La Gazette Drouot
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L'agenda des ventes
Manufacture royale de Beauvais, vers 1760. Le Repas, de la suite de trois tapisseries en basse lisse (avec La Toilette et La Foire) faisant partie de la «Seconde tenture chinoise», signées «A.C.C. Beauvais» ; bordures ornées des armoiries de France et de Navarre, 370 x 498 cm.
Estimation : 200 000/300 000 € (la suite).


À la une
La tapisserie de Beauvais évoque toute la grâce, la légèreté et la joie de vivre du rococo français, comme la peinture de Tiepolo chante la gloire de la peinture vénitienne à la même époque. La manufacture royale était dirigée par le peintre Oudry ; il fit appel à un artiste qui commençait à se faire un nom, François Boucher. Ce fut une idée de génie, car à lui seul ce dernier devait incarner la créativité de la tapisserie de Beauvais. La «Première tenture chinoise» avait connu un grand succès ; les cartons étant à présent hors d’usage et son esthétique passée de mode, il fut décidé d’en produire une seconde. Boucher expose, dès 1742, des «Esquisses de différents sujets chinois pour être exécutez en Tapisseries à la Manufacture de Beauvais», conservées aujourd’hui au musée de Besançon. Grand collectionneur, il avait commencé à réunir, à partir des années 1737-1738, des laques et des porcelaines, et quelques autres curiosités du Japon ou de Chine. Gersaint avait baptisé sa boutique À la pagode, sur le pont Notre-Dame, et, en 1740, Boucher lui dessine sa carte commerciale. L’important était d’imaginer un lieu exotique servant de cadre à des activités très françaises. Les Goncourt noteront qu’il devait «faire de la Chine une des provinces du rococo». Six sujets ont été conservés pour la «Seconde tenture chinoise» : Le Repas, La Danse, La Foire, La Pêche, La Chasse et Le Jardin, qui sera intitulé par la suite, La Toilette. La première est tissée en 1743, la dernière en 1775, souvent composée de deux ou cinq tapisseries, les seules complètes sont exécutées pour Louis XV dont l’une est envoyée à l’empereur de Chine par l’intermédiaire de deux Chinois convertis. Soucieux de favoriser les relations franco-chinoises, notamment pour développer le commerce, Henri Bertin, nommé secrétaire d’État à partir de 1763, tient à mettre en valeur les savoir-faire français auprès de Qianlong qui fut conquis, comme le relate une lettre d’Étienne Yang, l’un des deux voyageurs : «L’empereur a la vuë de pièces si rares fut tellement enchanté qu’il s’écria tout disant ces paroles : O les belles choses ; il n’y en a pas de pareille dans mon empire. Ce fut comme un jour de fête à la cour.» Cette tenture fut abritée dans un pavillon de style européen au palais d’Été jusqu’au sac d'octobre 1860. On peut constater que la tapisserie de Beauvais, même figurant une Chine imaginaire, était l’un des symbolesv de l’excellence des techniques et des arts français à cette époque… et encore aujourd’hui.
Mercredi 3 décembre. Drouot-Richelieu, salle 1-7.
Beaussant - Lefèvre SVV. MM. Bacot, de Lencquesaing.



Pieter Hugo (né en 1976), Loyiso Mayga, Wandise Ngcama, Lunga White, Luyanda Mzantsi and Khungsile Mdolo after their initiation ceremony, de la série “Kin”, 2008, tirage couleur monté sur aluminium, un des 9 numérotés, 70 x 87 cm.
Estimation : 12 000/15 000 €.

