La Gazette Drouot
Au coeur du Quai Branly
Mayas. Révélation d'un temps sans fin

Cette exposition inédite en France offre un panorama général de la civilisation maya et de ses réalisations architecturales et artistiques.

Civilisation fascinante, les Mayas ont laissé à la postérité des centaines de cités révélant une architecture remarquable, une statuaire très avancée et d'une grande perfection technique, des fresques, des œuvres en céramique et en jade d'une incroyable finesse. Ils inventèrent également un système d'écriture complexe, le plus perfectionné de l'Amérique précolombienne, qui détaillait notamment leurs croyances religieuses, leurs rites, leur vie en communauté et leur histoire. Cette exposition rassemble quatre cents chefs-d'œuvre, issus de diverses régions du Mexique et des différentes époques qui jalonnent l'extraordinaire longévité de cette civilisation, sélectionnés dans les collections de plus de quarante musées et grands sites mayas du pays. Suivant un parcours thématique et progressif, les visiteurs sont amenés à découvrir la vie quotidienne des Mayas, leur organisation politique ou encore leur religion, avec notamment la présentation des emblématiques masques de jade utilisés dans les rites funéraires.

Vase tripode en céramique avec figurines, Becán, Campeche, Mexique. Caractéristique de la céramique de Teotihuacan, la forme de ce vase contraste avec les motifs mayas qui le décorent. Deux silhouettes de personnages assis présentent des visages fantastiques, leurs tatouages sur les bras et les jambes révélant leur nature divine. À l'intérieur du vase ont été déposées onze figurines de style teotihuacan, dont l'une, de grand format, abrite les autres, plus petites. Cette pièce provient d'une offrande de la structure XVI, période du classique ancien (250-600 apr. J.-C.).
© Museo Regional de Antropología, palais Cantón, Mérida, Yucatán, Mexique
© Photo Ignacio Guevar

Société et vie quotidienne
Défiant la nature, les Mayas sont parvenus à s'établir aussi bien dans la jungle tropicale que dans l'aride plaine calcaire de la péninsule yucatèque et dans la cordillère volcanique du Sud. Observateurs attentifs des plantes et des animaux, ils sont devenus de véritables naturalistes, détaillant les caractéristiques et les propriétés particulières de chaque être vivant. Les liens des animaux avec l'espèce humaine se manifestent également dans la croyance qu'ils étaient aussi dotés d'une âme et en rapport avec les forces cosmiques sacrées. Dans la société maya, chaque individu exerce une fonction spécifique pour la préservation de l'ordre économique et politique. Les représentations sculptées ou peintes qui figurent sur les monuments et les bâtiments illustrent surtout les faits et gestes des élites dirigeantes. Ces personnages sont montrés accomplissant différents rites lors de cérémonies politiques et religieuses. Pour les Mayas, le temps est le mouvement même de l'espace : il obéit donc à la loi des cycles. Leur passion pour comprendre les transformations du cosmos leur fait développer un extraordinaire système calendaire : le «compte long» permet de fixer les dates de façon exacte, puisqu'il comptabilise le temps écoulé depuis un point d'origine. La roue calendaire (18 980 jours) résulte de la combinaison des cycles des années rituelles (260 jours) et solaires (365 jours).

Le cœur des cités
Les cités abritent la population, qui s'occupe des affaires administratives, cultuelles ou militaires, des travaux scientifiques, artistiques et artisanaux ainsi que des services en général. Avec leurs vastes places, leurs grands temples, leurs somptueux palais, leurs terrains de jeu de balle, des stèles et autels et de larges chaussées, les villes comptaient aussi des bâtiments destinés à entreposer les tributs pour l'entretien de l'État. Le cœur des cités est conçu à l'image du cosmos. L'espace plan des places évoque ainsi la surface de la mer ou de la terre, les pyramides symbolisant les montagnes sacrées ou les niveaux célestes et infraterrestres.
Le terrain de jeu de balle figure quant à lui la voûte céleste et l'accès à l'Inframonde. Faisant preuve d'une remarquable conscience historique, les Mayas ont enregistré leur propre devenir. Pour cela, ils ont créé un système d'écriture et l'ont adapté à leur langue parlée. Il existait deux sortes de glyphes : les logogrammes, pour exprimer un mot entier, et les phonogrammes, pour transcrire un son simple ou une syllabe. À partir de la période classique ancienne (250-600 apr. J.-C.), ce système d'écriture s'est développé et perfectionné. Le chol oriental devient la langue de prestige pour toute la société et s'étend à de nombreuses et lointaines cités, au-delà de son aire linguistique d'origine.

