La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Jean-Baptiste Greuze (1725-1805), Figure de jeune homme, toile, 56,5 x 46,5 cm.
Frais compris : 775 000 €.

Greuze record
Cette Figure de jeune homme de Jean-Baptiste Greuze réalisait un jolie performance en empochant 620 000 €, d’après une estimation haute de 150 000. Elle réalise un record français pour le peintre et frôle, à très exactement 25 429 € près, son record mondial établi le 31 janvier 2013 chez Sotheby’s par un tableau au sujet plus ambitieux, L’Ermite, ou le Distributeur de rosaires. Également intitulé la Bénédiction de l’ermite dans une exposition au Louvre de 1885, ce dernier est nettement plus grand, 113 x 147,5 cm, et l’histoire en est connue depuis son appartenance à Louis Gabriel, marquis de Véri Raionard (1722-1785). Cette huile sur toile était alors adjugée 1 082 500 $ frais compris (800 429 €). L’historique de notre peinture débute pour sa part au mois de février 1838, à l’occasion de la vente à Paris du cabinet du prince Scherbatoff, et son dernier passage sur la scène des enchères date du 28 février 1882 à Drouot, lors de la dispersion de la succession d’Édouard-Mathurin Fould (1834-1881) – fils du banquier et collectionneur Louis Fould –, où elle obtenait 4 300 F. Elle détrône avec un prix frais compris de 1 061 930 $ un Portrait de Benjamin Franklin (81,3 x 65,4 cm), vendu 992 500 $ frais compris le 30 janvier 1998 à New York chez Sotheby’s et qui a, durant quinze ans, occupé la tête du palmarès mondial de Greuze. Comme il était indiqué page 38 de la Gazette n° 13, notre portrait d’un anonyme, traité avec beaucoup de sensibilité, entre dans la catégorie des têtes d’expression de jeunes paysans, correspondant à une vision rousseauiste idéalisée. Grand promoteur de Greuze, aux dépens des grâces rococo  qu’il fustige, Denis Diderot note dans ses Salons que «ses paysans ne sont ni grossiers (…), ni chimériques comme ceux de Boucher». Dans sa critique du Salon de 1769, au sujet de la Jeune enfant qui joue avec un chien, le philosophe écrit : «La tête est pleine de vie, c’est de la peau, c’est de la chair, c’est du sang sous cette peau ; ce sont les demi-teintes les plus fines, les transparents les plus vrais ; ces yeux-là voient…» Une sentence qui convient parfaitement à notre tableau.
Lundi 7 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Rieunier & Associés SVV. M. Millet.


Époque Louis XV, vers 1748-1752, pot-pourri en porcelaine dure de Meissen accueillant environ quatre-vingts fleurs, principalement en pâte tendre de Vincennes, tiges en tôle peinte, monture en bronze doré, h. 98 cm.
Frais compris : 622 500 €.
Enchère fleurie
Dans une vente qui totalisait 3 720 969 € frais compris, essentiellement alimentée par la collection d’un amateur, le bouquet revenait moyennant 500 000 € à ce pot-pourri de Meissen hérissé de fleurs en porcelaine tendre de Vincennes, quelques-unes étant en pâte dure de Meissen, l’une en pâte tendre de Chantilly et cinq plus tardives. Son estimation était comprise entre 60 000 et 80 000 €. L’enchère obtenue salue autant le caractère spectaculaire de cette composition, due à un grand marchand-mercier de l’époque, que sa taille, très peu d’exemplaires de grand format de ce type ayant survécu jusqu’à nos jours. Le plus célèbre est celui conservé au Staatliche Kunstsammlungen de Dresde, offert en 1749 par l’épouse du dauphin Louis de France, Marie-Joseph de Saxe, à son père, Auguste III. En porcelaine de Vincennes, il est présenté dans un vase émaillé blanc entouré des allégories de la poésie et de la musique, la terrasse en bronze doré ayant été créée par Jean-Claude Duplessis. Il s’agit d’une démonstration de force de la manufacture française face à sa rivale allemande, fondée à Meissen par le père d’Auguste III, le fameux Auguste le Fort. Les associations de vases de Meissen et de fleurs de Vincennes sont l’apanage des marchands-merciers, dont Lazare Duvaux, qui en fera livrer deux exemplaires à vase de Meissen décoré «à la Watteau», comme le nôtre, à la marquise de Pompadour en 1751 pour la chambre du Roi, payés 900 livres – environ 76 500 €. Vincennes a débuté la production de fleurs en porcelaine en 1741, quarante-cinq employés étant rapidement attachés à cette spécialité.
Mercredi 9 avril, salle 10 -Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. M.  Fabre.