Regard sud-africain
Aux rencontres d’Arles, en 2008, l’espace «Atelier de chaudronnerie» exposait les photographies de Pieter Hugo. Ce fut une révélation pour le public français. Né à Johannesbourg en 1976, il a vécu sous le régime de l’apartheid, ensemble législatif organisant la séparation entre les Blancs, les Noirs et les «Coloured». Africain, mais Blanc, il porte un regard acéré sur les laissés-pour-compte, les groupes marginalisés des sociétés, non seulement d’Afrique du Sud, mais aussi du Nigeria, du Ghana. Il tente de montrer la complexité de nations en mutation, où les traces de l’histoire sont encore très présentes et les blessures, à vif. Ses premières œuvres sur les albinos, les aveugles et les personnes âgées forment déjà des reportages sur des êtres rejetés aux marges de la vie en société. Après avoir travaillé pour des journaux, Pieter Hugo veut œuvrer plus lentement, construire par ses images une histoire sans paroles des mutations du continent, avec par exemple la série «Nollywood», sur le cinéma nigérian, ou celle sur un groupe de Nigérians qui ont domestiqué des hyènes et organisent des spectacles pour The Hyena and Other Men. Il confie à Rémi Coignet : « Ces gars étaient des artistes et quand ils m’ont vu avec l’appareil photo, ils ont aimé l’idée de poser […] Ils me disaient, ” c’est comme ça qu’on va faire la photo ” et je n’ai pas vraiment discuté.» Une sélection de ses photographies de 2003 à 2012, «This must be the place», a été exposée aux musées de la photographie de La Haye, de l’Élysée de Lausanne, au Ludwig Museum de Budapest, puis au Fotografiska de Stockholm. Conscient que son travail est interdépendant de son pays, il se pose la question de sa place et de son rapport harmonieux ou pas avec cet espace. Son engagement est servi par la photo. «Une bonne photo pour moi est d’abord une image qui nous confronte au monde extérieur et ensuite une image qui parvient fondamentalement à changer la manière dont nous regardons une réalité.»
Jeudi 6 novembre, salle 9 - Drouot-Richelieu.
Yann Le Mouel SVV. Mme Esders.
Joseph Chinard (1756-1813), Portrait de Louis-Étienne Vincent de Marniola (1781-1809), buste en marbre blanc, 78 x 60 x 35 cm.
Estimation : 80 000/120 000 €.
Un marbre de Chinard
Il était beau, bien né, intelligent… Louis-Étienne-Vincent de Marniola aurait dû poursuivre une somptueuse carrière. Ce Lyonnais débuta comme administrateur des Hospices de Lyon et fut appelé ensuite au Conseil d’État. Il est nommé auditeur en 1806, année de son mariage avec Caroline-Béatrix Perron de Saint-Martin, dame du palais de l’impératrice Joséphine. C’était un poste plein d’avenir, ce corps étant le second dans l’ordre de préséance, juste derrière le Sénat. L’année suivante, on le retrouve commissaire de l’Empereur près du gouvernement de Varsovie, en 1808, préfet du Pô. Consécration finale, il est nommé directement, le 18 février 1809, conseiller d’État en service extraordinaire. Il meurt le 13 octobre de cette année-là. Peu de temps auparavant, il avait commandé son buste en costume d’apparat à Joseph Chinard, Lyonnais comme lui et sculpteur renommé dans les sphères de la cour impériale comme portraitiste. On connaissait jusqu’à ce jour la version en terre cuite, exposée au Salon de 1810 et apparue, recouverte d’une patine à l’imitation du bronze, dans la vente du château de Launay, en 1997. Ce buste fut exposé à New York en 2004, où il retint l’attention de Colin B. Bailey, conservateur en chef de la Frick Collection, qui n’eut aucun mal à persuader Anne L. Poulet, directrice du musée, d’en faire l’acquisition : précédemment en fonction au Museum of Fine Arts de Boston, elle l’avait enrichi de trois œuvres du sculpteur. Ce fut un événement, la Frick n’ayant rien acquis depuis 1996 ! Une version en marbre fut tout de même réalisée par Chinard : c’est celle qui est proposée dans cette vente. De dimensions sensiblement supérieures, on y retrouve le soin du sculpteur à représenter la coiffure «à la Titus», inspirée de la statuaire antique, et le costume d’apparat si brillamment exécuté. Deux tenons soutiennent encore le col, tandis que le revers n’est pas tout à fait poli : ce léger état d’inachèvement suggère qu’il s’agit d’un des derniers grands marbres que Chinard réalisa avant sa mort, en 1813.
Jeudi 6 novembre, 118, rue du Faubourg-Saint-Honoré, à 15 h 30.
Piasa SVV.
Paul Dupré-Lafon (1900-1971), Paire de chevalets, palissandre, bronze, linoléum bordeaux, 162 x 48 x 62 cm.
Estimation : 20 000/30 000 € chaque.
Totems art déco
Né à l’aube du XXe siècle, Paul Dupré-Lafon s’est imposé comme une figure incontournable voire emblématique de l’art déco.
Il avait donc toute sa place au cœur de cette vente dédiée aux arts décoratifs du XXe siècle, organisée à la villa Noailles. Ce natif de Marseille arrive à Paris en 1923, son diplôme d’architecte et décorateur en poche… Une époque bénie pour tout créateur de mobilier. Deux ans plus tard se tient dans la capitale l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes. Émergent alors des tendances nouvelles comme le fonctionnalisme, l’épuration des formes ou le luxe des matériaux. Dupré-Lafon se reconnaît parfaitement dans cette vision neuve de l’architecture et du mobilier. Son premier grand succès est la décoration d’un hôtel particulier près du parc Monceau en 1929, qui deviendra sa carte de visite. Il n’expose pas et travaille en solitaire, mais les plus grandes fortunes de France vont bientôt faire appel à lui. Entre traditionalisme et fonctionnalisme, il donne naissance à des meubles, réalisés uniquement sur commande. Dotés de formes géométriques, ils arborent pour seul décor leurs matériaux rares, tels les bois exotiques, le parchemin, le galuchat, le cuir, le cuivre ou la laque, qui révèlent des lignes acérées. Les chevalets sont devenus l’une des créations les plus prisées de Dupré-Lafon. Il réussit l’impossible : renouveler la forme de cet objet utilitaire si banal ! Nous en connaissons plusieurs modèles, notamment en chêne patiné ou parchemin, mais les deux annoncés lors de cette vente étaient jusque-là inédits ! En palissandre, ils présentent une haute colonne de section rectangulaire reposant de manière très légère, en suspension, sur un piétement trapézoïdal. En partie médiane, le large plateau en palissandre, garni de linoléum bordeaux, vient s’encastrer sur la colonne avec sept positions différentes, articulées par des rondelles et cubes de bronze affleurants. Provenant d’une collection privée, ces pièces auraient été livrées par le «décorateur des millionnaires» vers 1940. Une version aérienne de ce modèle totémique.
Mercredi 5 novembre, Hyères.
Leclere - Maison de ventes SVV.
Louis Delanois (1731-1792), Chaise en bois relaqué gris à dossier plat, sculpté, ceinture ornée d’entrelacs avec des rosaces dans les carrés, pieds fuselés ornés de perles, cannelures et feuillages, Estampillée « L. Delanois », 94 x 51 x 49 cm.
Estimation : 3 000/5 000 €.
Le néoclassicisme selon Delanois
Louis Delanois a participé à la naissance du style néoclassique à l’occasion de commandes prestigieuses, telle celle de 1769 pour Mme du Barry.Ce menuisier est l’un des plus illustres maîtres du XVIIIe siècle par ses créations, mais aussi par sa carrière atypique. Orphelin très jeune, il est placé chez son oncle à Paris. Le 25 juillet 1747, il entre en apprentissage chez Jean Sené. En 1756, sa formation achevée, il commence à travailler dans le faubourg Saint-Antoine. Dès l’année 1761 et son admission dans la communauté, il crée sa boutique à l’enseigne Le Noyer, dans le quartier de Bonne-Nouvelle, tout d’abord rue de Bourbon puis cul-de-sac de l’Étoile. Mais il prépare très tôt sa reconversion. En 1777, il cède son fonds de commerce à Martin Jullien. Jusqu’à sa mort, il exercera à Paris la profession de menuisier en bâtiment et, à Saint-Denis, celle très lucrative, de marchand de bois. Trop ambitieux, et endetté, il devra déposer le bilan en 1790. En seize ans, Delanois a produit plus de 14 395 meubles, collaborant avec Georges Jacob, Jean-Jacques Pothier, Jean-Baptiste Lelarge et Jacques Jean-Baptiste Tilliard. Ses clients les plus célèbres ne sont autres que la comtesse du Barry, le prince de Condé, le comte d’Orsay, le comte d’Artois, Philippe Égalité ou encore le roi de Pologne. Illustrée sur la planche XXX de l’ouvrage de Svend Eriksen, Louis Delanois (F. De Nobele, Paris 1968) en compagnie d’un fauteuil avec lequel elle formait paire, notre chaise provient de l’ancienne collection Hoentschel puis André Carlhian. Elle a été vendue au palais Galliera en 1967 à son actuel propriétaire. Depuis des recherches récentes, nous pouvons avancer une datation vers 1770-1775. En effet, la spécificité de notre chaise est son assise carrée. Une forme qui n’apparaît dans le livre de commerce du menuisier que durant cet intervalle. Par ailleurs, les dés de jonction carrés et les pieds cannelés plaident aussi pour une belle création Louis XVI. Un modèle simple et élégant à ne manquer sous aucun prétexte.
Dimanche 2 novembre, Cannes.
Besch Cannes Auction SVV.

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