils apparaissent dans celle de l’homme d’affaires péruvien Auguste Dreyfus-Gonzalès, où l’antiquaire parisien Jacques Seligmann (1858-1923) les acquiert. La liste est longue des collectionneurs qui fréquentèrent sa, ou plutôt ses galeries, de William Randolph Hearst à Boni de Castellane en passant par Moïse de Camondo, les Rothschild ou J.P. Morgan. L’aventure se poursuit aujourd’hui...

Mercredi 19 juin, salle 1-7 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV. M. Dayot.

 

Paul Nadar (1856-1939), Voyage au Turkestan, août-novembre 1890, les fauconniers de l’équipage du khan de Kiva, huit épreuves argentiques d’époque. Format moyen : 16 x 12,5 cm, ronds diam. 8,8 cm. Estimation (de l’ensemble) : 30 000/40 000 €.

 

Voyage au Turkestan

Vous connaissiez bien sûr le père, voici le fils ! Né à Paris, Paul Nadar participe assez jeune à l’activité du studio de son illustre géniteur, Félix. Celui-ci a alors quitté le boulevard des Capucines pour la rue d’Anjou. Le jeune homme prendra la direction officielle de l’atelier en 1886. Proche des milieux du chant et du théâtre, il photographie des comédiens et des chanteurs d’opéra, mais surtout des personnalités de la Belle Époque, dans des lumières et des cadrages savamment travaillés. On lui doit aussi un reportage sur l’incendie de l’opéra-comique, le 25 mai 1887, ainsi que la conception, l’année suivante, de l’appareil "express détective Nadar" ! Le 24 août 1890, il entreprend un long périple à travers l’Europe et l’Asie, jusqu’au Turkestan via la fameuse route de la soie. Son voyage durera près de trois mois. Après Constantinople, le Transcaucasien puis le Transcaspien, il arrive à Samarcande le 14 septembre, à Tachkent trois jours plus tard. Kodak n°1 en main, avec films souples, il saisit l’animation des foules de Tiflis et de Boukhara, l’atmosphère des marchés et des bazars, fixe les vestiges des impressionnants mausolées, mosquées et medersas, les campements kirghizes, les mêlées de cavaliers bozkachi, les chasses à l’aigle, les caravanes de chameaux dans les grands espaces sablonneux du désert de Karakoum... Nous sommes à l’aube de la photographie amateur. Huit épreuves argentiques d’époque, sur papier Gevaert Matt, montrant les fauconniers de l’équipage du khan de Kiva, prennent le chemin des enchères. Ils constituent un précieux témoignage de l’odyssée de Paul Nadar. Le 19 juin 2012, la même société de ventes mettait en vente un ensemble de 21 épreuves (argentiques d’époque) sur son voyage au Turkestan. Estimé 50 000 €, il était disputé jusqu’à 110 000 € (frais compris). Autant dire que les photographes, confirmés ou en herbe, devraient être nombreux aujourd’hui, d’autant que la provenance est la même - l’ancienne collection de la famille Nadar -, et que nos clichés sont d’une qualité supérieure et en meilleur état de conservation.

?eudi 20 juin, salle 9 -Drouot-Richelieu.
Charles-Édouard Delettrez SVV. M. Romand.

 

Eugène Boudin (1824-1898), Cheval au râtelier, huile sur panneau, vers 1885-1890, 16,5 x 22 cm. Estimation : 10 000/12 000 €.