Moscou, 1908-1917. Cuillère de service en vermeil et argent ciselé, ornée d’émaux polychromes, poids 115 g, l. 20,3 cm.
Frais compris : 62 500 €.
Cuillère de feu
Une cuillère à 50 000 € ? Oui, c’est possible ! Surtout lorsque celle-ci affiche une origine russe et illustre un conte rocambolesque… En vermeil, argent et émail, elle porte le poinçon de Moscou pour l’ultime période tsariste, 1908-1917. Son maître orfèvre est inconnu, ce qui ne freinait en rien l’ardeur des enchérisseurs, qui laminaient littéralement l’estimation tournant autour de 300 €. On a l’habitude de voir ce type de travail, et de résultat, se déployer sur les kovshs et autres ustensiles un peu plus démonstratifs qu’une simple cuillère de service. En regardant de près le dos du cuilleron, on distingue cependant une scène finement exécutée, montrant un preux chevalier enlevant une belle sur un curieux destrier. Il s’agit d’un des contes populaires russes recensés par Alexandre Afanassiev, celui mettant en scène Ivan-tsarévitch, l’oiseau de feu et… un loup gris. Le célèbre ballet L’Oiseau de feu, commandé par Serge de Diaghilev à Igor Stravinsky et donné pour la première fois à l’Opéra de Paris le 25 juin 1910, s’inspire de ce conte mais n’en retient que quelques épisodes, escamotant ainsi notre Ysengrin. En partant à la recherche d’un oiseau de feu qui volait les pommes d’or du fabuleux jardin de son père – le tsar Démian –, le jeune Ivan-tsarévitch s’enfonce dans la forêt, s’y perd, et son cheval se fait égorger par un loup doté de pouvoirs magiques. Ce dernier va néanmoins apporter une aide essentielle dans les aventures du prince maladroit et, de fil en aiguille, le conduire jusqu’à Hélène la Belle, fille du tsar Dalmat. Ces deux-là tombent bien entendu amoureux, provoquant une cascade de nouvelles péripéties. Grâce au loup qui déjouera tous les pièges – recollant même la tête d’Ivan-tsarévitch, décapité par ses frères jaloux –, les tourtereaux pourront convoler en justes noces. L’oiseau de feu assiste également aux épousailles, enfermé dans une précieuse cage sertie de pierreries, les pommes d’or se trouvant à l’abri de leur gracieux prédateur. Tout est bien qui finit bien, comme pour notre cuillère !
Mercredi 9 avril, salle 3 - Drouot-Richelieu.
Pescheteau-Badin SVV. Cabinet Serret - Portier.

Lega, République démocratique du Congo. Tête en ivoire à patine rouge orangé, avec fibres et cauris, h. 15,5 cm.
Frais compris : 273 760 €.
Pour grands initiés
Les ivoires lega sont toujours très recherchés. Une nouvelle illustration de cet engouement prenait corps avec les 500 086 € frais compris enregistrés par huit spécimens. Le plus précieux, la tête reproduite, empochait à lui seul 220 000 €. Son estimation n’en excédait pas 60 000. Le musée du quai Branly a présenté du 13 novembre 2013 au 26 janvier dernier une exposition, intitulée «Secrets d’ivoire, l’art des Lega d’Afrique centrale». Elisabeth L. Cameron, la commissaire, a consacré un article à la manifestation en page 212 de la Gazette n° 43. Elle y souligne le rôle fondamental joué par l’art dans cette ethnie : «Les objets sont tour à tour ou tout ensemble symboles de réussite, gages de continuité, outils d’apprentissage et souvenirs des défunts.» Elle insiste également sur leurs liens étroits avec les pratiques de la société initiatique Bwami – interdites par les autorités coloniales –, qui offrent aux hommes et aux femmes la possibilité d’atteindre l’excellence morale, la beauté, la sagesse et le prestige. Elle rappelle que «le stade ultime de l’initiation, pour le membre Bwami comme pour l’amateur d’art occidental, est de regarder, d’apprécier et de voir au-delà de l’apparence formelle.» Les amateurs ayant fermement bataillé pour notre tête sont donc en quelque sorte eux aussi des initiés… L’individu souhaitant atteindre le sommet du Bwami est confronté à un maître-autel sur lequel sont disposées des œuvres d’art. «La connaissance acquise durant une vie d’enseignement, l’étude des objets et de leurs agencements ritualisés sont autant de clés qui donnent accès à de nouvelles leçons de vie et de nouvelles vérités», explique encore l’universitaire. Concernant notre sculpture, le catalogue de la vente précise que sa rareté tient au fait qu’elle ait conservé son bonnet de cauris des grands initiés, indiquant l’importance qu’elle a dû revêtir au sein de la communauté. Avec une enchère à la hauteur !
Mercredi 9 avril, Hôtel Salomon de Rothschild.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV. Mme Daffos, M. Estournel.

Fernando Botero (né en 1932), Frutas sobre la mesa, 1968, fusain sur toile, 184 x 171 cm.
Frais compris : 174 560 €.
Botero et la nature morte
Réputé pour ses grosses dames assorties de compagnons à leur échelle, Fernando Botero a aussi représenté d’autres types de sujet, des natures mortes par exemple. Celle-ci, réalisée au fusain en 1968, suscitait 140 000 €. Une œuvre à la technique en trompe l’œil, car non pas tracée sur papier mais sur toile, et présentant au verso l’esquisse peinte d’un couple littéralement mitraillée du prénom «Paul» et plus sobrement inscrite du titre de notre œuvre ainsi que de sa date d’exécution. L’année précédente, en 1967, l’artiste, alors installé à New York, a voyagé en Italie et en Allemagne. Il y a étudié l’œuvre d’Albrecht Dürer, réalisant dans la foulée une série de grands fusains sur toile dénommés «Dureroboteros». Notre dessin ne dépend pas de cette série, mais sa technique en découle. Les natures mortes de Botero ne sont pas ses œuvres les plus recherchées mais elles contistuent l’un de ses sujets de prédilection. C’est d’ailleurs en peignant en 1957 une Nature morte à la mandoline qu’il découvre la possibilité de dilater les formes, trouvant ainsi son style. Cette expérience fait suite à un voyage au Mexique, où le contact avec le muralisme joue un rôle déterminant. Le gonflement des volumes exalte la vie des sujets figurés tout en y apportant une dimension ironique. Nos fruits sont tout juste replets… Cependant, alors que la nature morte s’inscrit généralement dans des formats intimistes, la composition se déploie ici sur une grande toile. La présence d’insectes, qui dans la tradition rappelle le caractère éphémère de la fraîcheur des mets, la fait basculer dans le genre de la vanité, en parfaite adéquation avec ses personnages rebondis de leur propre importance ici-bas.
Mercredi 9 avril, Hôtel Salomon de Rothschild.
Cornette de Saint Cyr maison de ventes SVV.

Augustin Lesage (1876-1954), Composition symbolique. L’énigme des siècles, 1929, huile sur toile, 300 x 200 cm. Frais compris : 373 800 €.

