La Gazette Drouot
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Top des enchères
Contrat de mariage de Bonaparte et Joséphine, acte notarié, expédition authentique signée par maîtres Raguideau et Jousset, 1796, 3 pages 1/4 sur un bi-feuillet monté dans un portefeuille.
Frais compris : 437 500 €.
Pour le meilleur…
Jubilé… le terme était décidément bien choisi ! Réunissant une foule de passionnés autour de la célébration de l’époque impériale, la manifestation organisée par la ville de Rueil-Malmaison fut couronnée de succès à plus d’un titre, le contrat de mariage de Bonaparte et de Joséphine étant propulsé jusqu’à 350 000 €. Estimé au plus haut à 100 000 €, il était bataillé entre des amateurs étrangers et le Musée des lettres et manuscrits, qui s’en portait acquéreur. Sous les applaudissements de la salle, l’institution privée parisienne remportait également deux autres pièces majeures de la vente. Les ordres d’arrestation et de libération de Bonaparte – diffamé auprès du Comité de salut public –, signés par le général en chef de l’armée d’Italie Dumerbion, rejoignaient ainsi ses vitrines pour 95 000 € (voir photo). À 75 000 €, un sort similaire attendait une lettre autographe de Jacques-Louis David, adressée en 1807 à Claude Thiénon, le dessinateur du cabinet du roi de Hollande, Louis Bonaparte. Son sujet n’est autre que le fameux tableau du Sacre de Napoléon, et fait état du changement désiré par le frère de l’Empereur, lequel souhaite une meilleure place dans le tableau. Une demande à laquelle le peintre accédera… D’autres témoignages insignes trouvaient preneur, à l’image de quelque 75 lettres et autres documents évoquant la campagne de Russie, réunis dans un volume emporté au quadruple de son estimation, soit 150 000 €. Ces pièces font allusion à la mémoire du maréchal Bessières, alors à la tête de la cavalerie de la Garde impériale. Le souvenir du valeureux guerrier, emporté par un boulet en 1813 pendant la campagne de Saxe, est encore rappelé par une lettre de 1805 signée par l’Empereur. Dans cette missive, Napoléon décidait de la répartition de fonds provenant du ministère des Relations extérieures, au titre de gratifications. Ce document historique était lui-même récompensé à hauteur de 100 000 €.
Dimanche 21 septembre, Rueil-Malmaison.
Osenat SVV. M.  Nicolas.
Jean-Joseph de Saint-Germain (1719-1791) et Jean-Baptiste Dutertre (mort en 1773), pendule à l’allégorie des arts, vers 1750, bronze doré, émail et verre, h. 68 cm.
Frais compris : 150 240 €.
En musique !
Les envolées rocaille en bronze doré de notre pendule portent la signature du grand fondeur-ciseleur Jean-Joseph de Saint-Germain, le cadran indiquant le nom du maître horloger lui permettant de donner l’heure, Jean-Baptiste Dutertre. Cette alliance de talents générait une enchère de 120 000 €. Le second ne s’est pas contenté de loger un simple mouvement, la base contenant un carillon pouvant interpréter huit airs différents. Dutertre est peut-être à l’origine de la commande de l’objet, la clientèle de Saint-Germain comptant, à côté d’ébénistes, marchands-merciers et autres prestigieux commanditaires privés, pas moins de soixante-dix horlogers, tant parisiens que provinciaux. Si ses pendules les plus originales sont sans doute celles à sujet animalier, notre bronzier a aussi excellé dans des modèles plus classiques. Frappée du sceau de l’asymétrie dans l’ordonnancement de son répertoire ornemental, celle-ci appartient à la pleine période rocaille. Le trophée musical qui somme l’ensemble et les deux putti, tambourinant pour l’un et battant la mesure pour l’autre, annoncent le déchaînement musical déclenché par le passage des heures. Quelques autres exemplaires, avec des variantes dans le décor, sont répertoriés. Reproduite dans l’Encyclopédie de la pendule française de Pierre Kjellberg (éd. de l’amateur), l’une d’entre elles est surmontée d’un amour astronome, son mouvement étant signé d’Étienne Champion à Paris. La notice signale qu’un modèle identique, provenant de la collection Bouvier, est conservé au musée Carnavalet à Paris. En juin 1935, un exemplaire similaire obtenait 9 000 francs (environ 6 900 € en valeur réactualisée) dans la vente de la collection d’Arnold Seligmann. Les pendules à musique, en raison de leur complexité mécanique, sont toujours de très grande qualité.
Mercredi 10 septembre, Hôtel Le Bristol.
Kohn Marc-Arthur SVV.
Axel Johannes Salto (1889-1961), vase en grès émaillé, 1945, Royal Copenhagen, h. 26, diam. 34 cm.
Frais compris : 217 540 €.
Axel Salto
Dans un programme qui confrontait le design américain à la scène scandinave, la seconde remportait la victoire haut la main, notamment grâce au céramiste Axel Salto. En quinze numéros, ce Danois totalisait 540 922 € frais compris, marquant à 175 000 € un record français (source : Artnet) avec le vase reproduit, lequel prend également la deuxième place du palmarès mondial de l’artiste. Son estimation ne dépassait pas 60 000 €. Deux vases, aux protubérances irrégulières imbriquées, étaient également vivement bataillés. Le plus grand (h. 33 cm), de 1950 et intitulé Fruit, fusait à 85 000 € et le plus petit (h. 24,5 cm), de 1948, en empochait 40 000. Créés vers 1940, un vase Bumpy 20713 (h. 30 cm) montait à 42 000 €, un autre (h. 26 cm) partant à 30 000 €. Toutes les créations vendues sont en grès émaillé et éditées par Royal Copenhaguen, les plus recherchées offrant des effets colorés nuancés et complexes. Le céramiste a rejoint cette société en 1933. Les formes organiques qu’il privilégie s’accordent aux vernis tachetés «Solfara» façon lichen qu’il aime utiliser, et qui évoquent les mousses et la terre humide. La vente comprenait également des pièces de style «cannelé», plus simples, prisées entre 3 000 et 8 000 €. Le style «germe», évoquant des plantes en pleine croissance, cotait pour sa part entre 500 et 8 000 €. Peintre de formation, Salto a travaillé entre 1923 et 1925 chez Bing & Grondahl aux côtés de Jean-René Gauguin, le fils de Paul. Il réalise alors des biscuits émaillés, ceux présentés à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels de Paris en 1925 lui attirant d’élogieuses critiques. Ses expérimentations ultérieures, notamment avec Nathalie Krebs pour les grès édités par Saxbo, allaient confirmer cet essai.
Mercredi 17 septembre, 118, rue du Faubourg-Saint-Honoré.
Piasa SVV.
Luca Carlevarus ou Carlevarijs (1663 -1730), Portrait d’un gentilhomme portant une épée sur une place à Venise, devant l’église et l’hôpital Dei Mendicanti, toile, 48 x 39 cm.
Frais compris : 132 000 €.
Au cœur de la Sérénissime
Cette vue d’un fameux site vénitien, présentée comme la pièce phare de la vacation, répondait largement aux attentes. Annoncée autour de 20 000 €, elle était le thème d’une vive rixe d’enchères. Sextuplant les estimations, elle était adjugée à un grand amateur européen. Venant d’une collection régionale, elle a été peinte par Luca Carlevarius ou Carlevarijs ; appartenant à une famille d’artistes actifs à Udine, il arrive à Venise à l’âge de 16 ans. Considéré comme le père des veduti, il les enseigne à Canaletto, qui popularisera le genre à travers la vente de dessins et de toiles aux touristes. À l’aide de la camera obscura ou d’autres instruments d’optique, Luca Carlevarijs, également architecte et mathématicien, construit des vues de la Cité des Doges selon un schéma linéaire. Savamment mises en page, elles transcrivent une scène unique en accentuant ou en resserrant la perspective. Mariant réalisme et pittoresque, l’artiste représente ici l’église et l’hôpital San Lazzaro dei Mendicanti qui font face au canal du même nom. Au début du XVIIIe, ces bâtiments officiels vénitiens sont effectivement célèbres pour la qualité des concerts que des orphelines recueillies y donnent sous la direction d’Antonio Vivaldi. Un chromatisme clair et lumineux sert la composition opérant une belle synthèse entre exactitude topographique et vision imaginaire ; exécutée avec une très grande maîtrise, elle joue habilement des contrastes ombre/lumière. Des personnages et des animaux, saisis sur le vif, apportent de la vivacité à l’architecture. Dominant ce canevas de silhouettes, apparaît un gentilhomme. Proche de modèles à la fois dessinés et peints, il semble tout droit sorti d’une œuvre de Carlo Goldoni. Nous sommes bien dans les splendeurs de la théâtralité vénitienne…
Avignon, samedi 20 septembre.
Hôtel des ventes d’Avignon SVV. Cabinet Turquin.

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