Les forces sacrées, les rites
Les Mayas concevaient l'univers comme peuplé de forces sacrées qui régissaient tout, en constante interaction entre elles-mêmes et avec les hommes. Invisibles et impalpables, ces énergies se manifestent dans les astres, dans les niveaux célestes, terrestres et souterrains du monde. Ils créèrent également des figures personnifiées des forces divines qui, sans être des divinités elles-mêmes, en étaient des représentations. Parmi les nombreuses figures sacrées, on distingue des êtres mi-hommes, mi-animaux, ainsi que de purs symboles, des animaux fantastiques – le serpent à plumes, le dragon céleste ou le crocodile terrestre. Ces entités symbolisent les différents niveaux du cosmos.

D'après les mythes d'origine maya, le monde a été créé pour accueillir l'homme, et l'homme pour vénérer et nourrir les dieux, qui sont puissants et surhumains, mais imparfaits. L'existence des divinités et celle de l'univers tout entier dépendent des rituels. Le culte des forces sacrées a donc constitué la priorité des communautés, comme en atteste la taille des espaces cérémoniels des cités. Les rites publics étaient très variés et incluaient toujours prières, encensements, chants, danses et processions. À ces occasions, des nourritures et des boissons spécifiques étaient préparées et, au centre des célébrations, des sacrifices sanglants d'animaux et d'êtres humains étaient pratiqués. Chez les Mayas, l'esprit continue d'exister après la mort du corps ; cette croyance a engendré le développement de rites funéraires complexes. La destination de chacun dans l'au-delà ne dépend pas de sa conduite sur terre, mais de la forme de sa mort, elle-même, fixée par les dieux. De nombreux objets étaient déposés dans les tombes près des défunts : récipients contenant de l'eau et des aliments, figurines humaines, divines ou animales, bijoux… Parmi les sépultures, celles des dirigeants se distinguent par la richesse de leur mobilier. Elles comportent notamment des parures en jade.

La Gazette Drouot - 10 octobre 2014 - N°34





Pectoral représentant le visage d'un défunt, jade, époque classique (250-900 apr. J.-C.), provenance inconnue.
© Museo Nacional de Antropología, Mexico, Mexique
© Photo Ignacio Guevara
Communément appelée «La reine d'Uxmal», cette sculpture semble pourtant représenter un personnage masculin provenant de la façade d'un bâtiment qui se trouve sous la pyramide du Devin à Uxmal, au Yucatán. Ce couronnement architectural représente un serpent stylisé, la gueule ouverte, pourvue de cercles qui symbolisent le jade, l'eau et la préciosité d'où surgit une tête humaine portant des ornements d'oreilles et une tiare composée de cercles, figurant eux aussi des perles de jade. Période du classique récent (600-900 apr. J.-C.), Uxmal, Yucatán, Mexique.
© Museo Nacional de Antropología, Mexico, Mexique
© Photo Ignacio Guevara .
À SAVOIR
Autour de l'exposition
Une installation, intitulée «Ah ça ! Où donc se cache le palais ? Palenque 1881-1891», propose une sélection de trente photographies
du site maya de Palenque, réalisées par Désiré Charnay en 1881 et par Alfred Maudslay en 1891. Cabinet d'arts graphiques, jusqu'au 14 décembre.
En outre, une exposition hors les murs, «Jal-Bil, textiles mayas des hautes terres. Collection du musée du quai Branly»,
se tient du 28 octobre 2014 au 30 janvier 2015, à l'Instituto cultural de México. Pour prolonger la visite, diverses conférences sont proposées autour des Mayas aujourd'hui, de l'art contemporain au Mexique ou encore sur les objets mayas des collections du musée du quai Branly.
Le salon de lecture Jacques Kerchache propose également une série d'ouvrages de référence sur cette thématique, en accès libre pour tous les visiteurs.
www.quaibranly.fr
À VOIR
«Mayas. Révélation d'un temps sans fin»,
galerie Jardin, www.quaibranly.fr
Jusqu'au 8 février 2015. Catalogue, coédition musée du quai Branly/RMN-GP,
384 pages, 420 illustr.
Prix : 49 €.
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp