La Gazette Drouot
Enchères - La Collection Franca et Pierre Belfond
Collection Franca et Pierre Belfond 3,57 M€

Lorsqu’on publie des livres, quoi de plus naturel que de collectionner des dessins... d’écrivains ?
C’est cette voie originale qu’ont suivie durant quarante ans Pierre et Franca Belfond, notamment éditeurs en 1991 de l’ouvrage de Serge Fauchereau Peintures et dessins d’écrivains. Nonobstant le “je suis tellement perplexe” proféré moyennant 13 000 euros par un petit bonhomme tracé par Saint-Exupéry à l’encre, plume et pinceau (16,5 x 16,5 cm) en 1942-1943, les enchérisseurs se déchaînaient, permettant à cet ensemble d’atteindre 1 570 266 euros frais compris (85 % en lots - 133 % en valeur). Pas moins de six records mondiaux étaient battus et dix-huit des 135 lots présentés rejoignaient des collections institutionnelles. Le couple Rimbaud-Verlaine faisait comme toujours l’objet d’une attention soutenue, la plus haute enchère, 230 000 euros, revenant à près du double de l’estimation basse au Jeune cocher reproduit, croqué par Rimbaud en 1873 lors de leur séjour londonien. Il s’agit d’un record mondial pour un dessin du poète. Seulement cinq documents illustrés par lui ont été recensés par Jean-Jacques Lefrère, auteur des Dessins d’Arthur Rimbaud (Flammarion, 2009). La légende du nôtre est autographe, l’indication de l’auteur, de la date et du lieu étant sous doute de la main de Verlaine. Ce dernier l’a conservé jusqu’à sa mort. Il totalisait pour sa part 137 900 euros en trois numéros avec en vedette, à 55 000 euros, l’une des feuilles (25,5 x 19,5 cm) tirées de l’album amicorum du peintre Félix Régamey, présentant au recto un portrait de Napoléon III après Sedan accompagné d’un dizain de Verlaine signé de “François Coppée”, qu’il pastiche, et au verso un autoportrait en chérubin à la pipe. Cette feuille a été ornée le 10 septembre 1872, alors que nos deux poètes étaient en visite chez le peintre. Son album contenait un autre “vieux Coppée”, de la main de Rimbaud cette fois, brocardant le prince impérial. Il était adjugé 62 000 euros le 13 décembre dernier à Drouot chez Pierre Bergé & Associés (voir page 19 de la Gazette no 1). Rappelons que Régamey avait publié en 1896 un Verlaine dessinateur dont les 12 exemplaires de tête sur japon s’accompagnaient chacun d’une page de son album. L’exemplaire no 2 qui contenait la nôtre l’accompagne. Au chapitre des “poètes maudits”, notons les 55 000 euros d’une mine de plomb, encre et plume de Baudelaire, un Portrait de Jeanne Duval (12,5 x 8 cm), “la seule femme que j’aie aimée”, déclarait-il à Narcisse Ancelle en juin 1845. Pour le XIXe siècle, citons encore les 15 000 euros, une estimation dépassée, d’une aquarelle et rehauts avec effet de dendrite de George Sand abstraite avant la lettre, Tache (12 x 8,7 cm). Elle provient d’un album monté vers 1874-1875, dans lequel Sand a pu insérer des oeuvres plus anciennes. Lorsque l’on évoque la dame de Nohant, Alfred de Musset n’est jamais bien loin, 14 000 euros revenant à un Autoportrait-charge (16 x 10,5 cm) à la mine de plomb où il se représente en dandy romantique. Le père Hugo récoltait 63 500 euros en trois numéros, 20 000 euros culminant sur une encre, plume et lavis intitulée Souvenir d’Apreville (25 x 19,5 cm).
Ce village médiéval dominé par un petit burg n’existe que dans l’imagination de l’écrivain...

285 600 euros frais compris.
Arthur Rimbaud (1854-1891), Jeune cocher de Londres, 1873, encre et plume sur papier, 12,5 x 7,5 cm.
Record mondial pour un dessin du poète.
Jean Cocteau : 175 000 euros
La seconde enchère à six chiffres de la vente, 175 000 euros, représente un record mondial pour des dessins de Cocteau. Elle concerne un album intitulé La Vierge au g. c. (“grand coeur” dans les légendes, “grand con” par les dessins) daté à Toulon de 1931 et comprenant vingt et une compositions. Il s’agit de féroces caricatures mondaines mettant en scène son ancienne amie la comtesse Laure de Chevigné, descendante du marquis de Sade, en compagnie d’Étienne de Beaumont, Coco Chanel, Anna de Noailles... Cocteau était soigné de la fièvre typhoïde à l’hôpital de Toulon lorsqu’il réalisa cet album. Guillaume Apollinaire était également acclamé en cumulant 195 700 euros frais compris en cinq numéros, l’enchère de 50 000 euros, frappée deux fois, constituant un record mondial pour ses dessins. Elle s’attachait aussi bien à l’aquarelle et mine de plomb de 1916 Le Caporal de la Légion [Blaise Cendrars] (19 x 12,5 cm), illustrant l’encadré page 17 de la Gazette n° 6, qu’au Maréchal des Logis au masque d’Espérance (19,5 x 12,5 cm) exécuté la même année avec les mêmes techniques. Deux autres aquarelles de 1916 du poète représentaient les deux achats les plus valeureux réalisés par une institution, le musée de l’Armée payant 30 000 euros un Autoportrait en cavalier masqué décapité (19 x 12,5 cm) et 18 000 euros un Autoportrait en canonnier (14 x 9,5 cm). Proust totalisait pour sa part 88 700 euros frais compris en quatre numéros, la palme revenant à 30 000 euros à une encre et plume à sujet automobile, Avec les pneus Michelin l’intrépide sportman et sa frêle épouse peuvent faire du 50 à l’heure... (11,5 x 18 cm), légendée à la manière d’Emmanuel Poiré, plus connu sous le pseudonyme de Caran D’Ache. La touche dadaïste était apportée par Tristan Tzara – 35 700 euros frais compris en deux numéros – avec les 15 000 euros, record mondial, d’une feuille de carton souple rose (31,8 x 23,8 cm) recouverte sur ses deux faces d’une cinquantaine de dessins vers 1918. Un petit détour par l’Autriche pour terminer avec les 12 000 euros, une estimation triplée, d’une encre de Chine et plume avec rehauts d’aquarelle d’Alfred Kubin (35 x 23 cm) forcément inquiétante, Léda et le cygne.
10 800 euros frais compris.
Paul Eluard (1895-1952), Paysage avec deux femmes nues,
collage original, 24 x 17 cm (détail).
Préempté par la bibliothèque Jacques-Doucet.
Mardi 14 février 2012, Hôtel Marcel-Dassault,
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Nicolas.
La Gazette Drouot N°8 - 24 février 2012 - Sylvain Alliod

Préemptions et achats
institutionnels

• Musée de l’Armée : Guillaume Apollinaire, 18 000 et 30 000 €
• Bibliothèque de Reims : René Daumal, 4 000, 2 000 et 1 500 € ; Roger Vailland, 1 500 €
• Bibliothèque Jacques Doucet : Robert Desnos, 3 500 et 3 000 € ; Paul Eluard, 8 500 €
• Musée de la Vie romantique :
Alexandre Dumas, 4 000 €
• Société des amis d’Alexandre Dumas : Alexandre Dumas, 2 800 €
• Musée Lamartine (Mâcon) : Émile Carjat, 4 800 €
• Archives départementales du Gard :
Roger Martin du Gard, 1 000 €
• Musée du Havre : Raymond Queneau, 1 500 €
• Médiathèque d’Orléans :
Max Jacob, 3 000 et 2 200 €
• Mémorial de la Grande Armée :
Pierre Mac Orlan, 2 200 €
• Musée de Mâcon : Jules de Goncourt, 2 000 €.

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