La Gazette Drouot
Enchères - La Collection Brassaï
L'oeil de Brassaï : 5 M€
Trois record mondiaux étaient prononcés au cours de ces deux journées de dispersion du plus important ensemble d'oeuvres de l'artiste jamais proposé en ventes publiques.

La mesure du succès de la vente Brassaï tient tout d’abord en un chiffre : 5 086 736 € frais compris récoltés par les 639 lots vendus sur les 764 présentés (83,64 % en nombre, 94,65 % en valeur). Provenant de la collection de la veuve de l’artiste, Gilberte, décédée l’an passé, cet ensemble d’oeuvres de Brassaï réunissait aussi bien des photographies que des dessins ou des sculptures. À tout seigneur, tout honneur, c’est la photographie, majoritairement représentée, qui provoquait le plus vif engouement de la part des amateurs – seulement vingt-quatre tirages ne trouvaient pas preneur. Le record mondial pour une photographie de Brassaï était obtenu à 85 000 € par le tirage d’époque des Pavés. Il était emporté par un acheteur américain ayant vécu en France, le sous-enchérisseur étant français. Cette image mythique a servi à illustrer la couverture de Paris la nuit, le premier album du photographe publié en décembre 1932. Pour Christophe Goeury, "Tout Brassaï est dans cette photo". Un avis partagé par les enchérisseurs ! Infatigable arpenteur des rues de la capitale, tout comme Henry Miller, qui lui a donné son surnom d’"0eil de Paris", Brassaï a mitraillé de jour comme de nuit les plus belles perspectives comme les ruelles les plus obscures. Les quatre-vingt-huit clichés retraçant ses pérégrinations cumulaient 864 500 €. Les Pavés du record déjà cité appartiennent bien entendu à cet ensemble. Au coeur de la nuit, Brassaï a lui-même employé le mot "underground" pour désigner le peuple des bas-fonds, qui mobilisait les enchérisseurs. 426 300 € étaient récoltés par les quarante-deux clichés montrant des prostituées et des voyous. La célèbre Môme Bijou (17,5 x 23,5 cm), vers 1930-1932, en tirage d’époque, brillait à 41 000 € sur une estimation haute de 8 000. Christophe Goeury souligne le fait qu’il s’agit d’une image de travail transformée par Brassaï : "Il l’aimait, il l’avait épinglée sur son mur." Une annotation au dos indique que le négatif a été perdu. Les nus de Brassaï étaient très attendus en raison de leur rareté. Les quarante-deux tirages proposés montrant des modèles intégralement nus ou plus ou moins vêtus selon les circonstances, totalisaient 628 100 €. Parmi eux figurent dix "Transmutations", qui représentent à elles seules 247 000 €. Dans cette série, Brassaï a gravé les négatifs, mêlant ainsi la photographie et le dessin. Le corps du modèle disparaît totalement dans Gravure 9, fille de joie se déshabillant, transmutation 6 (29,5 x 39,5 cm), un tirage vers 1967 numéroté 6/6 et réalisé par Claudine Sudre d’un négatif vers 1934-1935, adjugé 46 000 €, au quintuple de son estimation. Le précédent, laissant voir le visage et une partie du corps, Gravure 8, odalisque, transmutation 3 (29,5 x 39,5 cm), partait à 34 000 €. Numéroté 4/6, il a également été tiré par Claudine Sudre. Ces deux tirages appartiennent à une série spécialement conçue pour l’exposition "Brassaï cet homme" organisée en 1967 par la galerie Les Contards à Lacoste, dans le Vaucluse. La série comprend en tout douze gravures en tirage limité à six exemplaires. Brassaï a aussi beaucoup photographié ses amis artistes et leurs ateliers. Les quatre-vingt-quatre clichés sur ce thème obtenaient un total de 318 600 €, un bon tiers en valeur (vingt-six en nombre), soit 131 600 €, concernant Picasso. Pour lire le destin du peintre, 20 000 € devaient être déboursés afin d’obtenir le tirage vers 1960 de la vue du Moulage de la main de Picasso (26 x 39 cm), vers 1943, un tirage vers 1960. Assis près d’un poêle digne des forges d’un moderne Vulcain, Picasso, rue des Grands Augustins (38,5 x 50 cm), saisi vers 1939, un tirage d’exposition vers 1950, allait à 13 000 €.

103 298 € frais compris.
Brassaï (1899-1984),Les Pavés,
vers 1931, tirage d’époque n° 3/3, 14,5 x 21,7 cm.
Record mondial pour une photographie de l’artiste.
© Estate Brassaï/RMN.
206 897 € frais compris.
Brassaï (1899-1984), Graffiti I, vers 1968, carton de tapisserie composé de 23 photographies découpées et assemblées, montées sur panneau de bois, rehauts de gouache noire. 140 x 170 cm. Record mondial pour une oeuvre de l’artiste.
© Estate Brassaï/RMN.
Un record mondial absolu à 170 000 €
était établi pour une œuvre de Brassaï, grâce à deux collectionneurs français qui se sont disputé Graffiti I (reproduit), le carton original vers 1968 d’une tapisserie intitulée La Harpie. Il est composé de vingt-trois photographies découpées et assemblées, montées sur un panneau de bois. Il était estimé au plus haut 100 000 €. Un seul exemplaire de la tapisserie a été tissé par l’atelier d’Yvette Cauquil-Prince à Paris. Les onze préemptions exercées au cours de ces deux jours de vente l’ont été pour le Centre Pompidou, pour la Ville de Paris et pour le musée national d’Art moderne de la Ville de Paris. Un tirage d’exposition vers 1960 d’un Nu (48 x 40,5 cm) vers 1933 était acquis à 25 000 €. Si Brassaï sculpteur triomphait grâce aux 58 000 € - un record mondial pour une sculpture de l’artiste -, obtenus par la Galatée en marbre, les dessins trouvaient plus difficilement preneur. Sur les cent vingt-cinq lots non vendus dans l’ensemble de la vacation, cent sont des dessins. Les quatre-vingt-treize lots vendus totalisaient tout de même 191 600 €. La meilleure enchère revenait à 27 500 € à l’Autoportrait. Laissons le dernier mot à Christophe Goeury. Son meilleur souvenir ? Celui d’un jeune homme d’une vingtaine d’années sortant de Drouot-Montaigne et appelant un copain sur son portable pour l’exhorter à venir visiter l’exposition : "Brassaï, c’est génial !".
Catalogue /
471 pages / 764 lots décrits et reproduits / Poids : 2,3 kg / Prix : 80 €.
4 500 exemplaires imprimés dont 500 numérotés, sous coffret.
Vente / Trois sessions réparties sur deux jours.
Estimation globale / 1,8 à 2,5 M€.
Produit vendu / 5,08 M€ frais compris.
Enchère la plus basse / 400 €.
Enchère la plus haute / 170 000 € / Une enchère supérieure à 100 000 € / Plus de 100 enchères supérieures à 10 000 €.
Sur le Net / Quatre acheteurs ont remporté des lots sur eBay, qui relayait la vente en direct.
Lundi 2 et mardi 3 octobre 2006. Drouot-Montaigne.
Millon & Associés SVV. Mme Ritzenthaler, MM. Goeury, Sonnenberg.
La Gazette Drouot N°35 - 13 octobre 2006 - Sylvain Alliod
33 420 € frais compris.
Brassaï (1899-1984), Autoportrait, dessin à l’encre de Chine et gouache blanche et crayon. 52 x 21 cm.
Les records
des peintres humanistes

Robert Doisneau :
184 959 € frais compris, Le Baiser de l’hôtel de ville, 1950, tirage argentique.
18 x 24,6 cm. 25 avril 2005, Paris, Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur-F. Tajan SVV.
Brassaï :
103 298 € frais compris, Les Pavés (voir ci-contre).
Willy Ronis :
19 930 € frais compris, Paris (Auto tamponneuses), 1953, tirage argentique. 50 x 50 cm.
13 novembre 2004, Paris, Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur-F. Tajan SVV.
Izis :
10 500 €, La Pluie, 1930, tirage argentique. 30,2 x 24 cm.
15 avril 2003., Paris, Calmels-Cohen SVV, atelier Breton.
Edouard Boubat :
4 800 £ frais compris
(6 982 €), Première Neige, Luxembourg, Paris, janvier, 1956, tirage argentique.
34,8 x 23,3 cm. 17 mai 2005, Londres, Sotheby’s.
Janine Niepce
4 837 € frais compris, Deux Grands Amateurs de Tintin, 1952, tirage argentique.
47,8 x 40,7 cm.
13 novembre 2004, Paris, Artcurial-Briest-Poulain-Le Fur-F. Tajan SVV.
(source Artnet)
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp