La Gazette Drouot
Enchères - La Collection Vérité
Collection Vérité : 44 M€
La vente de la collection Vérité ouvrait par une pluie de records le bal des festivités consacrées à Paris aux arts premiers, inauguration du musée du quai Branly oblige.
Le caractère historique de cette collection amassée par deux générations, Pierre, le père, et Claude, le fils, à une période charnière pour la collecte d’objets d’arts africains et océaniens, aiguillonnait l’appétit des enchérisseurs, quelquefois au-delà du raisonnable, aussi bien pour des petits que pour des grands objets. Pour ces derniers, pas moins de 8 enchères millionnaires frais compris étaient prononcées. La plus spectaculaire, 5 M€, un record mondial absolu pour l’art tribal, s’inscrivait sur le très attendu masque ngil fang du Gabon reproduit. Il a été acheté au téléphone par un collectionneur européen, qui réalisait un bond décisif contre la salle en surenchérissant au final de 400 000 €. Ce masque, qui a notamment figuré à l’importante exposition "Primitivism in 20th Century Art : Affinity of the Tribal and the Modern Art", organisée en 1984 par le MoMA de New York, attisait les convoitises puisque en deux enchères, il passait en un éclair de sa mise à prix, 500 000 €, à 1,5 M€ avant d’atteindre rapidement les 5 M€. Vraisemblablement sculpté au XIXe siècle, notre masque fait partie d’un ensemble, dont seulement une dizaine d’exemplaires anciens de grandes dimensions sont répertoriés.
3 781 256 € frais compris.
Statue de chasseur tshokwe, bois dur.
Angola. H. 49 cm.
Record pour cette ethnie.
Par la perfection de ses volumes, son ornementation et sa patine, il est considéré comme l’un des plus parfaits. L’épaisseur du kaolin qui le recouvre témoigne d’un usage répété sur une longue période, au cours de cérémonies dont on sait peu de choses. La société secrète ngil est une confrérie à caractère judiciaire et policier, hautement répressive. De quoi aiguillonner les imaginations en plus des enchères ! Quittons le Gabon avec un record mondial pour l’art tshokwe d’Angola, atteint à 3,2 M€ par la statue de chasseur reproduite page suivante, une victoire remportée par un téléphone contre la salle. Ce chasseur tshokwe est considéré comme étant plus beau que celui du musée du quai Branly. Passons à la Côte d’Ivoire avec les 2,5 M€ d'une statue déblé sénoufo : il s’agit là encore d’un record mondial pour cette ethnie. Rappelons que cette statue en bois à patine brun foncé (H. 93 cm) sert de pilon de danse lors des rituels initiatiques de la société du poro. Par ses caractéristiques morphologiques, le style du Nord, elle aurait été réalisée dans la région de Sikasso. L’expert Pierre Amrouche indiquait qu’il s’agit d’un des derniers exemplaires "encore en liberté". La Côte d’ivoire, toujours, avec un record à 1,1 M€ obtenu pour les Baoulés grâce à un étonnant masque double nda en bois à patine brune et noire. Il était estimé au plus haut 300 000 €. Il date sans doute du milieu du XIXe siècle et représente des jumeaux ou nda. Ce type de masque n’a pas a priori d’autre signification que celle que de rappeler un événement heureux, la naissance de jumeaux, lors de cérémonies.
Quelques lots plus tard, la bataille entre une acheteuse dans la salle et un téléphone était remportée par ce dernier, permettant à 1,9 M€ à une divinité nimba baga de Guinée de remporter un record mondial. L’existence de ces grandes sculptures est attestée dès le milieu du XIXe siècle et leur usage semble s’éteindre vers 1950. Ce masque exalte la femme fertile et nourricière, ce que souligne la large poitrine de notre sculpture. Dans la quinzaine de nimbas anciens répertoriés, celui-ci se distingue autant par sa taille que par l’équilibre de sa composition.
1 304 516 € frais compris.
Masque nda baoulé, Côte d’Ivoire. Bois à patine brune et noire. H. 28 cm. Record pour cette ethnie.
L’art océanien représenté par 80 numéros totalisait 3 508 300 € au marteau, sans doute un record en la matière. 9 enchères à 6 chiffres étaient prononcées. C’est dans cette aire qu’était prononcée la seule préemption effectuée au cours de toute la vente par l’État. Elle porte à 48 000 € sur une estimation de 15 000, pour le compte du musée Branly bien évidemment, sur un linteau de Nouvelle-Guinée de la région du village de Maprik. Il a appartenu à l’ancienne collection Ernest Ascher. En bois polychrome (L. 330 cm), il est sculpté à chaque extrémité d’un personnage féminin et d’un personnage masculin, leur tête étant encadrée par deux oiseaux. Le centre de la pièce est sculpté d’un personnage féminin accroupi entre des motifs sinusoïdaux. La palme revenait pour l’art océanien au poisson reliquaire des îles Salomon, provenant de l’ancienne collection du marchand londonnien North. Les grands reliquaires originaires de ces îles sont rarissimes. Le nôtre abrite le crâne d’un ancêtre vénéré. Le pedigree sans faille d’une effigie malangan de Nouvelle-Irlande lui faisait engendrer un résultat de 300 000 € sur une estimation haute de 50 000 €. Elle a fait partie des collections de Paul Éluard, de Charles Ratton et de Maurice de Vlaminck. Dans la vente de la collection de ce dernier en juillet 1937 à Drouot, elle obtenait 900 F (450 € en valeur réactualisée). En bois polychrome (H. 115 cm), elle représente un personnage féminin se tenant debout sur ses jambes fléchies, les bras en croix et tenant dans sa bouche un ornement de danse stylisé, qui remonte jusqu’à la coiffe pyramidale. Elle date très probablement de la fin du XIXe siècle. Rappelons qu’en matière d’art océanien, le plus haut prix enregistré en France revient à l’effigie d’ancêtre pour le culte uli de la collection Breton, achetée 1,1 M€ par Aube Ellouët-Breton pour être offerte à la bibliothèque Jacques Doucet. La pièce uli de la collection Vérité du centre de la Nouvelle-Irlande, de moindre qualité, enregistrait tout de même 130 000 € sur une estimation haute de 60 000.
Samedi 17, dimanche 18 juin. Paris, Hôtel Drouot
Enchères Rive Gauche SVV. MM. Amrouche, de Monbrison.
La Gazette Drouot N°25 - 23 juin 2006 - Sylvain Alliod
Une collection
de chiffres

Exposition
Le premier étage de Drouot mobilisé durant 6 jours.
Plus de 15 000 visiteurs
en deux jours.

Catalogue
514 lots décrits.
Poids : 2,918 kg.
Prix : 100 €.
6 000 exemplaires diffusés
.

Vente
4 sessions réparties
sur 2 jours.
Près d’un millier de personnes assistant à chacune des sessions de vente.


Estimation globale :
12 à 17 M€.
Produit vendu : 44 M€ frais compris.

Enchère la plus basse : 600 €.
Enchère la plus haute : 5 M€.
8 enchères supérieures
à 1 M€ frais compris.
46 enchères supérieures
à 150 000 € frais compris.

Records
44 M€ : record mondial
pour une vente d’art primitif.
5 M€ : record mondial pour
un objet d’art primitif.
Et des records pour les Tshokwes (3,2 M€),
les Sénoufos (2,5 M€),
les Bagas (1,9 M€),
les Baoulés (1,1 M€)...
et sans doute d’autres.


Quelques ethnies africaines
Fangs (Gabon)
7 963 000 € (13 lots).
Sénoufos (Côte d’Ivoire) :
3 442 100 € (24 lots).
Baoulés (Côte d’Ivoire) :
3 016 800 € (68 lots).
Bagas (Guinée) :
2 020 000 € (5 lots).
Kotas (Gabon, Congo) :
1 184 000 € (14 lots).
Punus (Gabon) :
1 111 000 € (6 lots).
Bambaras (Mali) :
1 008 000 € (45 lots).
Dogons (Mali) :
404 500 € (22 lots).
Royaume du Bénin :
353 500 € (10 lots).

Une collection au top
de la spécialité
Collection Vérité :
44 M€.
Collection Hubert Goldet :
88,4 MF (15,6 M€ en valeur réactualisée) - 30 juin,
1er juillet 2001, Paris, Maison
de la chimie, étude de Ricqlès.
Collection Harry A. Franklin :
7,13 M$ (8 M€ en valeur
réactualisée) - 21 avril 1990,
New York, Sotheby’s.
Collection Béla Hein :
5,6 M€ - 6 juin 2005, Paris, Drouot, Fraysse & Associés SVV.
Collection André Breton
(arts primitifs) :

5 M€ - 17 avril 2003, Paris, Drouot, Calmels-Cohen SVV.
Collection René Gaffé :
27,7 MF (4,5 M€ en valeur réactualisée) - 8 novembre 2001, Paris, Avenue Matignon, études Artus, Chambre-Calmels-Cohen.
Collection Helena Rubinstein :
472 595 $ (2,6 M€ en valeur réactualisée) - 21-29 avril 1966, New York, Sotheby’s.
Collection Pierre Guerre :
12 MF (2 M€ en valeur réac-tualisée) - 20 juin 1996, Paris, Drouot-Montaigne,
étude Loudmer.
Collection Gaston de Havenon :
10,4 MF (1,8 M€ en valeur réactualisée) - 21 juin 1994, Paris, Drouot, étude de Quay.
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