Foisonnement spirituel
D’un format monumental, cette huile sur toile d’Augustin Lesage de 1929 estimée entre 50 000 et 80 000 € bondissait à 300 000 €, marquant de loin un record mondial pour l’artiste (source : Artnet). Le précédent était en effet enregistré à 50 000 €, le 28 mars 2013 chez Cornette de Saint Cyr à l’hôtel Salomon de Rothschild, sur une Composition à l’huile sur toile vers 1930 plus petite (92,5 x 73 cm). Outre son format, notre Composition symbolique typique de Lesage comporte des éléments nettement identifiables, permettant d’en faire une lecture syncrétique, puisque l’on reconnaît la figure du Christ et des images de Bouddha. La présence d’oiseaux en partie basse et au sommet symbolise l’envolée de l’âme. Figure singulière de l’art du XXe siècle, ce mineur a été intégré de son vivant dans la collection d’art brut de Jean Dubuffet. C’est en 1911, au fond d’une mine, qu’une voix lui annonce un jour qu’il sera peintre. Initié peu de temps après au spiritisme, il réalise des premières séances des dessins abstraits signés du nom de sa sœur, Marie, décédée en 1883. Il exécute sa première toile entre 1912 et 1914, conduit par les esprits. Monumentale, l’œuvre fourmille de figures plus ou moins identifiables. À partir de 1916, revenu de la guerre, il peint des compositions d’essence plutôt abstraite, comportant des éléments architecturaux. Dès 1927, visages et oiseaux se systématisent. Notre toile de 1929 témoigne de cette prolifération  ordonnée de manière symétrique dans un foisonnement spirite. L’argent qu’elle a récolté l’est pour une bonne œuvre, une association ayant vocation à poursuivre des actions artistiques, caritatives et spirituelles pour la paix. Un objectif en adéquation avec le sujet de notre tableau.
Jeudi 10 avril, Espace Tajan.
Tajan SVV.

Rolex, Cosmograph Daytona 1964, réf. 6241, avec cadran dit « Paul Newman », acier, verre plexi, mouvement base Valjoux 722-1.
Frais compris : 153 012 €.
Rolex Paul Newman
Prenez une Rolex, ajoutez une star de cinéma, et vous obtenez une enchère de 120 000 € prononcée sur une estimation comprise entre 20 000 et 30 000 €. Pour parvenir à ce résultat, il faut cependant que la montre soit expressément une Cosmograph Daytona et que la vedette en question soit Paul Newman. L’association entre l’acteur et le garde-temps ne se fait pas uniquement par le biais du type de la montre. Il faut également que l’exemplaire en question possède le cadran dit «exotique», lequel se singularise par son fond argenté, sa graduation périphérique et trois compteurs de couleur noire. La Cosmograph Daytona est conçue en 1963 pour répondre aux exigences des pilotes professionnels, d’où son appellation se référant à la ville de Floride réputée pour ses courses automobiles. Son mouvement battant à 21 600 alternances par heure lui assure une fiabilité de premier plan, la lunette à échelle tachymétrique permettant de mesurer la vitesse moyenne d’un véhicule jusqu’à 400 km/h. En 1968, Paul Newman joue le rôle d’un pilote de course dans le film Virages, réalisé par James Goldstone et sorti sur les écrans un an plus tard. S’il porte bien durant le tournage un chronographe en acier, rien ne permet d’affirmer qu’il s’agisse d’une Rolex. Ce qui est certain, c’est que l’acteur va attraper le virus des compétitions automobiles et notamment participer aux 24 Heures du Mans de 1979. Il possédera également pas moins de cinq Daytona. Les nombreuses photographies le montrant portant la version à fond argenté construiront la légende, subtilement entretenue par la marque suisse, qui participera notamment à la publication de livres sur l’acteur portant le fameux modèle. A star is born !
Vendredi 11 avril, salle 4 - Drouot-Richelieu.
Aguttes SVV. M. Guedj.

Époque Consulat, manufacture de Klingenthal, sabre d’officier subalterne de grenadiers à cheval de la garde des consuls, ayant appartenu à Jean-Baptiste Chassin, fourreau en bois recouvert de chagrin à garniture de laiton, l. 113,5 cm.
Frais compris : 101 680 €.
Trésor réglementaire
Un subordonné peut se montrer aussi valeureux qu’un supérieur, comme en témoignent les 82 000 € dégainés par ce sabre d’officier subalterne de grenadiers à cheval de la garde des consuls. Ce type d’arme est généralement considéré comme le plus beau sabre réglementaire de la grosse cavalerie française. La garde des consuls a été créée par Bonaparte le 7 frimaire de l’an VIII (28 novembre 1799) en fusionnant la garde du corps législatif, héritière de la première Garde républicaine de 1799, et celle du Directoire. Son objet est bien entendu de protéger les consuls, puis le Premier consul lui-même. Par arrêté du 3 janvier 1800, elle se compose de 2 089 hommes, dont 585 cavaliers et 1 188 grenadiers. Le 8 septembre, les effectifs sont poussés à 3 650 hommes, dont 702 grenadiers à cheval. Notre exemplaire a appartenu à Jean-Baptiste Chassin (1773-1832), comme l’indiquent la copie des états de service qui l’accompagne ainsi que les initiales «CJB», or sur fond bleui, inscrites sur la lame dans un médaillon ovale placé sur le palmier surmontant un trophée d’armes. L’autre face, avec faisceaux de licteurs et bouclier, porte l’inscription «Garde des consuls - Grenadiers à cheval», le dos étant signé sur fond or de la «Manufacture de Klingenthal Coulaux frères». Jacques et Julien Coulaux deviennent en 1801 les entrepreneurs de la célèbre manufacture d’armes blanches créée en 1730 par Henri Anthès sur ordre de Louis XV. Né à Chavroche, dans l’Allier, Jean-Baptiste Chassin sera de toutes les guerres entre 1792 et l’an VII. Simple soldat au sein du 22e régiment le 1er novembre 1790, il intègre le 25 ventôse de l’an VIII les grenadiers à cheval de la garde des consuls. Il est vite promu brigadier-chef puis adjudant, sous-lieutenant, lieutenant en second et lieutenant en premier. Il est encore en poste parmi les grenadiers à cheval en 1806 puis passe dans les dragons de la garde avec le même grade, et ce jusqu’en 1809, année de sa mise à la retraite en raison de ses blessures. Il s’est en effet signalé à Ulm, Austerlitz, et a fait les guerres de Prusse et de Pologne avant de rejoindre, en 1808, l’armée d’Espagne.
Vendredi 11 avril, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Maigret (Thierry de) SVV. M. Croissy.

Abel Grimmer (vers 1570-avant 1619), Patineurs sur un lac gelé près d’un château, l’hiver, février (?), panneau, diam. 17,5 cm.
Frais compris : 143 704 €.
Tableau manquant ?
Vous aurez sans doute reconnu ce petit panneau d’Abel Grimmer reproduit en page 49 de la Gazette n° 13, et alors assorti d’une estimation comprise entre 30 000 et 40 000 €. Pour profiter du spectacle de ses patineurs, il fallait, nonobstant les manques et soulèvements signalés, aller jusqu’à 115 000 €. Notre tableau pourrait être la composition manquante, correspondant à février, de la série des douze mois de l’année commandée à l’artiste par la famille Plantin-Moretus vers 1600. Cet ensemble est désormais dispersé dans plusieurs collections belges. Né en France, Christophe Plantin (vers 1520-1589) a appris le métier d’imprimeur à Lyon, avant de s’installer à Paris puis à Anvers, où ses affaires vont prospérer. En 1575, il possède plus de vingt presses autour desquelles s’affairent soixante-treize ouvriers. C’est également un collectionneur averti, qui commande notamment son portrait à Rubens. Après son décès, son affaire sera reprise par l’un de ses gendres, Jan Moretus. À Anvers, le musée Plantin-Moretus perpétue le souvenir de cette dynastie d’imprimeurs et de collectionneurs. Il conserve par exemple les plus anciennes presses d’imprimerie au monde, toujours en état de marche. Outre les collections familiales de tableaux, estampes et dessins, on y découvre également 30 000 imprimés ainsi que de précieux manuscrits. Abel Grimmer, après avoir fait son apprentissage chez son père Jacob, considéré comme l’un des meilleurs peintres de paysage anversois, commence de son côté par exécuter des architectures et devient rapidement spécialisé en séries, mois de l’année, saisons… Stylistiquement, il s’inscrit dans la tradition de Pieter Bruegel l’Ancien.
Vendredi 11 avril, salle 10-16 - Drouot-Richelieu.
Mathias SVV, Baron - Ribeyre & Associés SVV, Farrando SVV. Cabinet Turquin.

