La Gazette Drouot
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Enchères - La Collection francken
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Succession Ruth Francken
Entre records et franches envolées d’enchères, cette vente permettait de décortiquer l’oeuvre complexe d’une artiste qui s’est volontairement tenue en retrait du marché.
Voilà une artiste dont la cote en ventes publiques s’est longtemps résumée à celle de sa chaise Homme, certes emblématique d’une époque, mais relativement marginale par rapport à l’ensemble de son oeuvre. Cette injustice est réparée, hélas post mortem, puisque la vente de la succession Ruth Francken totalisait 1 596 732 euros frais compris (100 % des lots vendus). En la quasi-absence de cote en ventes publiques, les estimations inscrites au catalogue étaient plus que raisonnables. Elles ont donc souvent été littéralement pulvérisées. Ce phénomène a été amplifié grâce à l’excellent travail réalisé par la maison de ventes et par les experts auxquels elle a fait appel, tant sur le catalogue – qui propose l’inventaire exhaustif de l’atelier de l’artiste, y compris les oeuvres ayant fait l’objet de legs – que sur l’exposition à Drouot sur fond rose shocking et noir. De fait, aucun "trou" n’a été constaté durant ces deux jours de ventes, les différentes périodes de l’oeuvre de Ruth Francken trouvant toutes leur public. Notons que les résultats ont souvent été plus soutenus la seconde journée, la première ayant permis d’asseoir les prix et de rassurer le marché. Ainsi, le record mondial obtenu pour Ruth Francken avec les 110 000 euros d’Identification n° 2 (Tchécoslovaquie) reproduit avait été préparé la veille par les 62 000 euros d’Identification n° 3 (USA – Vietnam), une pièce exactement similaire dans sa composition générale, qui marquait elle-même un record pour l’artiste dans la journée de jeudi. Ces oeuvres se distinguent l’une de l’autre par la couleur de leur fond – brun pour celle reproduite, blanc pour l’autre – et par les timbres utilisés qui différencient le contenu politique. Réalisées en 1970, elles appartiennent à la série «Objekte», largement plébiscitée. Televenus (l. 120 cm), un combiné de téléphone géant de 1969 posé sur un coussin de cuir noir, sélectionné par Pearl Lam en mai aux Temps forts à Drouot-Montaigne, atteignait 25 000 euros. Numérotée 1/10, la sculpture sonore Telephone n° 5 (1967 – 30 x 30 x 30 cm) récoltait 19 000 euros, tandis que Four and seven (120 x 80 cm), de 1969, également numérotée 1/10, atteignait 18 000 euros. Il s’agit d’un demi-oeuf en métal posé sur un coussin à rayures, dont la partie acoustique électronique a été réalisée avec la collaboration de Manfred Mohr. USA ou The Grand Scenario, le livre en aluminium ayant illustré le "Coup de coeur" page 29 de la Gazette n° 31, obtenait 12 000 euros. Pour repartir avec le cachet géant Stampel n° 2 "It’s the Business of the Future to be dangerous" ayant illustré la couverture de la Gazette n° 30, il fallait prévoir 13 000 euros. D’approche plus difficile et monumentale, The Last Telephone, reproduit dans l’encadré page 33 de la Gazette n° 31, se contentait de 10 000 euros.
48 000 euros frais compris.
Ruth Francken, Orchestres, n° 1, 1972-1973, série "Reliefs photométalliques",
technique mixte dans un emboîtage en Plexiglas, 153 x 123 cm (détail).

Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Homme : 48 000 euros
Appartenant également à la série "Objekte", la fameuse chaise Homme pulvérisait à 48 000 euros son précédent record. Il s’agit pourtant d’une édition de 1986, l’édition originale datant de 1971. Le précédent plus haut prix pour cette chaise, 25 000 euros, revenait à un exemplaire de l’édition originale vendu le 28 juin 2006 chez Artcurial. Le 21 octobre 2003, un exemplaire de l’édition originale suscitait 14 000 euros dans la vente de la collection Bruno Mouron (Artcurial SVV). C’était l’un des deux exemplaires de la collection Jacqueline Delubac, la paire ayant enregistré 66 000 F (11 500 euros en valeur réactualisée) en mars 1998 à Drouot dans la vente de la succession de l’actrice. La série «Reliefs photométalliques», de 1972-1973, caractérisée par l’image des ciseaux, faisait également l’objet de belles batailles d’enchères. 52 000 euros culminaient sur Lullabye (159 x 121 cm), une technique mixte montrant un landau menacé par des ciseaux disposés dans une vitrine, Orchestre n° 1 (153 x 13 cm), une technique mixte, empochant 40 000 euros, Orchestre n° 2 (200 x 120 cm), proposé la veille, se contentant de 30 000 euros et The Repairshop n° 2 (125 x 236 cm) attrapant 26 000 euros, le même prix que The Repairshop n° 1 (150 x 116 cm).
132 000 euros frais compris.
Ruth Francken (1924-2006), Identification n° 2 (Tchécoslovaquie), 1970, série "Objekte", technique mixte dans un emboîtage en aluminium et Plexiglas avec une loupe mobile montée sur un système
à contrepoids, 154,5 x 123,5 cm.
Mme Sevestre-Barbé, M. de Louvencourt.
Record mondial pour l’artiste.

La loi des séries
Pour les séries plus récentes débutons avec les "Wittgenstein Variations", dominées par les 7 500 euros d’une monumentale technique mixte de 1989-1991, Wittgenstein in den Flammen (86 x 245 cm). Les formats plus intimes n’en étaient pas moins courtisés, Brûlure n° 25 (67 x 75 cm), de 1992, marquant 4 000 euros. La série «Hostages» voyait triompher à 7 200 euros le triptyque Samuel Beckett (150 x 366 cm) de 1985, celui vers 1982 figurant Jean Tinguely (156 x 375 cm) récoltant 5 000 euros. Dans la série "Mirrorical Return" les compositeurs de musique contemporaine étaient préférés, le triptyque Iannis Xenakis (65 x 525 cm), de 1979-1982, produisant 3 500 euros, la même adjudication apparaissant sur le triptyque de 1980-1981 Smiling Cage (65 x 400 cm). Dans la série «Magma», 5 000 euros s’affichaient sur un triptyque de 1994 Sans titre n° 28 (92 x 229 cm). Plus petit (43 x 104 cm), Sans titre n° 1, de 1996, s’échangeait moyennant 2 500 euros. Si les plus hautes enchères sanctionnaient des pièces utilisant souvent des procédés de reproduction modernes, les oeuvres plus classiques étaient également prisées. Pour le bronze, la série des "Têtes", réalisée à Berlin en 1964-1965, était sommée par les 12 000 euros d’une épreuve en bronze patiné d’Hermann Noack, fondeur de Tête à tête. Pour les toiles, la meilleure enchère, 11 200 euros, allait au Dedans des choses (114 x 146 cm), une huile de 1956 de la série "Frühe Bilder". L’Ange (130 x 89,5 cm), une huile sur toile de 1959 de la série "Lulu images", montait à 8 900 euros.

Les oeuvres sur papier des séries "Paris", "Venise", "Cala d’or", "Corrida", "Corps de femme", "Pourquoi" et "Burning Point" partaient dans une fourchette allant de 200 euros à plus de 2 000 euros. Pour les estampes, toutes séries confondues, la fourchette d’adjudication s’étalait de 100 à 2 300 euros, cette dernière enchère allant à une lithographie en couleurs sur vélin à fond rouille doré, Huit Têtes (70 x 100 cm) de la série "Hostages" (Samuel Beckett, John Cage, Jean-Paul Sartre et Joseph Beuys), de 1987.

Jeudi 20 et vendredi 21 septembre 2007, salle 5-6.
Doutrebente SVV. Mmes Sevestre-Barbé, Collignon, Esders, MM. Lhermitte, de Louvencourt, Roudillon.
Sylvain Alliod
Ruth Francken.

14 400 € frais compris. USA ou The  Grand Scenario, 1969, série "Objekte", livre en aliminium avec des lettres en bronze chromé, 1/20, 38 x 45 cm (détail).
Voir notre coup de coeur

15 600 € frais compris. Stempel n° 2,
It is the business of the future to be dangerous, 1970, série "Objekte",
41 x 41 x 41 cm.

57 600 € frais compris. Homme, 1970,
série "Objekte", Polystiren noir et métal,
h. 101 cm.