La Gazette Drouot
Au coeur des arts déco
De la Chine aux Arts Décoratifs
L'exposition dévoile, pour la première fois, les collections d'objets d'art chinois des Arts Décoratifs, exceptionnelles par leur qualité et leur diversité.

Conçue et réalisée pour célébrer le cinquantième anniversaire des relations entre la France et la Chine, l'exposition présente textiles, vêtements de cour ou de cérémonie, porcelaines destinées au marché européen ou à la cour impériale, émaux cloisonnés et peints, bronzes, jades et pierres dures, verres, laques, affiches et jouets. À ces objets s'ajoutent des ouvrages, des gravures et des photographies issus de la bibliothèque des Arts Décoratifs. L'exposition s'organise en douze salles, réparties sur deux niveaux. La présentation est thématique et non chronologique, puisque ces objets ne sont pas entrés aux Arts Décoratifs dans le but de reconstituer une évolution de l'histoire de l'art chinois. Les musées d'arts décoratifs ont pourtant été parmi les premiers à s'intéresser à ces objets, avant même que soient créés les musées d'arts asiatiques, tant en France qu'en Angleterre par exemple, et avec d'autres missions. Fondée en 1864 dans la mouvance des Expositions universelles, l'Union centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie – devenue l'Union centrale des arts décoratifs en 1882 puis aujourd'hui les Arts Décoratifs – est un lieu d'inspiration pour les artistes et les artisans afin de «poursuivre, en France, la culture et la réalisation du beau dans l'utile». L'intérêt de l'institution pour les arts orientaux se manifeste dès 1869, en organisant un musée oriental éphémère au palais de l'Industrie, à partir de collections privées. Par leurs formes et leurs décors, par le traitement des matériaux ou les techniques de réalisation, les objets d'art provenant de la Chine, mais aussi plus largement du Moyen-Orient et de l'Extrême-Orient, viennent s'ajouter aux objets français ou européens pour offrir aux créateurs de nouvelles sources d'inspiration. Les quatre premières salles de l'exposition présentent ce contexte du renouveau de l'ornement opéré à partir de ces œuvres, des ouvrages publiés et des expositions universelles, auxquelles la Chine participe officiellement dès 1878. Elles rendent hommage aux collectionneurs de la seconde moitié du XIXe et du premier quart du XXe siècle dont les noms sont liés au développement de l'institution tels que Jules Maciet, Alexandrine Grandjean, Paul Pannier, Charles Rochard, Hugues Krafft et David David-Weill. Parmi les marchands qui fournissent des pièces majeures de la collection, il faut ici nommer, entre autres, M. Malinet, Siegfried Bing, Florine Langweil et Laurent Héliot.

Les idées de Mao Zedong indiquent la direction, 1977, affiche commanditée par le Parti communiste chinois, les Arts Décoratifs, Paris.
© Jean Tholance.

L'élevage du ver à soie serait apparu en Chine vers le IVe millénaire avant notre ère. Longtemps, ce pays garde les secrets de fabrication de la soie, qui est une monnaie d'échange. Durant la dynastie des Qing (1644-1912), des progrès techniques permettent de produire cette étoffe en grande quantité, si bien qu'elle n'est alors plus réservée à l'élite, notamment pour la réalisation des vêtements. En arrivant au pouvoir, les souverains Qing imposent leurs coutumes mandchoues tout en conservant certaines traditions chinoises. Les vêtements et les armures sont des domaines privilégiés pour exprimer cette double volonté. Les coupes sont empruntées aux costumes mandchous, tandis que les motifs et les couleurs suivent la réglementation chinoise mise en place précédemment. Les vêtements de cérémonie suivent des règles strictes, définies selon le grade ou les catégories de personnel de la cour. Ils se répartissent en deux sortes : les habits de cour (chaofu) et les habits semi-officiels ou de fête (jifu). Les douze symboles (shier zhang), la couleur jaune et le dragon à cinq griffes sont réservés à l'empereur. Ces douze symboles sont visibles sur une partie de robe semi-officielle faite en tapisserie de soie (kesi) et datable du règne de Yongzheng (1723-1736). Les motifs sont réalisés en trois couleurs de fils métalliques sur fond tabac. Les neuf grades de fonctionnaires civils ou militaires se distinguent par l'insigne carré (buzi) ou «carré de mandarin» placé sur la poitrine et au dos du manteau. Couvre-chef, bottes, ceinture et collier de cour complètent ces tenues. En dehors des fonctions officielles, les hommes chinois des classes élevées sont vêtus d'une longue robe, et les femmes portent une veste (ao) sur une jupe (qun) ou un pantalon.
Jusqu'au XVe siècle, la Chine est la seule au monde à produire des objets en porcelaine. Pendant la dynastie des Ming (1368-1644), elle accroît sa production de céramiques, notamment celles destinées à l'exportation comme les Kraakporselein. De la fin du XVIe jusqu'au XVIIIe siècle, l'Europe multiplie les échanges avec l'Extrême-Orient. Le commerce du thé, des épices et de la porcelaine fait la fortune de la Chine et des diverses compagnies européennes des Indes orientales. «Blancs de Chine» et porcelaines à décors bleus ou polychromes destinés à l'exportation, porcelaines dites «Chine de commande», porcelaines chinoises montées ou décorées en Europe montrent l'engouement des Occidentaux pour ce matériau dont ils ignorent encore les secrets. Une majorité des pièces présentées proviennent des collections d'Alexandrine Grandjean, de Paul Pannier, mais aussi de Salomon de Rothschild. Un grand plat à décor floral réalisé au XIVe siècle illustre le développement de la technique de la porcelaine à décor de bleu de cobalt produite sous la dynastie des Yuan (1279-1368). Plusieurs porcelaines portant des marques impériales des empereurs Kangxi (1662-1723), Yongzheng et Qianlong (1736-1796) montrent la qualité des objets monochromes, à décors bleus et aux émaux dits de la «famille verte» ou de la «famille rose» sorties des fours impériaux de Jingdezhen. La collection d'émaux cloisonnés des Arts Décoratifs est l'une des plus exceptionnelles par la diversité des formes comme des décors, et par le nombre de pièces datant de la seconde moitié du XIVe et du début du XVe siècle, dont la majorité provient de la collection donnée par David David-Weill en 1923. Cette exposition est l'occasion de présenter près de soixante-dix éléments. Les deux dernières salles confrontent bronzes, cloisonnés, pierres dures, laques, verres pour illustrer le goût de l'antique et l'univers esthétique dont les lettrés aimaient s'entourer dans leurs intérieurs. Créée à Shanghai en 2010 pour promouvoir les savoir-faire traditionnels chinois à travers une production d'objets de design d'un très grand raffinement, la société Shang Xia a été invitée par les Arts Décoratifs pour présenter, en écho aux objets anciens, une vingtaine d'objets et de meubles contemporains.
Les collections chinoises conservées aux Arts Décoratifs sont ainsi le reflet de cette évolution du goût perceptible à travers les choix et l'enthousiasme de collectionneurs passionnés. Cette exposition est la première occasion de présenter au public une collection d'exception dans ce domaine qui reste, au XXIe siècle, une source d'inspiration exceptionnelle.

Béatrice Quette, commissaire de l'exposition,
responsable des activités culturelles du musée des Arts décoratifs
À LIRE
"Les secrets de la laque française : le vernis Martin", jusqu'au 8 juin, www.lesartsdecoratifs.fr - Catalogue, sous la direction d'Anne Forray-Carlier et de Monika Kopplin, 24 x 30 cm, 320 pp. 2014. Prix : 59 €.
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp