La Gazette Drouot
Enchères - La Collection Fabius

Collection Fabius Frères...

...Carpeaux et Barye en gloire

La galerie Fabius a, durant cent vingt-neuf ans, écrit un long chapitre de l’histoire du marché de l’art parisien (voir l’Événement page 33 de la Gazette n° 35). Cette saga se clôturait avec ces deux jours de ventes qui totalisaient 9 620 188 euros frais compris (72,6 % en lots - 78,6 % en valeur). Les acheteurs, internationaux bien entendu, permettaient à cet ensemble d’être marqué par cinq records mondiaux, quatre concernant le siècle de prédilection de la famille Fabius, le XIXe. Ils concernent Jean-Baptiste Carpeaux, Antoine-Louis Barye, Théodore Deck et la porcelaine de Sèvres de ce siècle, le cinquième tombant pour un dessin de Claude Gillot, artiste à la charnière du XVIIe et du XVIIIe siècle.

La sculpture, grande spécialité familiale, occupait une place de premier plan. Débutons avec Jean-Baptiste Carpeaux, auquel revenaient pas moins de 70 numéros de l’épais catalogue. Cette vente faisait office de consécration pour ce sculpteur couvert de gloire à son époque, protégé de la princesse Mathilde et dont le succès repose, selon le Bénézit, sur l’alliance “ de la vigueur et de la grâce”. Son Pêcheur à la coquille, imaginé alors qu’il était pensionnaire de la villa Médicis, à Rome, en hommage au Pêcheur napolitain de son maître François Rude, est l’une de ses premières oeuvres à réunir ces deux caractéristiques. Il est exposé au Salon en 1863, aussitôt acheté par Napoléon III, une Jeune Fille à la coquille venant ensuite former une paire avec le jeune homme. Ce duo à succès – l’impératrice Eugénie fait l’acquisition de la Jeune Fille pour accompagner le Pêcheur des collections impériales, conservées au Tuileries – permettait à son créateur de décrocher dans notre vente un record mondial à 780 000 euros (voir photos). Ces marbres, exécutés en 1873, sont grandeur nature, une caractéristique partagée avec une seule autre paire datée de 1874, aujourd’hui disparue. Signe de l’attention portée par l’artiste à ses oeuvres : les socles spécialement fabriqués pour elles. À 300 000 euros, l’estimation était doublée pour un autre marbre de Carpeaux lui aussi daté de 1873, La Candeur (h. 66 cm), acquis par un collectionneur ; l’artiste s’était inspiré, pour le plâtre réalisé en 1867, de sa future épouse Amélie de Montfort. Le marbre a appartenu aux collections d’Isaac Pereire. Une épreuve en plâtre de ce buste séduisait un enchérisseur à 200 000 euros sur une estimation haute de 80 000. Toujours pour les plâtres, la plus haute enchère, 230 000 euros, revenait au triple de l’estimation haute à celui d’Ugolin entouré de ses quatre enfants (h. 61 cm), une épreuve ancienne retouchée par l’artiste. C’est avec ce groupe, médaillé au Salon de 1863, qu’il connaît la consécration. L’esquisse en plâtre patiné de ce qui est sans doute le groupe le plus connu de l’artiste, La Danse (h. 55 cm), s’octroyait 130 000 euros. Il figurait dans la deuxième vente Carpeaux en 1913 avec une autre variante, sans mur d’appui. Il était alors vendu 4 100 F (12 823 euros en valeur réactualisée). Le 25 décembre 1863, Carpeaux écrivait à son ami Dutouquet : “Je suis dans la plus grande joie, car je viens d’être choisi par Garnier pour remplir l’une des plus belles pages de l’opéra. Je suis chargé de faire un grand bas-relief de la façade, dans l’esprit de l’arc de triomphe”. On sait le scandale qui s’en suivit, le groupe ayant été sauvé d’un démantèlement par la guerre de 1870... Une terre cuite de 1869 de La Danse (h. 51 cm) se négociait, pour sa part, 50 000 euros. Retrouvons à 170 000 euros un buste en marbre, celui de 1865 de L’Espiègle (h. 65 cm). Il était au plus haut estimé 100 000 euros. Le modèle est Anna, la fille de son ami Jean-Baptiste Foucart, avocat à Valenciennes chez qui il logea à son retour de Rome en 1860. Notre buste est la seule version en marbre connue réalisée en 1865, l’année de création du sujet.

936 750 euros frais compris 
Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875),
Jeune Fille à la coquille et Pêcheur à la coquille, 1873, paire de marbres, h. 98 et 96 cm.
Sur des gaines en chêne richement sculptées, signées de Carpeaux et datées 1873.
Record mondial pour l’artiste.

Record mondial pour Barye
L’autre sculpteur vedette de la vente était Antoine-Louis Barye, cité à 84 reprises au catalogue. Il obtenait, lui aussi, un record mondial avec 630 000 euros pour le bronze à patine brune ayant fait la couverture de la Gazette n° 35, qui figure un Éléphant (h. 25 cm). Rappelons que cette pièce unique a été conçue en 1832 pour Louis d’Orléans duc de Nemours, le deuxième fils de Louis-Philippe. Il s’agit également du tout premier bronze de Barye pour la famille royale. Il a été moulé à la cire perdue par Jean-Honoré Gonon. Le plâtre à l’origine de ce bronze n’est pas localisé. La deuxième marche du podium de Barye dans cette vente était occupée à 145 000 euros par le chef-modèle en bronze à patine brune de l’Éléphant écrasant un tigre (h. 21,5 cm). Citons encore les 80 000 euros d’une épreuve ancienne à patine feuille d’automne d’un modèle rare, le Crocodile dévorant une antilope, vers 1870 (l. 41,6 cm). Barye taquinait également le pinceau. Le sommet était atteint à 36 000 euros par une huile sur toile, Le Jean de Paris dans la forêt de Fontainebleau (30 x 39 cm), estimée pas plus de 12 000 euros. Le musée d’Orsay conserve une composition de l’artiste sur le même sujet. Enfin, Barye dessinateur remportait 42 000 euros avec une Étude de panthère attaquant une proie (19 x 25 cm), exécutée à l’aquarelle et crayon sur papier.
Que serait la sculpture sans socles de présentation ? Une paire de colonnes d’époque Empire en porphyre vert des Vosges et bronze doré (h. 117 cm), affichant comme provenance l’ancienne collection du duc de Morny, se négociait ainsi 120 000 euros.

756 750 euros frais compris
Antoine-Louis Barye, “Éléphant", un bronzeà patine brune, 25 x 29.3 x 15.3 cm.

Jean Béraud : 350 000 euros
La peinture était dominée à 350 000 euros par une véhémente huile sur toile de 1884 de Jean Béraud, intitulée À la salle Graffard (89 x 117 cm). Cette salle de Ménilmontant, construite pour abriter des bals populaires, s’est transformée en bouillant lieu de contestation après l’amnistie des condamnés de la Commune en 1880. Le tableau figure un orateur anarchiste à la tribune haranguant une foule agitée. C’est un célèbre comédien de l’époque, Coquelin, qui a servi de modèle à l’orateur, Béraud s’étant autoportraituré parmi les journalistes qui, calmement assis à une table, rédigent le compte rendu de la séance. Ce tableau figurait en décembre 2003 dans une vente à Drouot, où il avait recueilli 440 000 euros (voir Gazette 2003 n° 45 page 26). Sur les cimaises était également marqué un record mondial, pour un dessin du maître de la gravure, Claude Gillot (1673-1722). 125 000 euros s’affichaient au triple de l’estimation sur une Célébration en l’honneur du dieu Pan (21,2 x 32,5 cm) à la plume, gouache, lavis de sanguine avec rehaut de gouache blanche. On retrouve ce sujet dans une gravure de Pierre de Rochefort d’après Gillot, intitulée Feste du dieu Pan célébrée par des sylvains et des nymphes et conservée au musée d’art et d’histoire de Langres. Provenant également de la collection Henri Michel Lévy, un dessin de Gillot similaire, Fête du dieu Pan (21,7 x 33,2 cm), se contentait de respecter à 50 000 euros son estimation haute. Il est exécuté avec les mêmes techniques.

420 750 euros
Jean Béraud, “À la salle Graffard’’ ,huile sur toile, 1884. ?(89 x 117 cm)

Place aux meubles et objets d’art avec en vedette, à 820 000 euros, la paire de vases Médicis en porcelaine de Sèvres reproduite, l’un daté 1811. Il s’agit d’un prix record pour la porcelaine de Sèvres du XIXe siècle, enregistré grâce à un musée américain, le Metro-politan Museum de New York. Cette paire de vases affiche un pedigree impérial, ayant été livrée sur ordre de Napoléon Ier à son frère Jérôme, roi de Westphalie, le 13 février 1812. Elle a ensuite appartenu aux collections du prince Demidoff au palais San Donato à Florence. Elle se distingue par la rareté de ses sujets – L’Empereur devant les coteaux de Bellevue et de Meudon, et L’Empereur et Marie-Louise en calèche devant le château de Saint-Cloud – et par leur fond imitant l’écaille. La galerie Fabius n’avait pas, les dessins de Gillot le montraient déjà, que le XIXe siècle en ligne de mire. Après la Seconde Guerre mondiale, une place avait été faite aux siècles précédents. 320 000 euros attendaient ainsi une commode vers 1710 attribuée à André-Charles Boulle. Strictement rectangulaire et ouvrant par quatre tiroirs, elle est en placage de bois de violette relevé d’une riche et fine ornementation de bronze doré, dont une partie formant les pieds, des toupies torsadées coiffées de feuilles d’acanthe (l. 108 cm). Les chutes et le masque de la traverse inférieure qui remplace le pied central d’origine sont d’époque Régence. La structure générale de ce meuble est à rapprocher d’une sanguine de Boulle conservée au musée des Arts décoratifs. À noter que le placage en bois de bout dessine sur les tiroirs des cercles concentriques du plus bel effet. L’époque Louis XVI était représentée, à 140 000 euros, par un secrétaire à abattant estampillé de Charles Topino. Ouvrant par deux tiroirs, un abattant et deux vantaux, le meuble est unifié par la répétition d’étroits panneaux en marqueterie de fleurs se détachant, soulignés par des frises de bronze doré, sur un placage d’ébène et de bois noirci (l. 110 cm). Il est coiffé par un marbre vert de mer postérieur et repose sur des pieds toupie torsadés en bronze doré. Le mobilier du XIXe siècle était représenté à 50 000 euros par un meuble néo-Renaissance vers 1880 signé d’Honoré Dufin. Il est en noyer finement sculpté de personnages mythologiques et scènes allégoriques, le fronton découpé avec le Jour et la Nuit, et Apollon et le Temps. Il ouvre par trois vantaux dans la partie supérieure et un tiroir, deux vantaux et deux compartiments secrets en partie basse (h. 249, l. 136 cm). Installé à Lyon, Dufin a été médaillé de bronze à l’Exposition universelle de 1878 et se trouva sollicité en 1884 pour fournir plusieurs planches du Traité théorique et pratique de l’ébénisterie d’après Roubo, publié chez Juliot à Paris. Pour notre meuble, Dufin s’est inspiré de l’oeuvre d’Hugues Sambin. À noter que la Naissance de Vénus qui orne un panneau n’a rien de Renaissance puisqu’il s’agit d’une transcription du célèbre tableau de Bouguereau, de 1879, conservé au musée d’Orsay.
Le dernier record mondial était marqué par Théodore Deck, également bien représenté par la galerie. 30 000 euros éclairaient le décor polychrome de fleurs et feuillages sur fond céladon d’un vase en faïence vers 1870-1880 (h. 54 cm). Sa panse est barrée d’un bandeau vert olive à décor de feuillages en léger relief. Une collection de verres de Maurice Marinot nuançait la collection d’une touche XXe siècle. 27 000 euros culminaient sur un flacon en verre vert à salissures noires, fermé par un bouchon circulaire (h. 15 cm). De section rectangulaire à angles facettés et petit col droit, il était estimé pas plus de 10 000 euros. Le droit de préemption était exercé à trois reprises. Retenons celle du musée du Petit Palais effectuée à 4 000 euros sur une cire d’Émile Grittel, Portrait de Carriès de profil à droite (h. 44,5 cm), un artiste bien représenté dans les collections de l’institution grâce au don de Georges Hoentschel.

983 150 euros frais compris.
Sèvres, paire de vases Médicis de deuxième grandeur en porcelaine dure, l’un daté 1811, peint et signé par Jean-François Robert, h. 66 cm. Record mondial pour la porcelaine de Sèvres du XIXe siècle.

Mercredi 26 et jeudi 27 octobre, Galerie Charpentier.
Sotheby’s France SVV, Piasa SVV.


N° 38 – 4 novembre 2011 – LA GAZETTE DE L’HÔTEL DROUOT
- Sylvain Alliod









Une collection
des chiffres

Produit total : 9 620 188 euros
Nombre de lots décrits au catalogue : 383
Quatre jours d’expositions
4 000 visiteurs
Mise en scène signée de François-Joseph Graff, décorateur attitré de la galerie Fabius Frères.

Records mondiaux
Porcelaine de Sèvres du XIXe siècle : 983 150 euros
Jean-Baptiste Carpeaux : 936 750 euros
Antoine-Louis Barye : 756 750 euros
Claude Gillot pour un dessin : 150 750 euros
Théodore Deck : 36 750 euros

Les mieux représentés
Jean-Baptiste Carpeaux : 3 232 838 euros en 52 lots
Antoine-Louis Barye : 2 900 000 euros en 68 lots
Théodore Deck : 181 125 euros en 15 lots
Maurice Marinot : 171 825 en 13 lots.

L’enchère la plus petite : 250 euros pour un dessin de Bruno-Joseph Cherier (1819-1880).



Mercredi 26
et jeudi 27 octobre,
Galerie Charpentier.
Sotheby’s France SVV,
Piasa SVV.

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