La Gazette Drouot
La Gazette Drouot
Top des enchères
Pierre de Ronsard (1524-1585), Les Hymnes…, Hymne de Bacus… et Le Second Livre des Hymnes, Paris, André Wechel, 1555 pour les deux premiers et 1556 pour le troisième, reliure d’époque en vélin doré.
Frais compris : 211 925 €.
Bibliothèque Marcel Desjardin
Le succès était au rendez-vous pour la dispersion de la bibliothèque de Marcel Desjardin, 1 156 129 € frais compris étant récoltés. Comme le reflètent les taux – 94 % en lots et 99,9 % en valeur –, les estimations étaient fréquemment très nettement dépassées. Deux enchères à six chiffres résonnaient et vingt à cinq chiffres se signalaient. La réunion en éditions originales des Hymnes de Ronsard dans une reliure d’époque en vélin doré (voir reproduction) déchaînait à 175 000 € les passions. Les deux premiers titres constituent le premier livre de ce recueil de poèmes philosophiques qui sera augmenté par la suite, au gré des différentes éditions collectives de l’œuvre de Ronsard. Le poète utilise la tradition des hymnes antiques pour évoquer non pas les dieux, mais des sujets comme la justice, la mort, le ciel… La seconde enchère à six chiffres, 100 000 €, concerne les neuf volumes d’un exemplaire de l’édition originale des Mémoires… (Leyde, Jean Sambix le jeune, 1665-1722) de Brantôme, Pierre de Bourdeille de son vrai nom. Portant les emblèmes du baron de Longepierre, ils sont reliés d’époque en maroquin, probablement par Boyet. Estimation pulvérisée toujours, à 62 000 €, pour un exemplaire de l’édition originale des Vers françois de feu Estienne de la Boétie… (Paris, Fredel Morel, 1572), précédés d’une épître de Montaigne à Monsieur de Foix, ambassadeur à Venise. La reliure, en vélin ivoire, est pastiche. Pour les incunables, 22 500 € revenaient aux Fais maistre Alain Chartier… vers 1494. Cet ouvrage, relié par Bozerian Jeune en cuir de Russie orné, réunit diverses œuvres du poète, dont son Quadrilogue invectif de 1422, une allégorie politique en prose appelant à l’unité de la nation française. Un exemplaire des Cursus beate Marie Virginis… (Strasbourg, Marcus ou Johan Grüninger, vers 1490), l’un des trois répertoriés de ce livre d’heures imprimé, montait à 22 000 €. Il comporte dix-huit grandes figures gravées sur bois et trente-quatre petites, chaque page étant encadrée d’une bordure.
Mercredi 15 mai, salle 2 – Drouot-Richelieu. Beaussant - Lefèvre SVV. M. de Broglie.
Époque Louis XVI. Robe à la française en toile imprimée à la planche de bois en noir et polychromie, manteau à traîne à plis Watteau
à compères.
Frais compris : 31 230 €.
Une robe à la Watteau
La mode fait feu de tout bois sur la scène des enchères, toutes époques confondues… On se souvient, pour la seconde moitié du XXe siècle, des 26 000 € obtenus à Drouot les 3 et 29 avril dernier par des robes en vichy de la collection «Body Meets» de Comme des garçons, créé par Rei Kawakubo (voir Gazette  no 14 page 80 et n° 18 page 53). Les messieurs n’étaient pas en reste le 11 février, toujours à Drouot, avec les 32 000 € des lignes futuristes d’un ensemble de Pierre Cardin vers 1966-1968 (voir Gazette n° 7 page 37)… Cette fois-ci, c’est l’Ancien Régime qui était à l’honneur avec les 25 000 € obtenus par cette robe à la française d’époque Louis XVI. Son estimation n’en excédait pas 6 000. Outre son élégance et le charme de son imprimé de fleurettes et de bouquets noués de roses et œillets, elle présente un état de conservation remarquable. Son tissu possède toujours son apprêt d’origine, seuls de rares petites taches et un léger accroc au manteau étant à déplorer. Ce dernier présente une traîne à plis «Watteau» à compères. Cette appellation a été donnée par les historiens modernes en référence aux robes que l’on peut admirer dans les tableaux d’Antoine Watteau. Le plus bel exemple est sans doute, dans L’Enseigne de Gersaint (1720), la femme vue de dos pénétrant dans la boutique du marchand de tableaux. À l’époque, on se contente d’appeler «plis» ces froncements de tissu situés dans le dos. Ils sont caractéristiques de la robe à la française, qui, dans les années 1770-1790, se verra supplantée par des modèles à l’anglaise et à la polonaise. Auparavant, la robe à la française a évolué, les années 1750 voyant l’ample panier se réduire pour se cantonner aux côtés du corps, la décennie suivante étant marquée par la vogue des motifs à rayures. Ces derniers savent prendre un tour fleuri, comme l’illustre le tissu de notre robe, parfaite pour un après-midi d’été à la campagne.
Mercredi 15 mai, Salle 5  - Drouot-Richelieu. Coutau-Bégarie SVV. M. Maraval-Hutin.
Léon Bloy (1846-1917), Le Désespéré et autres textes, 1885-1890, cahier petit in-4o de 108 pages.
Frais compris : 99 136 €.
Léon Bloy pèlerin de l’absolu
Conservés jusqu’à nos jours par la famille de Léon Bloy, des manuscrits de celui que l’on a surnommé «le mendiant de l’ingrat» totalisaient, en une centaine de numéros, 475 171 € frais compris. Secrétaire bénévole de Barbey d’Aurevilly, qui a ranimé sa foi catholique, résolument anticonformiste, chantre du symbolisme universel, ce romancier et essayiste au style enflammé et volontiers cru s’inscrit dans la famille des écrivains de la trempe d’un Céline. La cohorte de ses admirateurs permettait à ses écrits de largement dépasser les estimations, la bibliothèque de Périgueux, les archives de la Seine et de la Marne, la Société historique et archéologique du Périgord ainsi que la bibliothèque historique des archives de Paris s’ajoutant aux rangs des acquéreurs, par voie d’achat ou de préemption. Périgueux préemptait ainsi, à 8 500 €, un carnet autographe contenant le premier jet de sa conférence intitulée Les Funérailles du naturalisme et des notes préparatoires aux Dernières colonnes de l’Église. La plus haute enchère, 80 000 €, revenait cependant au manuscrit de travail du Désespéré, dont une page est reproduite, accompagné d’une trentaine d’articles et du manuscrit complet du livre Christophe Colomb devant les taureaux, publié en 1890. Largement autobiographique, Le Désespéré s’inspire de sa relation avec Anne-Marie Roulé, prostituée qu’il recueille et convertit, et qui sombrera dans la folie avant de mourir. Abondamment raturé et corrigé, l’objet compte d’innombrables notes marginales. Un autre cahier constituant le manuscrit de travail de trois ouvrages et d’une vingtaine d’articles était poussé jusqu’à 60 000 €. Très corrigés, les romans La Femme pauvre et Le Salut par les juifs sont complets. Les 212 pages d’un troisième manuscrit entre 1893 et 1912, préfigurant une dizaine de livres, dont Histoires désobligeantes, grimpait quant à lui à 48 000 €. Toutes les œuvres de l’auteur comprises entre les deux dates sont présentes, couvrant l’étendue de son talent : conteur, ironiste, journaliste, polémiste, critique, historien, mystique…
Mercredi 15 mai, salle 13 – Drouot-Richelieu. Maigret (Thierry de) SVV. M. Bodin.

Christofle, coupe en argent, poinçon Minerve, poids : 8,9 kg, h. 70 cm, diam. 38,5 cm.
Frais compris : 20 400 €.
L’Agriculture brille en souveraine
Au milieu du XIXe siècle, l’orfèvre Charles Christofle pratique à l’échelle industrielle la dorure et l’argenture par électrolyse. Protégé de Napoléon III, il obtient le titre de fournisseur de l’Empereur et livre aux Tuileries un fabuleux service destiné aux réceptions officielles, comptant mille deux cents pièces ; seules quelques-unes échapperont à l’incendie du palais, en 1871. La maison Christofle, sollicitée par des souverains étrangers, conquiert aussi des marchés internationaux, comme les empires ottoman et austro-hongrois. Expérimentant de nouvelles techniques, elle prend un essor considérable. Au décès de Charles Christofle, en 1863, son fils Paul et son neveu Henri Bouilhet prennent la succession. Ce dernier, à la fois chimiste et artiste, développe un procédé nouveau, la galvanoplastie. Aidée de bronziers et de sculpteurs, la maison Christofle réalise des pièces exceptionnelles – à l’image de notre coupe, qui était attendue autour de 8 000 €. Provenant d’une succession régionale, elle présente un bon état de conservation et, comme l’atteste la mention «ministère de l’agriculture, du commerce et des travaux publics», elle fut décernée, en 1862 à Moulins, au concours régional agricole. Au centre du trophée s’élève la déesse Cérès, fille de Cronos et de Rhéa, dispensant ses bienfaits à l’agriculture. Symbole de la terre cultivée et féconde, elle veille aux saisons et assure l’abondance des récoltes, comme l’illustrent quatre médaillons embellissant le plateau. Ils représentent la vendange, le labourage, le pâturage et la moisson. Combattue entre la salle et plusieurs téléphones, notre valeureuse coupe déclenchait une vive joute d’enchères. Doublant largement les estimations, elle va enorgueillir la demeure d’un acheteur français.
Moulins, lundi 13 mai. Enchères Sadde SVV.

Clément Massier (dans le goût de), vase et sa colonne, céramique à glaçure verte, décor dans le style antique, h. 187 cm.
Frais compris : 6 375 €.
Tout l’éclat de la Méditerranée
L’art de la céramique connaît à la fin du XIXe siècle un renouveau spectaculaire, grâce aux entreprises artisanales. Multipliant les expériences, elles innovent, améliorent des techniques anciennes et renouvellent les formes décoratives, à l’instar des Massier, qui travaillent la poterie à Vallauris depuis deux siècles. Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, ils renouent avec l’art céramiste de la Renaissance. Sous la houlette de Gandolfi Gaetano, un maître potier italien, Clément Massier (1844-1917) s’initie à l’art complexe de la faïence émaillée. Associé un temps à son frère Delphin (1836-1907), il fait appel à des collaborateurs de renom, tels les sculpteurs Alexandre Munroe, James Vibert et le peintre Jules Scalbert. Délaissant la poterie utilitaire, Massier crée exclusivement des faïences artistiques. Ses catalogues publicitaires diffusent des vases, des cache-pots et des pièces ornementales d’extérieur d’inspiration variée. Clément Massier, désireux d’étendre sa production, transfère en 1883 ses ateliers de Vallauris à Golfe-Juan, où viendra travailler pendant huit ans le peintre Lucien Lévy-Dhurmer. Bien implantée, la maison bénéficie de la demande croissante d’une clientèle fortunée et cosmopolite en villégiature sur la Riviera française. Deux techniques distinguent l’art de Clément Massier. C’est d’abord la pratique habile des lustres métalliques, qui évoquent les faïences hispano-mauresques ; c’est aussi l’emploi d’un ton vert-violet arborant un brillant remarquable, comme le manifeste notre colonne. Indiquée autour de 600 €, elle créa la surprise lors de cette vente lyonnaise. Provenant d’une collection particulière, elle décuplait au final les estimations. Célébrant un nouvel âge d’or, elle représente le triomphe de Vénus, entourée d’une joyeuse sarabande antique d’éphèbes et de nymphes…
Lyon, jeudi 16 mai. Aguttes SVV. M. Nakache.


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