Chine, époque Jiaqing (1760-1820). cachet en néphrite céladon, surmonté d’un dragon parmi les nuages, Au revers, l’inscription en Zhuanshu « Jia Qing Yu Shang », 4,8 x 4,1 cm.
Frais compris : 804 000 €.
cachet impérial
Ce petit objet chinois, annoncé autour de 100 000 €, dépassait largement ces attentes. Conservé dans la famille depuis plus d’un siècle, il provenait de la collection de Paul Beau, ministre plénipotentiaire en Chine de 1901 à 1902. C’est lui qui négocia l’accord entre la Chine et les États-Unis après les fameux Cinquante-cinq jours de Pékin. En récompense, il obtient le gouvernorat général de l’Indochine, où il résida entre 1902 et 1908. Amoureux de la civilisation chinoise, il en pénétra aussi les valeurs traditionnelles. Notre cachet, proposé en bon état de conservation, est sculpté en néphrite céladon, une jolie pierre opaque. Fort prisée en Chine depuis des millénaires, elle matérialise la noblesse, la puissance et la perfection. De forme carrée, le cachet porte la marque de l’empereur Jiaqing (1760-1820), fils de Qianlong, qui régna de 1796 à 1820 sur l’empire du Milieu. Fin lettré comme son père et son grand-père, il a aussi à cœur d’enrichir les collections impériales. Notre sceau servant à signer des œuvres autographes pouvait également être employé à marquer les objets et les ouvrages appartenant à Jiaqing. Inscrit au livre Qing dai di hou xi yin pu, répertoriant les sceaux du souverain, il est sommé d’un dragon parmi les nuages ; cet animal mythique au corps serpentin et à la féroce gueule barbue ne pouvait être utilisé que par l’empereur et sa famille. Paré de tels atouts, il déclenchait une rude bataille d’enchères mettant aux prises plusieurs collectionneurs asiatiques et le négoce international. Multipliant par huit les estimations, il était acquis par un acheteur asiatique. La quintessence de la civilisation chinoise…
Auxerre, dimanche 13 avril.
Auxerre Enchères - Auxerre Estimations SVV. Cabinet Portier.

École florentine vers 1395-1400, suiveur d’Agnolo Gaddi (vers 1345-1396), Vierge à l’Enfant avec Saint François et Saint Julien, peinture à l’œuf et fond d’or, une planche, panneau renforcé, 72 x 41 cm.
Frais compris : 146 400 €.
Madone florentine
Ce magnifique panneau religieux créait la surprise en répondant plus que largement à ses attentes. Annoncé autour de 8 000 €, il multipliait par vingt sa mise à prix. Il a été fortuitement découvert, l’an dernier, dans la cage d’escalier d’un château, lors d’une succession régionale. Rompant avec la tradition stylistique de la peinture médiévale, il révèle l’art d’un proche ou d’un suiveur d’Agnolo Gaddi, un primitif italien issu d’une famille de mosaïstes florentins. Travaillant aux églises de Florence, de Prato, ce dernier expérimente les effets lumineux, use d’une gamme de couleurs réduite et impose déjà un humanisme antiquisant. Se détachant d’un hiératisme impassible, il apporte en effet aux personnages religieux une humanité et une réalité bien charnelle. Le panneau montre une madone tenant l’Enfant Jésus, entourée de saint François et de saint Julien. Patrons du commanditaire du tableau, ils ont pu être rapprochés de personnages qui animent des scènes peintes par le Maître de la chapelle Manassei, un des principaux collaborateurs d’Agnolo Gaddi. Le format tout en hauteur contribue au resserrement de la scène ; les coloris éclatants, l’exécution fine et habile soulignent un métier sûr et brillant. La splendide Vierge à l’Enfant placée au cœur de la composition dévoile aussi les qualités de l’artiste, unissant noblesse et simplicité, naturel et idéal. Proposé dans son jus, notre panneau dégage au final de réelles qualités poétiques auxquels ont été sensibles de nombreux amateurs, présents en salle et sur quatorze lignes de téléphone. Après une rude joute d’enchères entre des particuliers, des musées et le négoce international, il a été conquis par un heureux acheteur allemand.
Brest, jeudi 10 avril.
Brest, Thierry - Lannon & Associés SVV. Cabinet Turquin.


http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp