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Routes d’Arabie
L'exposition propose un périple au cœur de l’Arabie, rythmé par l’évocation photographique des somptueux paysages de la région. Elle vient couronner un intérêt qui naquit en Europe, à la Renaissance, pour un pays immense et fascinant. La visite commence par une présentation des premiers peuples qui s’installèrent en Arabie. La culture matérielle, dominée par l’industrie lithique taillée, souligne l’importance de la chasse sur tout le territoire, comme l’illustrent les armes en silex. D’exceptionnelles stèles funéraires anthropomorphes témoignent du haut degré de culture atteint par ces communautés au IVe et au IIIe millénaire av. J.-C. Un parcours géographique invite le visiteur à explorer les différentes régions du royaume où les fouilles archéologiques permettent de mettre en évidence les moments clés de l’évolution historique de l’Arabie à la période préislamique. Dans la province orientale de l’Arabie, dès la plus haute Antiquité, des communautés de pêcheurs installées sur les rives du Golfe ont noué des relations commerciales avec la Mésopotamie du Sud. Une spectaculaire statue d’orant, originaire de l’île de Tarut, ainsi qu’une multitude de fragments de vases de luxe en pierre à décor gravé importés d’Iran oriental, vraisemblablement réexpédiés depuis Tarut vers la Mésopotamie ou vers le monde syrien, sont la preuve d’un commerce actif. |
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Stèle funéraire d’Al-Ghaliya,
IXe s. apr. J.-C., basalte,
musée national de Riyad, inv. 497A.
© 2010 Musée du Louvre/Thierry Ollivier |
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À partir du début du Ier millénaire av. J.-C., avec l’essor du commerce de l’encens ou encore des aromates, les échanges transarabiques s’intensifient. Des royaumes prospères se développent, centrés sur les grandes oasis du Hijâz, indispensables relais sur le chemin des caravanes qui remontent du sud de la péninsule Arabique vers la Mésopotamie, les côtes levantines ou l’Égypte. Les profits générés par ce trafic sont la principale source de leur richesse mais ces oasis sont aussi des centres agricoles dotés de milliers de palmiers et de vergers irrigués par de nombreux puits, grâce à l’abondance des eaux souterraines.
Des populations sédentaires s’installent très tôt dans l’oasis de Taymâ. Elle profite d’une position stratégique au carrefour des routes reliant le Golfe à la mer Rouge et le sud de la péninsule à la côte méditerranéenne. Plus au sud, dans l’oasis d’al-’Ulâ, l’antique Dédân, plusieurs statues monumentales en grès rouge ont été récemment découvertes. Mises au jour dans le sanctuaire de Kuraybah, elles figurent vraisemblablement des souverains lihyânites et devaient être disposées sur des terrasses, sous des portiques. Le style de ces colosses rappelle celui de la sculpture grecque et de l’Égypte des Ptolémées avec lesquels le royaume entretenait des relations suivies. Puis l’exposition nous fait découvrir le site de Madâ’in Salih, l’ancienne Hégra. À l’appui de photographies et d’inscriptions lapidaires, le visiteur sillonne la deuxième capitale des Nabatéens – après Pétra en Jordanie – qui était, autour du Ier siècle av. J.-C., un relais important sur la piste caravanière reliant l’Arabie du Sud à la Méditerranée. Ce joyau archéologique vient d’être classé par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité.
Plus au sud, le site de Qaryat al-Fâw, situé sur les franges nord-ouest du Rub al-Khali, le «désert des déserts», contrôlait la piste menant du sud de l’Arabie vers le Golfe. Comptoir commercial du royaume marchand des Minéens, au IIIe et au IIe siècle av. J.-C., elle devient, au début du IIIe siècle, la capitale du puissant royaume de Kinda. La qualité de l’architecture et du matériel mis au jour révèle la prospérité de la cité qui appartenait à la sphère culturelle sud-arabique, mais dont l’élite des habitants adopta, à partir du tournant de notre ère, une culture largement influencée par les modes hellénistiques. La ville fut abandonnée avant la fin de l’Antiquité, sans doute à cause du tarissement des puits.
L’exposition revient ensuite aux sources de l’Islam qui naît au cœur du Hijâz, dans la cité caravanière de La Mecque, au début du VIIe siècle, lorsque le prophète Muhammad reçoit progressivement la révélation divine, transcrite par la suite dans le Coran. En proie à l’hostilité des riches marchands dirigeant La Mecque, il quitte la ville avec ses premiers compagnons pour aller s’installer à Médine (Yathrib), en 622. Cette date marque le début de l’ère musulmane (hégire).
À partir de cette première communauté de Médine, Muhammad va progressivement rallier l’ensemble de la péninsule. Les routes commerciales qui traversent la péninsule, mises en place dans l’Antiquité, deviennent des itinéraires empruntés par les caravanes de fidèles facilitant le pèlerinage annuel au sanctuaire de La Mecque, qui abrite la Ka‘ba, «demeure divine» d’origine préislamique. Deux étapes principales menant à La Mecque, le long des routes irakienne – al-Rabadha – et syrienne – al-Mâbiyât –, sont ici évoquées. Le matériel issu des fouilles menées dès 1979 à al-Rabadha atteste l’importation dans la péninsule de certains types de céramiques irakiennes, comme les «faïences» à décor de cobalt ou de reflets métalliques (lustres), amenées par les marchands et les pèlerins. Quant au site d’al-Mâbiyât, aujourd’hui identifié comme la ville de Qurh, il a livré des éléments de décor architectural (carreaux à décor moulé végétal et géométrique) ainsi que des objets en métal, en verre, en pierre tendre et en céramique.
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Stèle anthropomorphe, IVe mill. av. J.-C., grès, h. 57, l. 27 cm, Ha’il-El-Maakir-Qaryat al Kaafa,
musée national de Riyad, inv. 998.
© Saudi Commission for Tourism & Antiquities |
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Statue lihyânite, al-’Ulâ, musée du département d’Archéologie, université du roi al Saoud, inv. 134D2
© 2010 Musée du Louvre/Thierry Ollivier |
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Le visiteur chemine à présent le long d’une allée ponctuée de stèles funéraires provenant du cimetière de La Mecque. Datables entre le IXe et le XVIe siècle, elles offrent un panorama de l’évolution et de la diversité des styles d’écriture arabe, depuis les écritures dites angulaires ou kufiques des premiers siècles jusqu’à celles au tracé plus souple, dites cursives, à partir du XIIe siècle. L’écriture arabe a, très tôt, fait l’objet de recherches esthétiques et normatives, notamment dans les manuscrits coraniques, et elle est devenue un élément prédominant du vocabulaire décoratif en terres d’Islam. Le contenu des stèles lui-même nous renseigne amplement sur la société mekkoise, sur le brassage des populations, et des cultures, qui s’opérait autour du premier sanctuaire de l’islam, sur le monde des vivants autant que sur l’attitude adoptée face à la mort.
Depuis les débuts de l’Islam, la péninsule est tout entière tournée vers les lieux saints de La Mecque et de Médine, qui se transforment rapidement en enjeux de pouvoir. Les princes musulmans ont rivalisé, cherché à asseoir leur emprise sur les lieux saints, afin d’accroître leur légitimité, comme en témoignent l’impressionnante porte de la Ka’ba portant une inscription au nom du sultan ottoman Murâd IV et d’autres dons prestigieux tels que les clefs et serrures de portes des sanctuaires, un chandelier monumental, un fragment du voile de la Ka’ba, ou encore un brûle-parfum au délicat décor floral…
L’exposition s’achève sur une ouverture vers le monde moderne : le chemin de fer du Hijâz, construit au début du XXe siècle, constitue une nouvelle étape dans l’aménagement des routes du pèlerinage par les grandes dynasties musulmanes. Enfin, une photographie du roi Abdulaziz Al Saoud et quelques objets permettent d’évoquer la naissance du royaume d’Arabie Saoudite. |
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Béatrice André-Salvini
conservateur général,
directeur du département des Antiquités orientales
Carine Juvin
collaboratrice scientifique au département
des Arts de l’Islam du musée du Louvre
Commissaires de l’exposition
La Gazette Drouot - 10 septembre 2010 - N°30 |
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À VOIR
«Routes d’Arabie. Archéologie et histoire
du royaume d’Arabie Saoudite»,
hall Napoléon,
jusqu’au 27 septembre 2010. |
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À LIRE
Routes d’Arabie. Archéologie et histoire du royaume d’Arabie Saoudite, ouvrage collectif, coédition musée du Louvre - éditions Somogy, 624 pp., 600 illustr.,
prix : 45 €. |
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