La Gazette Drouot
La Gazette de l'Hôtel Drouot - Top des enchères
Top des enchères
   
   

173 488 € frais compris. Luiz Ferreira (1909-1994), élan couché en argent guilloché, les sabot en ivoire, les bois au naturel, les yeux en malachite, 1974, poids 2,405 kg, l. 53 cm.

fabuleux bestiaire

La cote d’une dynastie d’orfèvres portugais du XXe siècle prenait un sérieux coup de fouet grâce à douze lots provenant d’une collection de Porto. 352 057 € frais compris étaient récoltés sur un total d’estimations hautes n’en excédant pas 48 100. La plupart des pièces étaient dues à Luiz Ferreira. Notre élan, réalisé en 1974, surplombait les débats en étant poussé jusqu’à 140 000 €. Préférant partir à point, une tortue vers 1970 le poursuivait à 59 000 €. Sa carapace est naturelle, sa tête et ses pattes en argent, et ses yeux sont en verre (2,3 kg - l. 62 cm). Un éléphant en argent guilloché (2,2 kg - l. 45 cm) avec les ongles et défenses en ivoire barrissait à 18 000 €. Ses oreilles et sa queue sont mobiles. Un rhinocéros fonçait quant à lui à très exactement 15 500 €. Il est à corps en bois sculpté, tête et ongles en argent, ses deux cornes étant en ivoire et ses yeux de grenats (6 kg - l. 47 cm). Le bestiaire fantastique s’invitait également au palmarès, une paire de licornes vers 1970 s’envolant à 23 000 €. Elles sont en argent guilloché et repoussé, leur corne et leurs sabots en ivoire, leurs yeux en grenat (2,1 kg - l. 40 cm). Réalisé par Luiz avec son fils David, un dragon de la même époque en argent repoussé (1,4 kg - l. 71 cm), le corps entièrement articulé, crachait 11 000 €. Vous l’aurez compris, les Ferreira excellent dans le mariage de l’argent avec d’autres matières naturelles, plus ou moins précieuses... La maison Ferreira a été fondée à Porto en 1897. Luiz Ferreira va lui donner ses lettres de noblesse en écrivant une page de l’histoire moderne de l’orfèvrerie portugaise, une aventure poursuivie par son fils David. Leurs créations animalières hésitent entre un naturalisme fidèle à la réalité et une stylisation plus onirique, comme dans le cas de notre élan. Il ne manque en revanche que le souffle de la vie pour que la tortue occupant la deuxième place du podium fasse totalement illusion. En 2009, le centenaire de la naissance de Luiz Ferreira a été célébré par la publication d’un ouvrage, en portugais, par Gonçalo Vasconcelos e Sousa. Les prix obtenus à Drouot semblent être les plus élevés enregistrés en vente publique pour des oeuvres de cette famille.

Vendredi 4 mai, salle 3 – Drouot-Richelieu.
Le Brech & Associés SVV.

   
   
 

105 332 € frais compris. Iwan Winberg (1798-1851), Tsar Nicolas Ier de Russie (1796-1855), Töplitz, 25 juillet/7 août 1838, aquarelle gouachée sur trait de crayon noir, 20 x 15 cm. Record mondial pour l’artiste.

L’Europe de Metternich en portraits miniatures

Derrière la collection de miniatures décrivant les invités du prince Clemens Venceslas Metternich (1773-1859) se cache la passion de la princesse Mélanie, son épouse, pour ce type de portraits. Les 248 compositions décrites au fil des 177 lots du catalogue trouvaient toutes preneur, pour un total de 1 088 761 € frais compris. Rappelons que Mélanie Zichy-Ferraris (1805-1854) est la troisième épouse du "gendarme de l’Europe", leur union ayant été célébrée le 30 janvier 1831. La jeune femme est déjà une habituée des brillants salons où se croisent les personnalités politiques de son temps, celui de sa mère, Marie Wilhelmine von Ferraris (1780-1866), étant l’un des hauts lieux de la vie mondaine à Vienne. La comtesse a même été courtisée par le tsar, Alexandre Ier, lors du séjour viennois de celui-ci après le congrès d’Aix-la-Chapelle en 1818. Très tôt, sa fille Mélanie a eu des vues sur Metternich... En 1812, le prince avait commandé à un jeune artiste, Moritz Michael Daffinger, le portrait de ses quatre enfants, issus de son mariage avec la princesse Eleonora. Il s’agit du premier exemple répertorié de miniature peinte par Daffinger, qui avait appris cette technique à la manufacture de porcelaine de Vienne. La même année, il fait la connaissance de Jean-Baptiste Isabey et lui commande son portrait afin de percer ses secrets, Isabey étant le premier à avoir systématisé l’usage du papier à la place de l’ivoire. Le mécénat de Metternich sert de tremplin à Daffinger à l’occasion du congrès de Vienne, en 1814-1815. Le musée du Louvre préemptait dès l’ouverture de la vente, à 4 000 €, le portrait de la princesse (24 x 19,5 cm) par son peintre favori. La plus haute enchère, 85 000 €, revenait cependant à Iwan Winberg, miniaturiste d’origine suédoise de l’académie de Saint-Pétersbourg. Son sujet, Nicolas Ier, explique le score obtenu – record mondial pour l’artiste –, le tsar l’ayant de surcroît signé et annoté de sa main et envoyé à la princesse via son ambassadeur, Tatistscheff, en février 1838. L’entourage du souverain russe restait très courtisé, se réservant des enchères très supérieures aux estimations. L’aquarelle gouachée du Russe Woldemar Hau de 1837 figurant le Comte Alexander Feodorovich Orloff (16,8 x 12,4 cm), neveu du favori de la Grande Catherine et brillant diplomate, remportait à 28 000 € un record mondial pour l’artiste. À tout seigneur tout honneur, Daffinger remportait lui aussi un record mondial avec les 28 000 € d’un sujet autrichien de premier plan, l’Archiduc François-Joseph (18 x 14 cm), exécuté en 1846 et reproduit dans l’encadré précité. Enfin, 14 500 € s'inscrivaient pour Achmed Muhtar Effendi, d’après Schorzberg (21 x 15 cm), une miniature d’Alois von Anreiter (1803-1882), record mondial pour l’artiste.

Vendredi 4 mai, salle 6 – Drouot-Richelieu.
Beaussant - Lefèvre SVV. MM. de Bayser.

 

82 500 € frais compris.
Florence, première moitié du XVIIe siècle, attribué à Gianfrancesco Susini, d’après un modèle de Jean de Bologne (1529-1608), Mars ou Hercule, bronze à patine brun nuancé, h. 38,7 cm.

D’après Giambologna

Le programme classique de cette vente totalisait 853 125 € frais compris. À 66 000 €, l’estimation était dépassée pour ce fier colosse représentant un dieu, Mars, ou un héros, Hercule. Si l’identification de son sujet reste controversée – certains y voient plus simplement un gladiateur –, moins discutée est son origine. Il sort probablement de l’atelier de Gianfrancesco Susini, artiste et fondeur florentin ayant fait son apprentissage dans l’atelier de Giambologna, sculpteur du grand-duc de Toscane, Ferdinand Ier de Médicis, ayant su allier le naturalisme flamand de ses origines au maniérisme de Florence. On lui doit le modèle de notre bronze, ses initiales figurant sur un autre exemplaire conservé au musée de Boston. Le Louvre en possède également, un provenant des collections de Louis XIV, qui l’a sans doute hérité du cardinal de Mazarin. Aucun de ces deux bronzes ne tient de tête, la crispation des doigts de leur main gauche laissant néanmoins penser qu’il ait pu en exister une, hypothèse émise par un spécialiste de la sculpture italienne, Wilhelm von Bode, et confortée par d’autres sculptures, dont la nôtre. Giambologna a pu s’inspirer du célèbre bronze de Persée de Benvenuto Cellini, inauguré en 1554 sous la loggia dei Lanzi à Florence. ? Bologne restait à l’honneur, à 45 000 €, en ayant donné le modèle d’un Lion attaquant un cheval (h. 22,7 cm), fonte en bronze à patine brun nuancé attribuée à Antonio Susini ou à son neveu Gianfranco Susini. Couché sur le flanc, le destrier cabré se fait sauvagement mordre par le fauve.

Vendredi 4 mai, salle 1 – Drouot-Richelieu.
Kohn Marc-Arthur SVV.

 

47 178 € frais compris. René Lalique (1860-1945), paire d’appliques "Jets d’eau", épreuves en verre moulé-pressé et vasque unie soufflée, 80 x 40 x 23 cm.

Jeux d’eau électriques

Modestement estimée 2 000 €, cette paire de grandes appliques de René Lalique inondait de ses jets d’eau et de lumière un résultat final de 37 000 €. Créé le 21 avril 1925, le modèle a été imaginé pour la porte d’honneur de la fameuse Exposition des Arts décoratifs et industriels modernes de la même année, dans une version adoptant la forme d’un carreau de revêtement. Il figurait également en appliques lumineuses dans la salle à manger d’apparat du pavillon René Lalique, le motif du jet d’eau répondant à celui monumental du décor de trois grandes dalles de verre, réalisées d’une seule coulée, qui filtraient la lumière traversant les baies. Ce pavillon était considéré par la critique comme l’une des plus belles réussites décoratives de la manifestation. Une fois cette dernière terminée, la salle à manger a été reconstituée dans la villa de Mme Dupuy au Pyla. Les appliques "Jet d’eau" figuraient au catalogue de 1928, mais disparurent de celui de 1932. Un modèle rare. La plus haute enchère de la vacation était cependant obtenue par un meuble. ?Estimée pas plus de 15 000 €, une commode d’Eugène Printz fusait à 66 000 €. Elle se présente sous la forme d’un caisson à degré plaqué de palissandre de Rio et ouvrant par cinq tiroirs, juché sur un double arceau en lames plates en fer forgé (l. 114 cm). Les tiroirs à poignées en cuivre ne sont pas plans mais offrent un jeu de plans en angles.

Vendredi 11 mai, salle 5 et 6 - Drouot-Richelieu.
Piasa SVV.

 

78 300 € frais compris.
Enki Bilal (né en 1951), La Femme piège (Dargaud, 1986), encre de Chine et gouache de couleur pour la planche 30 de l’album, 44,7 x 33 cm.

Bilal, Giraud, Franquin, Pratt...

Cette vente printanière dédiée à la bande dessinée cumulait 1 372 629 € frais compris. Quinze enchères à cinq chiffres étaient prononcées et une à six chiffres retentissait. Débutons en compagnie de Bilal avec deux planches à l’encre de Chine et gouache de couleurs de l’album La Femme piège (Dargaud, 1986), deuxième volet de "La trilogie Nikopol". La planche reproduite, la n° 30 de l’album, suscitait 62 000 € et la planche 15, de mêmes dimensions, 52 000 €. La seconde montre la journaliste Jill Bioskop recevant dans un restaurant des consignes pour un reportage à Berlin, celle reproduite la figurant au bar de la piscine d’un hôtel berlinois, assistant à un bien étrange événement... En ouverture de vente, un hommage était rendu à Jean Giraud et son double, Moebius. La gouache en couleurs (35,2 x 27,3 cm) pour la couverture de La Tribu fantôme (Dupuis, 1982), une aventure de Blueberry, culminait à 58 000 €. Le roi de la spécialité, Hergé, brillait avec les 185 000 €, une estimation dépassée, d’une encre de Chine (34 x 46 cm) pour la copie dite "de sécurité" des strips 39 à 41 de L’Étoile mystérieuse, publiés pour la première fois dans le journal Le Soir en 1941. Avant le départ de L’Aurore, il se passe des phénomènes inquiétants, notamment la disparition de bâtons de dynamite et l’agression du professeur Cantonneau... L’existence de cette copie s’explique par le fait qu’en 1942 Casterman décide de passer à la couleur et de refondre les albums en 62 pages, nécessitant un changement du format des planches, initialement à l’italienne, vers celui dit "à la française". Hergé se chargera lui-même de les découper pour les adapter, mais avant d’exécuter cette délicate opération, il réalise une copie sur une table lumineuse.

Samedi 5 mai, Hôtel Marcel-Dassault.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV.

 

47 090 € frais compris.
Saint-Pétersbourg, avant 1908. Chiffre de dame d’honneur de l’impératrice Maria Feodorovna (1847-1928), argent et brillants, h. 6,5 cm.

Fraulein impériale

La Russie impériale nous a habitués à voir défiler des légions de décorations militaires et honorifiques essentiellement masculines, vivement bataillées par les amateurs. La gent féminine était cependant également l’objet de distinctions variées sous les tsars, elles aussi soumises à une impitoyable hiérarchie définie par la table des rangs créée en 1722 par Pierre le Grand. En témoigne ce chiffre de dame d’honneur de l’épouse d’Alexandre III, Maria Feodorovna. Le monogramme "M" en argent diamanté surmonté d’une couronne impériale n’était cependant pas l’apanage de toutes les dames d’honneur de l’impératrice... Le classement, influencé par celui observé par Pierre le Grand à Versailles, est institué selon des dénominations allemandes. De sept rangs, il passe à cinq au milieu du XVIIIe siècle : Ober-Hofmeisterin ("grande-maîtresse de la cour"), Hofmaisterin, Statsdame ("dame d’État"), Kammer-Fraulein et enfin Fraulein. Notre monogramme, malgré ses diamants, correspond à cette dernière catégorie, la plus populeuse. Et en Russie, on voit toujours grand ! En 1881, sur 203 dames d’honneur, 189 étaient des Fraulein, passant à 261 sur 280 en 1914 ! Ces dernières, comme l’indique leur appellation, étaient des demoiselles non mariées. Les rangs supérieurs, beaucoup moins nombreux, n’arboraient pas de chiffre diamanté mais le portrait de l’impératrice... Mieux qu’une pierre précieuse !

Vendredi 4 mai, salle 8 - Drouot-Richelieu.
Bailly-Pommery & Voutier Associés SVV. M. Gorokhoff.

 

34 000 € frais compris. Jaeger-LeCoultre,
vers 2008, "Master Eight Days Perpetual", or rose, 37 rubis, bracelet de crocodile havane à boucle déployante en or rose, diam. 4,15 cm.

Jaeger-LeCoultre perpétuel

Dès que l’on entend le nom de Jaeger-LeCoultre, on songe immédiatement à son modèle phare, la "Reverso". La maison de la vallée de Joux réalise cependant d’autres modèles dont les raffinements mécaniques séduisent les amateurs de complications de haute précision. La preuve avec cette montre issue d’une série limitée à 175 pièces, adjugée 27 200 €. Son mouvement squelette et son fond saphir permettent d’admirer son calibre équipé d’un quantième perpétuel, avec une réserve de marche de huit jours, une exclusivité de la marque. Elle donne les jours, la date, le mois, indique le jour et la nuit, les phases de la Lune et la réserve de marche. La lecture des informations s’effectue sur des disques transparents tournant sur des parties argentées. Outre ses capacités techniques, la manufacture fait aussi la preuve de sa maîtrise esthétique qui s’illustre même au dos de la montre, où le balancier sert d’axe à une araignée digne d’un astrolabe futuriste sur lequel s’inscrit le nom de la maison. Rappelons que le quantième est un raffinement horloger permettant de donner toujours la bonne date, y compris pour les années bissextiles.

Samedi 12 mai, salle 16 – Drouot-Richelieu.
Pestel-Debord SVV. M. Guyon.

 

70 000 € frais compris. Reliquaire kota mahongwe-bwete, Gabon, bois, cuivre et laiton, début du XXe siècle, 39 x 16 cm.

Reliquaire kota

L’art africain était le principal pôle d’attraction de cette vente phocéenne, intitulée "Civilisations". Oeuvre d’une grande qualité, ce reliquaire provient de la collection de Jean-Victor Augagneur (1855-1931), médecin chirurgien qui fut en 1920 nommé gouverneur général de l’Afrique équatoriale française. Fondateur des écoles de Fort-Lamy et de Pointe-Noire, il crée en Afrique la première inspection du travail et lutte aussi avec succès contre la maladie du sommeil. Apprécié des missionnaires, Augagneur est également très estimé des ethnies africaines. Pour le remercier de ses services, un chef du village de Batoala, dans la province d’Ogooue Ivindo, au Gabon, lui offre ainsi cette superbe figure. Contrairement aux reliquaires des Fangs, les images kotas travaillées en ronde bosse appartiennent à un style sculptural presque abstrait. Notre spécimen se distingue par un certain réalisme et une rigoureuse stylisation linéaire. Présentant des proportions remarquables, il est encore garni de cuivre, censé repousser les ennemis potentiels. Avec de tels atouts, notre reliquaire était vivement débattu, triplant les estimations en dépit de légers manques et de détériorations à la base. Il va désormais enorgueillir la collection d’un acheteur français.

Marseille, vendredi 4 mai.
Leclere - Maison de ventes aux enchères SVV. M. Rodriguez.

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