La Gazette Drouot
Au coeur des arts déco
Recto Verso, huit pièces graphiques.
Les Arts Décoratifs invitent huit studios composés de graphistes français : Akatre, Jocelyn Cottencin, Helmo, Christophe Jacquet, Fanette Mellier, Mathias Schweizer, Pierre Vanni et Vier5.

Recto Verso, Huit pièces graphiques " propose une dialectique entre les travaux réalisés dans le cadre d'une commande et ceux effectués à titre personnel, interrogeant ainsi la frontière entre beaux-arts et arts appliqués. L'exposition questionne le statut du designer graphique, entre technicien de la communication et artiste, ainsi que la valeur d'une pièce graphique, qui, par sa nature de multiple et sa dissémination dans l'espace public, va à l'encontre des critères établis d'une oeuvre d'art. Pourtant, depuis le début des années 2000, le design graphique n'est plus uniquement une pratique s'appliquant à l'affiche commerciale ou culturelle ; certains de ses acteurs l'envisagent comme une hybridation entre la communication visuelle et l'art contemporain. Chacun des huit studios investit une salle du musée des Arts Décoratifs et met en scène ses projets dans divers champs de la création : affiche, performance, vidéo, photographie, installation ou encore bande dessinée. On trouve dans le travail de ces artistes des corpus spécifiques, des sujets et des concepts personnels. Cette distinction contredit l'idée que l'apport du graphiste se résumerait à un seul savoir-faire répondant à la spécificité d'une commande. Ainsi est posée la notion d'auteur. " Il n'y a pas d'oeuvres, il n'y a que des auteurs ", écrivait Jean Giraudoux lors de son engagement critique pour la " politique des auteurs " défendue par François Truffaut au milieu des années 1950.

Akatre, Aïe 2013
© Akatre

SAVOIR-FAIRE MULTIPLES
Après un diplôme en 2006 de communication visuelle, le trio Akatre est formé à Paris en 2007 par Valentin Abad, Julien Dhivert et Sébastien Riveron. Pour " Recto Verso ", leur pièce 2,5 t est constituée d'une sculpture et d'une édition. Deux tonnes et demie de tasseaux de bois peints en noir, qu'ils ont eux-mêmes détériorés à la hache, rappellent le procédé choisi pour réaliser leur logo en 3D. Sur les murs, des vidéos évoquent des matières en mutation, et un livre grand format présente leurs travaux antérieurs.
Jocelyn Cottencin a été formé à l'École nationale supérieure des Arts décoratifs et, en architecture, à l'école de Paris-Villemin. Il choisit de redéployer son Centre de documentation, une installation conçue en 2010 pour le chorégraphe Alain Michard. Les différents espaces sont associés à des activités : parcourir un livre, voir une vidéo ou encore regarder des affiches. Il présente également sa première chorégraphie, Monumental.
Sous le nom d'HELMO travaillent deux graphistes : Thomas Couderc et Clément Vauchez. Leur pièce X + X + s'apparente à un mobile, constitué de quatre éléments, mêlant seize affiches issues de la commande du projet " Stratigraphie " et un visuel panoramique créé à l'occasion de l'exposition " Recto Verso ". À l'image de leur pratique, dans laquelle certains langages graphiques traversent plusieurs projets, le visiteur pourra actionner les mobiles pour créer des combinaisons hybrides ou s'amuser à reconstituer l'image panoramique qui se développe sur les quatre structures.
Christophe Jacquet a étudié à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. Il commence à travailler dans les années 1980, au début de la révolution numérique. Précurseur, il bouscule la frontière imposée entre art plastique et design graphique, préférant parler d' " art graphique ". L'univers visuel de sa pièce Chérie évoque les abysses de manière parabolique : aux profondeurs des systèmes codés de l'informatique, il associe des images inspirées des fonds marins et fait cohabiter des éléments du monde digital et du monde tangible. L'image (S)chaumont, réalisée en 2012 pour le Festival de Chaumont, introduit la notion de graphiste-auteur, positionné à la fois dans le monde des arts plastiques et celui des arts appliqués. Le saumon est ici une métaphore, évoluant lui aussi entre deux eaux, eau de mer et eau douce.
La formation de Fanette Mellier a commencé à l'école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, d'où elle sort diplômée en 2000. En 2012, elle est choisie comme pensionnaire de la villa Médicis. Pour son projet Replay, Fanette Mellier choisit de présenter ses créations comme des objets de musée, sous des vitrines inspirées d'un objet populaire : le flipper. Elle invite le public à opérer une relecture de celui-ci et à enclencher, selon sa formule, le bouton " replay ". Cette exposition est également l'opportunité de présenter au public ses travaux réalisés lors de son séjour à la villa Médicis, autour de deux thèmes centraux : le cosmos et l'objet imprimé. Mathias Schweizer a étudié à l'école d'arts appliqués de la Chaux-de-Fonds, en Suisse. Il adopte une approche sémiologique des images et s'intéresse aux représentations graphiques qui nous entourent, et que nous voyons sans jamais nous interroger sur leur sens. Invert est pensé par son auteur comme une sculpture. Six structures accueillent des affiches à partir des éléments récupérés de la scénographie de l'exposition précédente, pour la rejouer à partir de fragments, et ainsi soulever des histoires de traces, de mémoire. Les images, créées pour l'exposition, parleront elles aussi d'une démolition, d'une perte et de traces, d'un lieu qui parle d'un lieu... Pierre Vanni a effectué ses études à l'Université d'arts appliqués de Toulouse. Il s'intéresse à la manière dont l'image de synthèse joue de la confusion avec son référent et se fait connaître par son travail de concrétisation des images numériques. Sous forme de bande dessinée, ce graphiste imagine des fictions où le protagoniste est une personnification de Google. Ce personnage légendaire et masqué traverse différentes aventures : Google et sa bibliothèque, Google et sa cartographie, mais aussi son monde plus obscur, le Dark Net. À l'occasion de l'exposition, ces épisodes sont réunis dans un livre, Google raconte. Présentés sur une table, les quatre mille exemplaires offerts au public laissent apparaître, une fois la pile épuisée, des projets jusqu'alors cachés.
Le duo VIER5, formé par Achim Reichert et Marco Fiedler, s'est installé à Paris depuis 2002, après avoir étudié à Offenbach. L'importance de la mode dans la capitale française est déterminante dans leur travail, comme en témoigne leur magazine Fairy Tale. Les Vier5 ont divisé leur pièce Board of Trustees en deux espaces d'exposition : permanent et temporaire. Dans le premier, ils montrent des affiches comme celle du Festival de Chaumont. Le second espace accueille quatre projets successifs ; une projection de leur film Crying Girls, réalisé pour l'occasion, un défilé de mode présentant leur nouvelle collection au moment de la Fashion Week, la signalétique réalisée pour la Documenta 12 de Kassel et, pour finir, leur magazine Fairy Tale.

Amélie Gastaut,
conservatrice des collections de design graphique et de publicité au musée des Arts Décoratifs
À VOIR
Recto Verso : 8 pièces graphiques
du 21 mai 2014 au 1er février 2015
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp