La Gazette Drouot
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Enchères - L’art est-il un investissement 
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L’art est-il un investissement ?
Le 7 février dernier, dans les salons de Drouot-Montaigne, se tenait un colloque sur ce thème.
Compte rendu d’une soirée riche en points de vue et en discussions.
Pour un coup d’essai, ce fut un coup de maître ! Trois cents commissaires-priseurs, experts et gestionnaires de patrimoine étaient réunis, à l’initiative du Centre des professions financières, dans cette salle de l’avenue Montaigne, plus habituée aux coups de marteau qu’aux débats d’orateurs. Il y a un début à tout... Le silence de l’auditoire témoignait de la qualité de la plupart des interventions, mais aussi de l’organisation des tables rondes, dirigées successivement par Thierry Bogaty, rédacteur en chef d’Investir magazine, et par Guy Boyer, directeur de la rédaction de Connaissance des arts. Il revenait à Pierre Lellouche, député de Paris,
d’ouvrir les débats. Celui-ci rappela que le marché de l’art fait vivre 450 000 personnes en France, concerne petits et grands métiers, mais que s’il reste une fierté pour le pays, il est aussi le grand oublié – et ce, depuis longtemps – des politiques publiques. La France représente 5 % du chiffre d’affaires mondial du commerce de l’art, la Grande-Bretagne, 25 %... Par ailleurs, sachez que lorsque deux objets d’art sont exportés, un seul revient dans l’Hexagone. «La France a une typologie de pays du tiers-monde», n’hésitait pas à dire l’homme politique. Et de rappeler, parmi les causes de cette mauvaise santé, la TVA à l’importation, le droit de suite, les lourdeurs administratives...
Regarder, s’informer, avant de construire une collection...
La première table ronde, "La place de l’art dans la gestion du patrimoine", comprenait, entre autres spécialistes, Fabien Bouglé, consultant en gestion de patrimoine artistique, qui proposait ici un panorama fiscal et juridique des oeuvres d’art, un thème plutôt austère qu’il a su rendre passionnant. «Beaucoup d’oeuvres peuvent être achetées. L’art n’est pas un produit liquide et ne génère pas de rentabilité». Alors, achetez avec plaisir, voire avec passion, et combinez l’utile à l’agréable ! D’autant que la fiscalité française est incitative, les oeuvres d’art étant, rappelons-le, exonérées d’ISF, leur (re)vente intéressante et leur assurance désormais non déclarable à l’administration fiscale. Robert Fohr, chef de la Mission du mécénat au ministère de la Culture, retraçait les grandes lignes de la loi de 2003. «Il existe maintenant une culture du mécénat. L’État n’a plus le monopole de l’intérêt général, l’initiative privée a de nouveau sa place», soulignait-il. 8 000 entreprises sont aujourd’hui mécènes, contre 2 000 avant la loi. Avec Philip Hoffman, directeur général du Fine Art Fund à Londres, il fut plus question de chiffres que de lettres : 2 M$ d’achats par semaine, 34 % de taux de rentabilité moyen, le plus élevé étant de 546 %, le plus faible de 4 %. So british ! Martin Béthenod, délégué général de la Fiac, concluait cette première table ronde par un bel exercice de style sur les atouts et les enjeux du marché de l’art. Difficile de faire autrement à quelques semaines de la remise du rapport sur le sujet à la ministre de la Culture. "Les opportunités d’investissement du marché de l’art" : tel était le sujet de la seconde table ronde. Avec Éric Turquin, expert en tableaux anciens, il fut d’une part question des fonds communs de placement en art et de l’avantage des fonds ouverts, apportant souplesse et liquidités, d’autre part des méthodes d’appréciation des oeuvres d’art. «Il n’y a pas d’expertise sans indépendance, malgré des conflits d’intérêt», rappelait-il avant de conseiller : «Allez au Louvre avant d’aller à Drouot». Parole de sage ! Même leitmotiv pour Françoise-Claire Prodhon, conseil en art contemporain, qui recommandait de regarder et de s’informer avant de construire une collection. Car, même si très peu d’oeuvres atteignent des prix records, la notion de risque est constamment présente. «C’est un travail intellectuel et une aventure». Une grande affaire «qui met constamment en éveil» et dans laquelle Gilles Fuchs, collectionneur passionné et président de l’Adiaf (Association pour la diffusion de l’art français), s’est lancé depuis quarante ans. Si la rentabilité reste à démontrer, notamment à cause de l’entretien et des assurances, le temps passé et le plaisir sont bel et bien là. "Nous sommes des professionnels de la passion". Des spécialistes, pas assez riches toutefois, pour acheter n’importe quoi... Une chose est sûre, l’art ne sera jamais un moyen d’investir comme un autre. Et puis, surtout, s’il fut durant cette soirée beaucoup question de chiffres et de gestion de patrimoine, on parla aussi plaisir et connaissance.
L’investissement en art, c’est aussi cela !
07 février 2008
Claire Papon