 

Eugène Boudin le précurseur

Issue de la collection Cerf à Paris, cette huile sur panneau signée Eugène Boudin a déjà été vendue à deux reprises à l’Hôtel Drouot : la première fois le 18 novembre 1901, lors de la vente Cerf (numéro 5 du catalogue), et la seconde fois le 12 mai 1923 (numéro 55 du catalogue). Principalement connu pour ses marines et ses plages de Normandie puis de la Côte d’Azur - que l’on peut admirer en ce moment au musée Jacquemart-André à l’occasion de la passionnante rétrospective qui lui est consacrée (jusqu’au 22 juillet) - Eugène Boudin réalise ici une oeuvre de petite taille. Son cheval blanc semble un peu triste, un peu fatigué, un peu seul dans cette écurie sombre où l’on n’aperçoit que la croupe de deux compères bruns à l’arrière-plan. Réalisé entre 1885 et 1890, ce tableau a probablement été peint en Normandie avec le chevalet posé dans l’écurie même. À cette période, en effet, Boudin séjourne souvent au Havre, à Deauville, à Trouville, à Caudebec-en-Caux et en d’autres bourgades plus ou moins proches de la côte normande.Généralement appréciés par les critiques, qui reconnaissaient son travail de peintre d’avant-garde, ses tableaux rencontrent enfin un succès public, et certains sont achetés par de célèbres collectionneurs comme Ivan Tourgueniev ou Georges Feydeau. Il obtient une médaille d’or à l’Exposition universelle de Paris en 1889 et influencera de nombreux artistes comme Claude Monet, qui n’hésitera pas à dire qu’il lui doit tout. "Peintre des beautés météorologiques", selon la formule de Charles Baudelaire, Eugène Boudin est aujourd’hui considéré comme l’un des précurseurs majeurs de l’impressionnisme.

Rouen, dimanche 16 juin.
Bernard d’Anjou SVV. MM. de Bayser.

 

Lee Man Fong (1913-1988), Deux buffles d’eau au repos en bord d’étang, huile sur isorel. 90,5 x 61,5 cm. Estimation : 30 000/40 000 €.

 

Lee Man Fong l’exilé

Originaire de la ville de Guangzhou, en Chine, Lee Man Fong passe son enfance à Singapour où son père, modeste commerçant, avait décidé d’installer ses affaires et ses dix enfants en 1917. À la mort de ce dernie,r en 1930, le jeune homme doit travailler dur pour nourrir sa famille et malheureusement, les peintures et illustrations qu’il réalise déjà ne rapportent pas assez d’argent. Deux ans plus tard, il déménage à Jakarta, en Indonésie, et assiste avec intérêt à l’apparition de groupes nationalistes tels que Persagi, l’Association des dessinateurs indonésiens, ou le Cercle artistique de la communauté indo-hollandaise. En 1942, il est emprisonné pour son opposition au colonialisme japonais. Il est libéré au terme de six mois grâce à l’influence de Takahashi Masao, un officier nippon qui avait remarqué son potentiel artistique. Lee Man Fong expose pour la première fois à Jakarta en 1946 et le président Soekarno entend parler de cet artiste dont les oeuvres commencent à rencontrer un certain succès à l’étranger. Il entame des études d’art aux Pays-Bas à partir de 1949. Ses expositions à La Haye et Paris sont particulièrement bien accueillies et il rentre à Jakarta en 1952. Trois ans plus tard, il rejoint Yin Hua Meishu Xiehui, l’Association des peintres chinois d’Indonésie, dont le siège se trouve à Lokasari Street et qui organise des expositions en Chine à partir de 1956. Soekarno apprécie de plus en plus le travail de Lee Man Fong. Aussi, lorsque Basuki Abdullah, peintre officiel du palais, lui conseille de le nommer à son poste au moment de sa succession, le chef d’État accepte sans hésiter. L’artiste exerce cette charge de 1961 à 1966, période durant laquelle il obtient la nationalité indonésienne. À la chute de Soekarno en 1967, il est inquiété pour sa proximité avec l’ex-président. Accusé d’être communiste, il retourne à Singapour en 1970. Il ne reviendra en Indonésie qu’en 1985 et y mourra trois ans plus tard.

Toulouse, mardi 18 juin.
Marc Labarbe SVV. M. Ansas, Mme Papillon d’Alton.

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